Hommes

Anthony Joshua, toujours debout

On le pensait invincible. On voyait en lui l’un des plus grands talents de la boxe moderne. Le poids lourd ultime. Alors que le printemps s’achevait, il est tombé, pour la première fois. Inexplicablement ? Pas si sûr, ainsi que l’explique notre spécialiste du noble art. Alors qu’il prépare son retour et sa revanche, le boxeur anglais, nouvel ambassadeur de la ligne BOSS Stretch Tayloring, s’est livré.
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C’était ce que personne ne pensait voir. Madison Square, le 1er juin dernier, troisième round. Anthony Joshua un genou à terre, la bouche en sang, un coude appuyé sur une des cordes lance un regard d’enfant qui ne comprend pas ce qui lui arrive vers l’arbitre qui le compte. Juste un peu plus tôt, au centre du ring, le même Anthony Joshua, nouvelle incarnation d’Adonis, saluait Andy Ruiz, la version mexicaine de Winnie l’ourson, un petit gros (d’un mètre quatre-vingt-huit quand même mais compte tenu des mensurations des lourds d’aujourd’hui, c’est un petit gros) avec une bonne bouille de gentil garçon qui aime un peu trop les enchiladas de sa grand-mère. Ce qu’on a du mal à voir derrière toute cette graisse tatouée, c’est son incroyable vitesse de poing, la qualité de ses déplacements et de ses esquives.

Quand, au troisième round, Andy Ruiz est mis à terre, tout le monde hausse les épaules en se disant qu’on assiste encore une fois à l’exécution d’une victime sacrificielle au service de la carrière d’Anthony Joshua. Mais juste quand on croit qu’il a fait le boulot, c’est lui qui se retrouve à terre à quelques minutes plus tard. Le mois qui précédait ce combat, Andy Ruiz ne figurait même pas dans la liste des dix meilleurs de Ring Magazine, bible de la boxe depuis 1922. Il a été repêché en vitesse après la disqualification de Jarrell Miller pour dopage. Wilder et Fury répétaient souvent qu’Anthony Joshua avait peur de les affronter. Qu’on ne lui donnait que des adversaires faciles. Que c’était eux qu’il fallait battre pour être vraiment le champion. D’abord Fury, Wilder ensuite ou le contraire? Au septième round, toutes ces questions deviennent sans importance. Anthony Joshua est K.-O. Il vient de céder ses quatre ceintures à Andy Ruiz. Tyson Fury, encore lui, prétend l’avoir prédit devant au moins 30 personnes. On voyait à son attitude, dit-il, son “body language”, qu’il n’avait pas envie d’être là. Quand il ne raconte pas n’importe quoi, Tyson Fury est intelligent, fou, froid, précis et profond dans son analyse de la boxe. Et il est vrai a posteriori (on a toujours raison a posteriori) que l’attitude de Joshua paraît étonnante, il mâchouille son protège-dents, il regarde dans tous les sens, on n’a pas le sentiment de voir un boxeur absorbé par la tâche qui l’attend. Puis cette fin aussi est étrange. Septième round : Joshua tombe sous les coups du petit Andy Ruiz Jr. Il se relève, tourne le dos à l’arbitre et regagne son coin pour s’appuyer aux cordes en laissant son protège-dents par terre, il faut que ce soit l’arbitre qui le lui ramène. Ce dernier lui dit: “Retournez-vous, retournez-vous”, il commence à compter, il ajoute : “Let’s go !”. “Vous voulez boxer ?”, demande l’arbitre. A. J., comme l’appellent ses fans, ne réagit pas vrai- ment. L’arbitre arrête le combat. Joshua proteste très mollement. On dirait qu’il est déjà ailleurs. Un champion du monde des poids lourds préfère être emporté sur son bouclier plutôt que d’abandonner. Joshua était encore débout, pas comme un boxeur qui lutte contre le tournis et la douleur pour convaincre qu’il peut se remettre sur pied. Il était là, accoudé sur les cordes comme au bar. Peut-être soulagé. Il a été exem- plaire dans la défaite, comme toujours et peut-être même un peu trop. Le match était à peine fini qu’on entendait déjà toutes sortes d’histoires de complots, toutes sortes d’excuses... Joshua aurait été mis K.-O à l’entraînement par un des sparring partners, il aurait été victime d’une crise d’angoisse juste avant le combat, etc. Tout est faux. Et Joshua, il faut lui reconnaître ça, a été le premier à le dire.

