Gucci Beauty

Harry Styles : "La célébrité est quelque chose que je suis encore en train d’apprendre"

Égérie du nouveau parfum Gucci, pop star ultramoderne, jeune homme délicat, Harry Styles aurait pu s’endormir sur les lauriers d’une gloire tôt acquise. Il a préféré l’échappée solitaire pour aborder la musique avec curiosité et gourmandise.
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Harry Styles par Daniyel Lowden, stylisme par Harry Lambert, casting par @jenjalouse, Disney X Gucci ©Disney

“Tellement Français !”, vanne gentiment le jeune homme en pull Mickey, en regardant l’équipe de L’Officiel (un peu émue et rougissante parfois, l’équipe) sortir s’en griller une. Le lendemain, à peine mise en ligne, sa nouvelle chanson attirerait, en une poignée d’heures, pas loin d’un million et demi d’adeptes transi(e)s. Après une pause, qui devait ressembler à la reprise de respiration d’un apnéiste, des tourments privés (qui le resteront ici), Harry Styles revenait donc. À peine extrait du tourbillon One Direction (50 millions de disques vendus en six ans d’existence, le groupe observant une pause à durée indéterminée) – on y revient plus loin –, il prit la tangente en solo, pour un premier album, en 2017, qui le vit muer. Il quittait alors sa peau de Harry de 1D pour revêtir celle d’un artiste plus singulier, adoubé par la critique, en osmose avec l’époque – fluide, en paix avec sa sexualité, défendant parité et mariage pour tous –, la chrysalide de la pop star créée en serre de toutes pièces étant désormais sèche et archisèche. Alessandro Michele, vibrant, poétique et disruptif directeur de la création de Gucci, assez extralucide quand il s’agit de distinguer une gémellité spirituelle, l’habilla pour sa première tournée d’homme libéré, et l’a choisi en cette saison pour incarner le parfum Gucci Mémoire d’une Odeur. Avant notre rencontre, dans une publication américaine, il venait de lancer quelques fusées éclairantes, dégageant quelques pistes empruntées : ces derniers mois, il les avait passés à écouter McCartney, lire Murakami, découvrir les champignons hallucinogènes, chanter avec Stevie Nicks, et préparer un nouvel album, qui s’appellera Fine Line (Sony/Columbia).

Ce jour-là, donc, on en découvrit deux témoignages, attestant du périple. Amples, richement orchestrées, ménageant la soie et l’abrasif, l’ivresse extatique et la mélancolie des aubes navrantes, ces chansons annoncent un disque de contrastes – chromatiques et climatiques. En attendant de plonger la tête la première dans le maelström en vue – promo, tournée, et tout le bataclan de la vie de vedette –, le garçon de 25 ans se raconte calmement avec ce mélange de réserve et de chaleur dont il ne se départira pas de la journée (pour tout dire, au lieu d’exiger une loge à l’abri des regards, il se promène tranquillement en caleçon entre deux prises, piochant dans les plats asiatiques livrés par le traiteur du coin sans réclamer un jus de céleri bio ou du tofu vapeur). “La première odeur dont je me rappelle est probablement celle de la cuisine de ma mère, du rôti qu’elle préparait, et du parfum qu’elle portait” : c’est ainsi, en bon fils, qu’une des superstars de l’époque présente son rapport aux souvenirs olfactifs. (En revanche, si d’aventure il séjourne chez vous, on ne sait jamais, ne lui demandez pas de nourrir votre félin domestique : “J’ai grandi avec des chats et à chaque fois que je devais les nourrir, l’odeur de leur pâtée m’insupportait.”)
 

On sent, si l’on ose dire, que la complicité avec Alessandro Michele n’est pas feinte, que leurs lignes de fuite créative se rejoignent, tout naturellement. “Alessandro est un esprit libre et sa façon de travailler est très inspirante. S’il veut faire quelque chose, il le fait, tout simplement, et je trouve ça impressionnant, surtout lorsque l’on travaille pour une si grande marque. Quand on a l’occasion d’assister au travail de quelqu’un qui est considéré comme un maître, c’est assez incroyable. Il ne se pose pas la question de la classe, de l’âge, de qui a fait quoi. Ce qu’il fait s’adresse à tous, concerne tout le monde, et je pense que tout art devrait être ainsi.” 
 

