Le mentor cosmique de l’automobile moderne est allemand
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Le mentor cosmique de l’automobile moderne est allemand

Daniel Simon a démarré sa carrière en tant que designer au sein du groupe Volkswagen avant de partir pour la Californie où il crée des engins futuristes en 3D, pour son compte aussi bien que pour Hollywood.
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L’automobile est un domaine extraordinaire qui tient à la fois des Beaux-Arts et de l’industrie lourde. Daniel Simon en est la parfaite synthèse, lui qui a démarré au sein du groupe Volkswagen avant d’embrasser une carrière d’indépendant qui lui autorise une grande liberté de ton. Ainsi, ne lui parlez pas de la dernière Toyota Prius : “Cette voiture de grande diffusion est une véritable composante de notre monde, on en voit à tous les coins de rue. Pourrir visuellement notre environnement de la sorte est une forme de crime. On sacrifie l’esthétique sur l’autel des faibles émissions. Il n’y a aucune intention dans les jeux de volumes, les lignes, les proportions ou quoi que ce soit.” Cette déclaration a fait l’effet d’une petite bombe dans un univers où les attaques frontales de ce type restent rares, et le fait que son auteur soit l’une des figures les plus respectées du milieu automobile n’a fait qu’en amplifier la portée.

Né en Allemagne de l’Est en 1975, côté Trabant donc, Daniel Simon est aujourd’hui une référence pour les designers automobiles du monde entier, qui louent à la fois son talent dans la création 3D de modèles futuristes et sa faculté à créer un véritable univers, qui s’est matérialisé dans deux ouvrages de référence édités par lui-même, Cosmic Motors: Spaceships, Cars and Pilot of Another Galaxy (2007) et The Timeless Racer : Machines of a Time traveling Speed Junkie (2013) : “La Guerre des étoiles, Barbarella et James Bond réunis”, avait parfaitement résumé le magazine britannique Top Gear.

“Pour Cosmic Motors, j’avais besoin d’un récit qui tienne tout le livre, lequel ne devait pas être juste un catalogue. C’est donc l’histoire d’une compagnie imaginaire, la Cosmic Motors, et de ses fondateurs. Les véhicules individuels ont leur propre légende dès le premier dessin, et la narration permet d’ajouter des détails crédibles à des créations qui ne le sont pas vraiment. Mais durant le processus, il arrive qu’il faille faire coïncider le récit avec le design qui vous plaît, et c’est de là que vient le plaisir. C’est aussi ce qui fait la différence avec un job de designer dans l’industrie.”

“J’ai découvert ‘Star Wars’ à 24 ans […] Depuis, je suis en perpétuelle recherche de science-fiction, dans les domaines artistique ou scientifique.” Daniel Simon, designer automobile

Des “clés” visuelles

De fait, on reconnaît généralement les créations de Daniel Simon à leurs légères touches rétro : “Si vous créez une voiture pour une autre galaxie, et que vous voulez que le public l’identifie en tant que telle, vous êtes obligé d’intégrer des ‘clés’ visuelles de la vie de tous les jours. C’est très amusant. Si vous voulez que votre création ait de la consistance et qu’elle ait l’air assemblée à la main, vous ajoutez des rivets. Il faut aussi montrer où le pilote s’installe, ajouter un volant. C’est comme ça. Une voiture contrôlée par le cerveau, sans fenêtres et avec des roues entièrement carénées, ne sera pas reconnue comme telle par le public. Il faut qu’elle ait des côtés rétro pour être acceptée comme véhicule futuriste.” Paradoxalement, ce n’est qu’à l’âge adulte que Simon a découvert l’œuvre de George Lucas. “Il faut bien avoir à l’esprit que mon enfance s’est déroulée sans que j’aie la moindre conscience de l’existence de Star Wars. Jusqu’à l’âge de 17 ans, je n’avais pas lu la moindre bande dessinée ou regardé un film de science-fiction. Mais je pense que nous avons tous en nous une sensibilité dans ce domaine, quel que soit l’univers dans lequel on grandit. Mes parents m’emmenaient souvent avec eux à leur travail, sur un immense chantier naval. C’est probablement là qu’est née mon influence principale. Et j’ai découvert Star Wars à l’âge de 24 ans, ce qui m’a littéralement coupé le souffle. Depuis, je suis en perpétuelle recherche de sciencefiction, dans les domaines artistique ou scientifique.”

“Bien sûr, le designer tient au courant de l’évolution de ses différents projets ses 70 000 followers Facebook, auxquels s’ajoutent plus de 30 000 fans Instagram.”

Savoir-faire et faire-savoir

Diplômé de l’université de Pforzheim en 2001, spécialité design des transports, Daniel Simon entre au département de design avancé du groupe Volkswagen, où il travaille notamment sur des concept-cars pour Bugatti, Lamborghini et Volkswagen. Il quitte l’entreprise en 2005 pour créer son propre studio de design à Berlin, avant de gagner Los Angeles où il supervise la création des véhicules du film Tron 2 pour le compte des studios Disney. Une fois les portes de Hollywood ouvertes, il travaillera notamment sur la création de véhicules pour les blockbusters Prometheus, Oblivion, ou encore Star Wars épisode VIII. À un savoir-faire unanimement salué, le designer ajoute un exemplaire fairesavoir, via les réseaux sociaux, sur lesquels il partage photographies (l’une de ses passions), coups de cœur et coups de griffes. Bien sût, il y tient au courant de l’évolution de ses différents projets ses 70 000 followers Facebook, auxquels s’ajoutent plus de 30 000 fans Instagram, le tout sur fond de californian way of life, en jean, tee-shirt et baskets dernier cri.

Parmi les références de Simon, on trouve évidemment Elon Musk – “SpaceX, nous t’aimons pour ta façon de poursuivre tes idées les plus dingues jusqu’a ce qu’elles deviennent réalité” –, mais aussi de grands pilotes de course, à l’image de Jacky Ickx qui avait signé la préface de son Timeless Racer. La compétition automobile est bien l’un des moteurs du designer, lui qui a dessiné les époustouflants modèles du futur championnat Roborace, des véhicules autonomes à motorisation électrique, appelés à courir en ouverture des ePrix du championnat de Formula E : “Nous vivons à une époque où les univers de la course auto et de l’intelligence artificielle, hier séparés, se rapprochent inexorablement. C’est fantastique de faire partie de cette aventure, car cela rassemble toutes mes passions : la compétition motorisée, le design et les technologies avancées. Mon but a été de créer un véhicule qui tire avantage de l’absence de pilote sans effectuer le moindre compromis sur la beauté.” L’engin est effectivement époustouflant. Surtout, il marque la parfaite synthèse des aspirations du designer auto le plus en vue du moment, lequel nous réserve bien des surprises pour la suite : “Nous ne sommes qu’au début d’un long parcours créatif. Croyez-moi, le cinéma qui m’occupe aujourd’hui est un domaine très difficile, aussi rapide que rude. Le monde de Cosmic Motors m’a permis d’exprimer mes fantaisies, j’ai beaucoup de nouveaux véhicules en tête. Ça pourra être un livre, de la musique, de la vidéo, des miniatures, voire un riche extraterrestre qui viendra passer commande de l’un de mes véhicules. Je m’attends à toutes les surprises, à toutes les déviations de trajectoire.” Nous voilà prévenus.

Photographie par Daniel Simon

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