En attendant, Ruiz, premier champion du monde mexicain des poids lourds, a eu l’autorisation de son entraîneur de faire la fête jusqu’à la fin juin et a rencontré le président du Mexique. Cette victoire des poignées d’amour sur le body-building a commencé à en inspirer plus d’un : Adam Kownacki, un peu replet, se dit maintenant qu’il s’essayerait bien à affronter Wilder. Une revanche contre Ruiz est prévue. Ils sont nombreux dans le métier à dire que c’est trop risqué pour Joshua, pour toutes sortes de raisons, presque toutes dans la tête. Il a abandonné. Et il s’est fait mettre au tapis par un adversaire qui, à vrai dire, n’a pas beaucoup de punch. Toutes ces choses tournent encore et encore dans la tête d’un boxeur pendant ses six ou sept mois de préparation. On verra. En attendant, il ne reste qu’une seule certitude, Joshua ne peut pas se permettre de perdre une deuxième fois face à Ruiz. Au risque de disparaître.

L’Officiel Hommes: Vos qualités athlétiques vous auraient permis de réussir dans de nom- breuses disciplines, qu’est-ce qui vous a fait choisir la boxe, qui est sans doute le plus exi- geant et le plus cruel des sports?
Anthony Joshua: J’ai joué au football à un bon niveau quand j’étais plus jeune et je crois que je me serais bien débrouillé, mais nous avons déménagé de l’endroit où nous vivions à l’époque et j’ai décidé que je voulais privilégier ma force physique. Je faisais de la musculation, mais mon cousin qui s’entraînait à la salle de boxe m’a proposé de l’accompagner. Au début, c’était tellement dur et violent, mais je ne sais pas pourquoi, j’ai continué à y aller. Mon but n’était pas de devenir champion, je voulais juste m’améliorer, dominer les gars avec lesquels je faisais du sparring, puis ceux que j’affrontais en compétition. Je faisais quelque chose de positif et je gagnais, je revenais à la maison avec des trophées. J’ai vu que je pouvais avoir un avenir dans la boxe. J’ai appris l’importance de la discipline et de la concentration totale. À l’âge de 18 ans, j’en avais besoin. La boxe m’a permis de réaliser mon potentiel en tant que personne.

Est-ce qu’il y a des moments où vous pouvez ne plus penser à la boxe?
C’est important de pouvoir se reposer physi- quement et mentalement. J’essaie de prendre du temps libre chaque fois que c’est possible pour recharger mes batteries, mais est-ce que j’arrête de penser à la boxe? Non. Je suis un boxeur, c’est en moi, on ne peut pas oublier la boxe comme ça. Que ce soit parce que je regarde des vieux combats sur YouTube ou quand je traîne à la salle, c’est impossible d’oublier la boxe complètement.

Beaucoup de boxeurs ont une relation très ambiguë avec la boxe. Chris Eubank, par exemple, a dit parmi beaucoup d’autres qu’il n’aimait pas la boxe. Est-ce qu’il vous arrive de haïr la boxe?
Non, la boxe, c’est dur physiquement et men- talement, mais je ne la déteste jamais. Quand ça devient difficile, il faut s’accrocher, il faut s’en sortir. Les moments qu’on passe dans les camps d’entraînement sont intenses, on travaille tellement, mais au bout du compte, personne ne me met un pistolet sur la tempe en me disant : “Il faut que tu sois un boxeur.” C’est mon choix. Mon père était boxeur professionnel et il m’a toujours interdit de pratiquer la boxe dans mon enfance.

Est-ce que vous autoriseriez votre enfant à boxer professionnellement ? 
Non, je ne voudrais pas qu’il devienne boxeur. Peut-être qu’il deviendra comptable ! Qu’il sera bon quand il se battra avec les chiffres. La boxe est trop dure et trop dangereuse. En plus, je ne veux pas qu’il ait la pression d’être sans cesse comparé à moi. Je tiens à ce que tout soit cloisonné: à la maison je suis papa et ils me respectent pour ça, et je veux que les choses restent comme ça. Mais il saura ce que je fais, il en aura pleinement conscience, et de ce qu’il a fallu pour en arriver là.

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Quand vous voyez votre adversaire à terre en train d’être compté, qu’est-ce vous ressentez ? Du soulagement, un sentiment de triomphe, la peur qu’il se relève avant dix ? Vous avez été si élégant dans la défaite, vous l’avez acceptée comme “un homme et un soldat” pour reprendre vos termes, est-ce que je peux vous demander ce que vous avez ressenti, vous, pendant que l’arbitre vous comptait?
Vous êtes totalement concentré sur le boulot que vous avez à faire. Tant que le combat n’est pas fini, vous n’avez qu’un seul but, mettre l’adversaire K.-O. S’il se relève, il faut retourner au travail et finir le combat. En ce qui me concerne, je n’aime pas faire de reproches à qui que ce soit, ce n’est pas mon boulot que de réfléchir à l’arbitre ou à la façon dont il fait son boulot. Mon boulot, c’est de battre l’adversaire et je ne l’ai pas fait, alors je ne peux pas me plaindre parce qu’il a arrêté le combat. Pendant qu’il me comptait, je pensais à me relever pour continuer le combat mais il en est allé autrement.