L’enfance, encore, revient (il est vrai qu’à ses yeux, c’était hier) : “J’aime beaucoup Gucci Mémoire d’une Odeur pour sa fraîcheur, mais aussi pour le fait qu’il s’adapte et change en fonction de la personne qui le porte, ce que je trouve amusant. Il me rappelle probablement l’été, quand j’étais enfant. Être au bord du lac avec mes amis, là où j’ai grandi, le parfum des fleurs des champs...” L’ère contemporaine est le reflet de ce vers d’Henri Michaux : “La nuit n’est pas comme le jour / elle a beaucoup de souplesse.” Et c’est peu dire que la démarche de Michele s’inscrit, se fond même intimement, dans cette brèche. “Beaucoup de frontières sont en train de tomber, dans la mode mais aussi dans la musique, les films, l’art... Je ne crois pas que les gens cherchent encore cette différenciation de genre. Même si le masculin et le féminin existent, leurs limites font l’objet d’un jeu. On n’a plus besoin d’être ceci ou cela, je pense que maintenant les gens essaient juste d’être bons. Dans la mode et ailleurs, ces paramètres ne sont plus aussi stricts qu’auparavant, et ça donne lieu à une grande liberté, c’est stimulant. (...) Si Alessandro Michele ne me demande pas nécessairement mon avis, convient-il, on se montre des choses l’un à l’autre. C’est cool d’avoir l’opinion de quelqu’un qui n’est pas forcément dans ton domaine, mais dont tu respectes le travail et le goût.”

On perçoit une nouvelle dynamique impulsée par, devine-t-on, une nouvelle discipline d’écriture, la décision de prendre en main sa carrière – bref, un genre d’esprit de sérieux quand l’insouciance charmeuse ronge les fondations du talent naturel avec férocité : “Le songwriting est comme le surf. On peut s’entraîner autant que l’on veut pour monter sur la planche, mais parfois la vague arrive et parfois elle n’arrive pas. Et pourtant, on a quand même besoin de s’entraîner pour devenir meilleur. On ne peut pas un jour s’asseoir, décider d’écrire une chanson, et penser que l’on aura écrit la meilleure chanson de toute sa vie. Il faut beaucoup travailler.” Il fallait tout de même demander au jeune homme – qui, dix ans plus tôt, travaillait dans une boulangerie, et aujourd’hui est devenu un enjeu financier, le sujet de désirs multiples ainsi que l’objet de toutes les attentions médiatiques, fantasmées ou factuelles – comment il se dépêtrait dans cette toile d’araignée : “La célébrité, c’est quelque chose que je suis encore en train d’apprendre, d’expérimenter. J’apprends à faire le tri entre ce que j’aime, ce que je n’aime pas là-dedans, ce que je suis disposé à donner dans mes chansons et ce que je ne suis pas enclin à partager. Il faut trouver un équilibre. On se demande ce que les gens vont penser de telles ou telles paroles... et il faut accepter d’être vulnérable, mais en même temps, c’est ce qui rend toute cette aventure excitante.”
 

L’excitation, justement, palpable lorsqu’il révèle quelques indices sur l’album à venir, espérant qu’il exprime “un sentiment de liberté”. Un sentiment qui n’est pas tout à fait étranger à certains des modèles revendiqués, pas spécialement des introvertis : “Elvis Presley ou Mick Jagger, Stevie Nicks, Janis Joplin, Prince” (et, à l’opposé du spectre, parmi ses récents émois, la découverte du merveilleux Nick Drake, dont la musique ample et finement ouvragée est un ravissement.) “Quand je les regarde, je ne sais pas ce que c’est, mais c’est là, ce quelque chose de singulier. Ils vont au-delà des limites. En termes d’écriture, Paul McCartney a toujours été une énorme influence. J’ai eu la chance d’en rencontrer certains, ils ne cessent pas d’être géniaux à mes yeux.”

Arrivé en voiture de star (chauffeur, armoire à glace dans son ombre, vitres teintées), il repartira à pied, en équipe réduite, histoire de boire une bière au pub du coin. On repensait alors à l’adolescent, en cardigan trop grand, aspirant à se distinguer dans un télé-crochet, en regardant s’éloigner la star hyperboliquement millennial dont l’odeur-doudou serait un mélange de fleurs des champs et de déjeuner dominical.
 

Harry Styles sera en concert à Paris le 13 mai à l’Accor Hotel Arena

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