Femmes

Le denim vu par Maje

by Mathilde Berthier
07.03.2017
Maje fête l'arrivée des beaux jours avec une collection capsule denim hors des sentiers battus, pilotée par sa fondatrice Judith Milgrom. Graphique, aérien et sophistiqué, le tissu culte des années 1990 s'offre un visage presque couture... Conversation autour du jean.

Texte par Mathilde Berthier

Vous entrez dans le printemps avec cette collection 100 % denim. Était-ce un défi ou une évidence?
Judith Milgrom: L'idée me trottait dans la tête depuis longtemps. Chez Maje, on a toujours manipulé le denim, sans l'avoir jamais poussé dans ses retranchements. Je souhaitais profiter de cette micro-collection pour travailler le denim comme une matière de prêt-à-porter qui flirterait avec la couture. Il a fallu explorer les textures, le patchwork, les finitions. Cette capsule, c'est la fusion d'un tissu rustique et de formes modernes.

Qu'est-ce qui vous plaît dans le denim? 
Sa luminosité et sa neutralité. Le denim donne bonne mine tout en étant passe-partout. Mors, pourquoi s'habiller tout en noir? C'est aussi une matière idéale pour passer de l'hiver au printemps : un jean avec un col roulé? Ça marche. Une jupe en denim avec des collants en laine? Ça marche. Un blouson en jean sous un manteau? Ça marche aussi.

À l'origine, dans les années 1850, le jean était un vêtement rustique, réservé aux hommes. Aujourd'hui, tout le monde le porte, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Dès ses débuts dans le vestiaire féminin, le denim a bousculé les codes, il a 
dépoussiéré des silhouettes trop classiques. Les femmes portaient des jeans oversize, elles piquaient la chemise en denim de leur moitié... Le jean introduisait un décalage, même dans les années 1930. Pour ne rien gâcher, il vit au rythme de ses lavages et de son usage. C'est un peu comme le cuir: on veut le garder car il se bonifie avec le temps.

Vous faites le pari du flare, cette forme héritée des seventies. Après dix ans de règne, le slim est-il devenu has-been?
Le slim est un basique. Sa forme permet d'être plus audacieux dans le choix d'un top ou d'un manteau. Aujourd'hui, les femmes en achètent moins, mais elles n'ont pas envie de s'en débarrasser. Le slim est rentré dans les moeurs : c'est un peu le "501" de 2017.

On parle souvent des nineties comme de l'âge d'or du jean...
C'est vrai que je me suis inspirée du total look denim de Vanessa Paradis et des supermodels des années 1990, qui ne sortaient jamais sans leur mom jean... et je voulais aussi m'extirper de tout cela. Avec le denim, on peut oser des formes que personne n'a l'habitude de voir. J'aurais voulu aller encore plus loin, mais il fallait faire des choix.

Envisageriez-vous une suite?
J'ai pris tellement de plaisir et ça a été tellement frustrant de trancher entre certains modèles que j'ai décidé de numéroter cette capsule... pour pouvoir en faire une autre.

Comment accessoi-riseriez-vous cette collection?
L'accessoirisation doit rester minimale. Si on a la chance de pouvoir porter du plat, la robe et la combinaison sont sublimes avec des ballerines ou des sneakers. Mais j'aime aussi l'idée de sophistiquer ces pièces avec de très belles sandales.

Le jean passé minuit, vous approuvez?
La polyvalence est devenue l'essence du jean. Aujourd'hui, on l'adopte le jour, la nuit, au travail, sur la plage, pour une cérémonie... J'aime cette liberté qu'inspire le denim : on peut tout mettre avec un jean, et on peut tout faire dans un jean. 

Vous souvenez-vous de votre premier jean? Quand j'étais ado, on avait le choix entre Levi's, Lee et Wrangler. C'était terrible ! Ça ne m'allait pas du tout, je n'avais pas un corps à jean. Mon premier jean était un modèle oversize que j'avais moi-même customisé, élimé, troué... Quand ma grand-mère m'a vue, elle a convoqué ma mère pour lui demander pourquoi je portais des jeans déchirés ! La première fois que j'ai pris le métro avec, tout le monde m'a regardée. J'étais bien dans ma peau, je me sentais différente.

Vous croyez au jean idéal?
Il y a un jean idéal pour chaque femme. On le choisit parce qu'il est seyant, parce qu'il est confortable, parce qu'il est séduisant... Pour cette capsule, j'ai cherché l'exclusivité. Je voulais que la cliente se dise : "J'ai dix jeans dans mon armoire, mais celui-là, je ne l'ai pas." Avec notre pantalon-jupe extravagant, on est loin des codes du genre, on emmène le jean ailleurs.

Dans La Convergence des consciences, Pierre Rabhi parle du jean comme d'un "uniforme". Qu'en pensez-vous?
Il parle d'uniforme car il voudrait que le monde soit plus minimal, et je l'admire pour ça. C'est paradoxal par rapport à la marque que j'ai fondée, et à ce que j'ai envie d'offrir aux femmes... J'aimerais un jour que son point de vue soit adopté, mais d'une manière pacifiste et pas brutale. Le jean, c'est une part de liberté. L'important, c'est la mixité, pas la créativité pour la créativité. Plus que d'uniforme, je parlerais donc d'indispensable. 

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www.maje.com

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