Pouvez-vous décrire la succession des pensées et des sentiments qui vous traversent pendant que vous attendez dans le vestiaire, puis pen- dant le ring walk, jusqu’au moment où vous montez sur le ring et cet autre moment quand vous entendez le gong pour la première fois et vous voyez l’adversaire qui s’avance vers vous ?
Dans le vestiaire, tout est préparation. On se prépare à combattre. Je me change, je fais des étirements avec mon préparateur physique. Après ça, je m’échauffe avec mon entraîneur. On n’a pas le temps de réfléchir à la situation, il faut rester entièrement concentré sur le boulot qui vous attend. Je n’ai pas de manies étranges ou particulièrement intéressantes. J’ai eu beaucoup de chance, parce que j’ai combattu et j’ai fait des ring walks dans des endroits extraordinaires. L’atmosphère à Wembley avant le combat contre Klitschko était fabuleuse, mais à ce moment-là, ça n’a pas vraiment d’effet sur moi. On m’a posé tout un tas de questions sur le ring walk avant le combat contre Ruiz, sur le fait que c’était très long, mais moi, j’avais l’impression que ça n’avait duré que quelques secondes. Une fois que je suis dans le ring, prêt à combattre, je suis totalement détendu.

L’Afrique est très importante pour vous. Aime- riez-vous y faire un combat tel Mohamed Ali ?
Ce serait fabuleux de faire ça un jour, d’hono- rer la mémoire d’Ali et Foreman. La boxe est en plein essor en ce moment et tout est possible. Si on pouvait organiser un combat là-bas, ce serait fantastique.

À quel boxeur vous identifiez-vous ?
L’histoire a démontré que les grands champions sont ceux qui ont le mieux géré leurs affaires à l’intérieur comme à l’extérieur du ring. Je ne dirais pas que je suis comme les grands mais j’ai certainement mes préférés. Mike Tyson a montré qu’en tant que boxeur, votre seul instinct doit être animal. J’adorais la façon dont Tyson boxait, quand j’ai commencé à boxer, je me recroquevillais pour imiter son style. Ali était incroyablement intelligent, un fabuleux tacticien de la boxe, il trouvait tou- jours le moyen de gagner contre des combat- tants redoutables et des gros frappeurs.

Êtes-vous conscient de la présence du public, de ses réactions quand vous boxez ou êtes- vous trop absorbé par l’action pour l’ entendre ?
Je me souviens qu’aux Jeux olympiques, j’essayais de ne pas entendre le bruit dans l’arène, on a dit qu’en 2012, les fans de boxe étaient les plus bruyants de tous. Mais j’ai gâché beaucoup d’énergie à faire ça. Je n’ai plus jamais commis cette erreur ! Il faut absorber toute cette énergie positive. Certains athlètes arrivent dans l’arène avec des écouteurs pour ne pas se laisser déconcentrer par la foule et le bruit, mais je m’en sers comme d’un élément positif.

Quelle question détestez-vous le plus ?
Il n’y en a pas vraiment une en particulier. Dans le passé, c’était agaçant quand les gens me parlaient de combats futurs, qui devaient venir après celui que j’allais faire immédiatement, c’était un manque de respect pour l’adversaire que j’allais affronter à ce moment-là.

Que vous a appris votre unique défaite?
Ce n’est dans la nature de personne de perdre, que ce soit dans le sport ou dans les affaires. J’ai déjà perdu quand je boxais en amateur et ça ne m’a pas changé, ni qui je suis, ni ce que je représente. Ça n’entraîne pas des changements révolutionnaires, je reste loyal envers les gens qui m’entourent et m’ont guidé jusque-là. Je reste la même personne. J’ai la même motivation et je veux m’améliorer dans ma boxe. J’ai appris que mes choix tactiques n’ont pas eu le résultat escompté. Il faut que je les ajuste, que je les analyse et que je fasse de mon mieux pour corriger ça. Je les ai corrigés pour la revanche.

