Hommes

Mathias Kiss : "J’apprends à désapprendre."

by Léa Trichter-Pariente
07.03.2017
Ex-artisan reconverti, Mathias Kiss mêle arts décoratifs et contemporain, rigueur et excentricité, mirroirs et dorures. Rencontre dans sa “Kiss Room”, au café La Perle à Paris.

Texte par Léa Trichter-Pariente
Photographie par Maxime Lyvastre

Êtes-vous du matin ?
Pas vraiment. Je me lève quand je veux, généralement vers 10 heures.
 

Vos adresses préférées ?
Le café La Perle (78, rue Vieille-du- Temple), le Café de la Poste (124, rue de Turenne) et Le Taxi jaune (13, rue Cha- pon), à Paris.


Que prenez-vous au petit déjeuner ?
Un café crème sans mousse et un jus d’orange.


Êtes-vous un couche-tard ?
Oui, mais pas un fêtard. J’aime la nuit car c’est un moment où je peux échanger avec mes complices.


Quels sont vos hobbies ?
Je fais de la boxe thaïe.


Où avez-vous étudié ?
J’ai été placé dans une maison de correction du CM2 à la 4e. On m’a orienté à 14 ans vers un apprentissage de peintre vitrier. Après trois ans de formation, j’ai bataillé pour rejoindre les Compagnons avec l’idée de m’extraire de l’avenir auquel on m’avait condamné. Pendant quinze ans, j’ai eu une vie et des horaires d’ouvrier et je fréquentais des gens plus âgés que moi. 


Qu’est-ce que les Compagnons du devoir ?
C’est une association ouvrière aussi stricte que le clergé ou l’armée! J’ai travaillé dans des lieux chargés d’histoire, tels que le Louvre, et j’y ai perfectionné ma technique, mais c’était très rigide et très académique. J’ai choisi de les quitter en 2002 pour monter avec un associé Attilalou, un studio d’arts décoratifs.


Qu’est-ce qui a le plus changé pour vous à ce moment-là ?
Dire “je” et plus “nous”.


Quelle œuvre a créé la rupture
Incontestablement Le Miroir froissé en 2008, l’aboutissement d’un travail sur l’absence d’angle droit.


Pourriez-vous citer certains de vos travaux récents ?
L’exposition “Double je” au Palais de Tokyo mettait en scène Golden Snake, un labyrinthe de corniches dorées à la feuille d’or ; l’installation Radiant Room pour la maison Boucheron, place Vendôme, la décoration du restaurant Season et du Café de la Poste dans le Marais et, plus récemment, l’installation in situ à la galerie Alain Gutharc, présentée initialement à Bruxelles lors du salon Yia Art Fair (dont j’ai été lauréat en 2016), qui a consisté à recouvrir le sol de feuilles d’or et à interroger le spectateur sur le fait de s’avancer et de participer à l’usure de ce métal précieux.


Quelle est votre démarche artistique ?
L’immersion dans mes œuvres.


Comment est née la Kiss Room ?
Mon ami Jean-Philippe, le patron du café La Perle, m’a donné carte blanche pour réaménager cet espace. J’ai réalisé une chambre isolée du bruit et composée de mille miroirs, de mille reflets et d’une bande-son inédite créée par Nicolas Godin, du groupe Air.


Quels sont vos projets à venir ?
Une mise en scène pour la prochaine collection de chaussures Hermès, deux expositions à la Gallery Elle de Zurich, de mars à juin prochain, et au Mudac à Lausanne, de mai à octobre. Je vais aussi faire l’expérience de vivre une retraite du 1er au 31 mars dans la Kiss Room. Je suis également en cours d’écriture d’un livre manifeste sur l’ornementation brutaliste.


Quelle est votre devise ?
Moins de blabla, plus de résultat.


Qu’est ce qui vous anime ?
La liberté. J’apprends à désapprendre.


www.mathiaskiss.com 

 

 

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