Food

Dans l'assiette de la génération Y

by Fabrizio Masocca
30.01.2017
Nous sommes ce que nous mangeons, dit l’adage… L’époque, écartelée entre gloutonnerie et ascétisme, obsessions et compulsions, le vit fidèlement : un rien schizo.
Le bowl

Tout en un, le bowl aspire à l’équilibre nutritionnel idéal. Un genre de bento à usage de la génération Y, soucieuse d’inventer ses propres rituels. Du Bob Juice’s Bar à Cojean, son ubiquité soudaine l’a installé comme l’humeur de l’été 2016.

Le quinoa

Le gluten faisant office d’invention satanique, il fallait trouver la parade. Eurêka, « le riz des Incas » – qui n’en demandaient pas tant –, a rejoint le Canderel au panthéon des inventions marketing de l’industrie agroalimentaire.

Le kimchi

Cet assortiment d’ingrédients (piments, légumes) lacto-fermentés fait la joie des férus d’explications scientifiques et de rationalisation nutritionnelle : il serait excellent pour la flore intestinale. Les palais délicats, eux, l’éviteront. Mais les palais délicats ayant toujours tort… ils négligent un des condiments les plus malins qui soient. Pour être un chef digne de ce nom, il faut évidemment réaliser le sien.

Le ceviche

Le pendant 2.0 du tartare : du cru, mais pas tout à fait, atténué par la marinade, cuisant tout juste le poisson. Avantage non négligeable : il permet de distinguer le bon cuisiner du fainéant. Trop de marinage, plus de goût. Pas assez et la mâche est horrifique.

Le burger

De la nostalgie fifties qui étreignait le cœur des baby-boomers, le contemporain a fait le plus beau tour de passe-passe de la dernière décennie. Pas cher ni complexe à faire, facile à vendre à toutes les sauces. Pain à l’encre sigle Gontran Cherrier, viande aristocrate, assaisonnement baroque (une enseigne associait le saumon gravlax au bœuf wagyu…). De la brasserie de gare à la table nappée, il a joué des coudes pour remplacer la bavette-frites d’hier. Et incarner le dernier bastion de la mauvaise conscience viandarde.

Les fleurs

L’avènement du chef-jardinier, accompagnant avec un sens du timing pas innocent celui du mangeur photographe, a suivi un mouvement de fond de la cuisine actuelle : la disparition de la cuisine, de l’art de la cuisson, de l’assaisonnement, du jus. Cette geste doloriste, en réaction à l’hédonisme de l’ère bistronome – sans parler des opulences des palaces – on espère bien la voir passer par-dessus bord.

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