Quand vous voyez votre adversaire à terre en train d’être compté, qu’est-ce vous ressentez ? Du soulagement, un sentiment de triomphe, la peur qu’il se relève avant dix ? Vous avez été si élégant dans la défaite, vous l’avez acceptée comme “un homme et un soldat” pour reprendre vos termes, est-ce que je peux vous demander ce que vous avez ressenti, vous, pendant que l’arbitre vous comptait?
Vous êtes totalement concentré sur le boulot que vous avez à faire. Tant que le combat n’est pas fini, vous n’avez qu’un seul but, mettre l’adversaire K.-O. S’il se relève, il faut retourner au travail et finir le combat. En ce qui me concerne, je n’aime pas faire de reproches à qui que ce soit, ce n’est pas mon boulot que de réfléchir à l’arbitre ou à la façon dont il fait son boulot. Mon boulot, c’est de battre l’adversaire et je ne l’ai pas fait, alors je ne peux pas me plaindre parce qu’il a arrêté le combat. Pendant qu’il me comptait, je pensais à me relever pour continuer le combat mais il en est allé autrement.

Pouvez-vous décrire la succession des pensées et des sentiments qui vous traversent pendant que vous attendez dans le vestiaire, puis pen- dant le ring walk, jusqu’au moment où vous montez sur le ring et cet autre moment quand vous entendez le gong pour la première fois et vous voyez l’adversaire qui s’avance vers vous ?
Dans le vestiaire, tout est préparation. On se prépare à combattre. Je me change, je fais des étirements avec mon préparateur physique. Après ça, je m’échauffe avec mon entraîneur. On n’a pas le temps de réfléchir à la situation, il faut rester entièrement concentré sur le boulot qui vous attend. Je n’ai pas de manies étranges ou particulièrement intéressantes. J’ai eu beaucoup de chance, parce que j’ai combattu et j’ai fait des ring walks dans des endroits extraordinaires. L’atmosphère à Wembley avant le combat contre Klitschko était fabuleuse, mais à ce moment-là, ça n’a pas vraiment d’effet sur moi. On m’a posé tout un tas de questions sur le ring walk avant le combat contre Ruiz, sur le fait que c’était très long, mais moi, j’avais l’impression que ça n’avait duré que quelques secondes. Une fois que je suis dans le ring, prêt à combattre, je suis totalement détendu.

L’Afrique est très importante pour vous. Aime- riez-vous y faire un combat tel Mohamed Ali ?
Ce serait fabuleux de faire ça un jour, d’hono- rer la mémoire d’Ali et Foreman. La boxe est en plein essor en ce moment et tout est possible. Si on pouvait organiser un combat là-bas, ce serait fantastique.

À quel boxeur vous identifiez-vous ?
L’histoire a démontré que les grands champions sont ceux qui ont le mieux géré leurs affaires à l’intérieur comme à l’extérieur du ring. Je ne dirais pas que je suis comme les grands mais j’ai certainement mes préférés. Mike Tyson a montré qu’en tant que boxeur, votre seul instinct doit être animal. J’adorais la façon dont Tyson boxait, quand j’ai commencé à boxer, je me recroquevillais pour imiter son style. Ali était incroyablement intelligent, un fabuleux tacticien de la boxe, il trouvait tou- jours le moyen de gagner contre des combat- tants redoutables et des gros frappeurs.

Êtes-vous conscient de la présence du public, de ses réactions quand vous boxez ou êtes- vous trop absorbé par l’action pour l’ entendre ?
Je me souviens qu’aux Jeux olympiques, j’essayais de ne pas entendre le bruit dans l’arène, on a dit qu’en 2012, les fans de boxe étaient les plus bruyants de tous. Mais j’ai gâché beaucoup d’énergie à faire ça. Je n’ai plus jamais commis cette erreur ! Il faut absorber toute cette énergie positive. Certains athlètes arrivent dans l’arène avec des écouteurs pour ne pas se laisser déconcentrer par la foule et le bruit, mais je m’en sers comme d’un élément positif.

Quelle question détestez-vous le plus ?
Il n’y en a pas vraiment une en particulier. Dans le passé, c’était agaçant quand les gens me parlaient de combats futurs, qui devaient venir après celui que j’allais faire immédiatement, c’était un manque de respect pour l’adversaire que j’allais affronter à ce moment-là.

Que vous a appris votre unique défaite?
Ce n’est dans la nature de personne de perdre, que ce soit dans le sport ou dans les affaires. J’ai déjà perdu quand je boxais en amateur et ça ne m’a pas changé, ni qui je suis, ni ce que je représente. Ça n’entraîne pas des changements révolutionnaires, je reste loyal envers les gens qui m’entourent et m’ont guidé jusque-là. Je reste la même personne. J’ai la même motivation et je veux m’améliorer dans ma boxe. J’ai appris que mes choix tactiques n’ont pas eu le résultat escompté. Il faut que je les ajuste, que je les analyse et que je fasse de mon mieux pour corriger ça. Je les ai corrigés pour la revanche.

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