Hommes

Paul Surridge :" J'aime l'homme dans sa diversité"

En seulement quelques mois, il a insufflé à la maison Roberto Cavalli un sérieux vent de fraîcheur. Paul Surridge, aux antipodes de son prédécesseur Peter Dundas, revoit sa copie de manière minimaliste et inscrit l'institution italienne dans le futur. Nous l'avons rencontré à l'occasion de son premier défilé homme, cis dans un couvent sur les hauteurs de Florence. Portrait.

De lui, on ne savait pas grand chose avant son arrivé à la direction artistique de la maison florentine. Du moins pour les profanes. Car dans l'industrie du luxe, Paul Surridge a déjà fait ses preuves depuis longtemps. Il arrivait en 1996 à Milan, depuis la Central Saint Martins où il a été diplomé, et commence chez Prada en assistant Neil Barrett aux prémices de la ligne homme. S'en suit un parcours sans faute chez Burberry et Calvin Klein, un poste de Head Menswear Designer chez Jil Sander époque Raf Simons, suivi par la responsabilité de l'esthétique chez Z Zegna, qu'il quittait en 2015 avec l'arrivée de Stefano Pilati. Presque trois ans plus tard, il redonne un second souffle à la maison Roberto Cavalli. Défi de taille pour ce créateur qui, à la base, n'officiait que pour les lignes masculines, et ne s'était essayé que très peu à la femme.

Surtout que, chez Cavalli, la femme n'est pas n'importe qui. Forte, ultra-féminine, sexy (parfois à outrance), elle dominait les années 2000 époque porno-chic vêtue d'un full-look en cuir clouté et juchée sur 15 centimètres de talons. L'homme n'était pas en reste non plus, puisqu'il se comparait aux plus éminents footballers lorsqu'il s'agissait de compter le nombre de fils dorés ou de clous qui dynamisaient sa silhouette.  Alors hier soir, lorsque les portes de la Certosa del Galluzzo, un monastère sur les hauteurs de Florence, s'ouvraient pour amorcer la première collection masculine de Paul Surridge pour Roberto Cavalli, on ne savait pas trop à quoi s'attendre. Et dès le premier look, le ton était donné. Propre, net, moins ajusté qu'à l'accoutumée et presque digital dans son attitude, le nouvel homme Cavalli est aussi écléctique qu'axé vers le futur. Les références à l'héritage de la maison sont cependant présentes, revues et corrigées à la sauce Millenials : le léopard est tantôt pixélisé, tantôt dépigmenté, le lamé et le python ne s'invitent que par touches bien senties, et l'allure vante aussi bien la Sprezzatura transalpine que les cool-vibes de la jeune génération. Une collection qui s'exprime en toute liberté, et qui s'adresse à tout homme désireux de transporter le made in Italy à un nouvel échelon de sa puissance. Entre inspirations et explications, Paul Surridge nous parle brièvement de ce premier show qui s'avère être un carton général. 

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Roberto Cavalli, printemps-été 2019 Menswear
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Roberto Cavalli, printemps-été 2019 Menswear
Paul Surridge, directeur artistique, Roberto Cavalli

Vos inspirations pour cette collection ? 

Tout d'abord, je ne voulais pas seulement créer un vestiaire, mais une véritable attitude. Il faut, pour ma part, connecter la silhouette, les formes, les coupes, les volumes. Je voulais avoir une approche différente. Engagée aussi, puisque mon travail pour cette collection est d'activer ce changement. La maison Roberto Cavalli est une éminente institution, au sein de laquelle le turn-over a été assez important. Elle est passée de phases de visibilité à des périodes plus discrètes, c'est pour cela qu'il y a beaucoup de choses à y faire. Une montagne à gravir. Il s'agissait également de raccorder la maison avec un nouveau lifestyle, plus ouvert, inspiré du surf, du skating, une nouvelle manière de porter le streetwear. Plus smart, sophistiquée, mais qui reste cool. J'essaye d'adopter un nouveau langage universel pour Roberto Cavalli, transformer la maison florentine en une entité globale et internationale. C'est notre travail en tant que directeur artistique aujourd'hui : amorcer le changement. 

Vous êtes britannique. Comment mixe-t-on l'ADN très italien de Roberto Cavalli avec vos racines anglaises ? 

J'habite ici depuis douze ans, et je suis plutôt assez bien intégré dans l'environnement professionnel italien. J'adore ce pays, mais j'ai bien sûr des racines britanniques. Il s'agit, pour mêler les deux avec justesse, de faire confiance à son instinct. Et repousser les frontières. Je suis très intéressé par le futur. Et aussi par le fait de rendre à la maison Roberto Cavalli son lustre d'antan, afin de réactiver le business. 

En quoi le casting représente ce nouvel homme Roberto Cavalli ? 

Je voulais une cabine de mannequins très éclectique, pas comme dans le passé (ndlr : chez Roberto Cavalli). Une communauté globale, qui s'apparente à ma vision de l'homme : un mix de toutes les cultures et origines, des blacks, des latinos, des surfeurs blonds, un garçon asiatique. Il s'agit de célébrer tous les hommes, toutes les couleurs, toutes les ethnies. J'aime l'homme dans sa diversité.

 

www.robertocavalli.com

 

 

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