Femmes

Le yachting selon Goyard

Parisienne d’adoption, tropézienne de cœur, Laurence Signoles, à la tête du développement de l’illustre malletier, nous invite à bord de son bateau, le Destiny, un refuge ensoleillé, fruit de son amour pour le village varois.
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Photographie par Marie-Amélie Tondu

A marré dans le vieux port de Saint-Tropez, où il a, chose rare, une place à l’année, le Destiny, acquis il y a quatre ans, est un bateau anglais Camper & Nicholson de 1959. “C’est la toute première saison que nous en profitons. Il a subi trois ans et demi de restauration à San Remo en Italie, où nous avons suivi chaque étape de sa rénovation. C’est un projet qui nous tient à cœur”, raconte Laurence Signoles. Entre tradition et discrétion, il est à l’image de ses propriétaires, qui ont tenu à respecter au maximum son plan et son atmosphère d’origine. Décoration sixties, luxe non ostentatoire, son look rétro et boisé détonne au milieu des yachts flambant neufs qui l’entourent. C’est main dans la main que le couple Laurence et Jean-Michel Signoles a su lui redonner vie. “Nous avons chiné, tous les week-ends depuis trois ans, chaque meuble, chaque pièce qui le composent.” De la table de la salle à manger signée Jansen aux couverts en bambou, du mobilier en cuir Jacques Adnet à celui en corde Audoux Minet, tout a été scrupuleusement choisi par ces deux passionnés. Notamment les vide-poches en céramique de Vallauris, qu’affectionne Laurence. “J’en fais la collection. J’ai la chance d’en posséder plusieurs de Capron et de Picasso. J’ai d’ailleurs typé notre maison de Saint-Tropez de ces céramiques des années cinquante.” Cosy et raffiné, le bateau est étroit mais confortable, équipé des dernières technologies, astucieusement dissimulées pour ne laisser paraître qu’un écrin vintage. Salon et salle à manger sont sur le pont principal, les deux cabines au niveau inférieur. Les trois membres d’équipage ont leurs quartiers à la proue du bateau, sous le poste de pilotage.
Pour leur toute première escapade, le couple a mis le cap sur Cannes, en plein festival. “En cinéphile, je n’ai pas résisté à la perspective d’assister à deux projections. C’était très amusant de vivre le festival depuis la mer”, raconte Laurence. À SaintTropez, c’est en Mini Moke d’époque qu’ils se déplacent, accompagnés de leur fidèle chienne Tina. Depuis que le Destiny a été livré, ils ne manquent pas une occasion de sortir en mer. “La sortie pour la journée est ponctuée de baignades, d’un déjeuner sur le bateau ou dans l’un des restaurants de plage que nous apprécions et souvent d’une petite sieste avant de rentrer au port.

"Nous vivons comme nous travaillons et nous travaillons comme nous vivons"
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Laurence Signoles à bord du Destiny, dans le port de Saint-Tropez. Elle a décoré elle-même le yacht avec des objets qui lui sont chers, comme des céramiques de Vallauris, une malle Goyard vintage, des couverts chinés et une lampe signée Audoux Minet.

Entre mer et nature

Fusionnels depuis leur rencontre il y a quatorze ans, Jean-Michel et Laurence ne se quittent jamais : ils vivent, travaillent, voyagent ensemble et partagent les mêmes centres d’intérêt. Le week-end, à Paris, ils se rendent dès 9  heures, quelle que soit la météo, au marché aux Puces de Saint-Ouen, où ils restent souvent pour le déjeuner. Leurs trouvailles sont ensuite dispersées dans les différents comptoirs de la marque. En effet, ils choisissent eux-mêmes chaque élément de décoration qui orne les boutiques Goyard de par le monde. Depuis qu’elle a rejoint l’aventure, Laurence s’est ainsi mise au rythme de la maison. “À Paris, ma journée commence à 8 h 30, je me rends à la boutique du 233, rue Saint-Honoré et dans nos bureaux du 16, place Vendôme. Je déjeune sur le pouce au Castiglione, chez Colette ou à l’hôtel Costes, et je termine généralement vers 20  heures.” Habitant aujourd’hui à Paris, Laurence a grandi successivement à Marseille, A ­ vignon et Aix-en-Provence. Son enfance ? Elle la passe entre mer et nature, au cœur des Alpilles et en Camargue. Après des études d’expertise comptable et de commissariat aux comptes, elle exerce dans le Sud. Ses clients sont principalement des hôtels et des restaurants : “J’ai toujours adoré le monde de l’hôtellerie.” Elle décide ensuite de rejoindre l’hôtel Costes à Paris, où elle œuvre durant trois ans avant de faire la connaissance de Jean-Michel Signoles, à Saint-Tropez. Amoureux du village, du site naturel, de ses plages et de ses criques, “les plus belles de la French Riviera”, le couple y passe plusieurs mois de l’année. “Nous possédons une maison dans les Parcs de Saint-Tropez, où nous venons régulièrement d’avril à octobre. Juin est le mois que je préfère car c’est le moment où la végétation et la lumière sont les plus belles. Nous venons également à la période de Noël. C’est un endroit merveilleux en hiver.

 

 

Un havre de paix

Attachés au village, Laurence et Jean-Michel viennent de célébrer les 50  ans de l’hôtel Byblos, une institution tropézienne, pour qui Goyard a réalisé un sac de plage réversible en édition limitée à cinquante exemplaires numérotés. L’intérieur est habillé de la mythique toile Goyardine orange tandis que l’extérieur, en toile écrue, est souligné de deux bandes de Goyardine et du logo légendaire du Byblos, brodé. En véritable habituée du village, Laurence est tous les matins à 8 h 30 chez Sénéquier pour prendre son café, avant de faire ses courses au marché aux poissons, sur la place aux Herbes et au marché du village les mardis et samedis. Puis elle profite de la mer à la plage des Salins. “Je ne fais aucune activité physique au cours de l’année, faute de temps, mais l’été, j’adore nager.” Le soir, Laurence et Jean-Michel descendent au village prendre un verre à l’Ermitage, avant de dîner avec des amis. Si Saint-Tropez est sans aucun doute son havre de paix, Laurence affectionne auss l’Italie. Ses lieux de prédilection sont “la Toscane, Rome, les îles Éoliennes, la Sicile ou la côte amalfitaine”. Mais ses déplacements sont pour la plupart d’ordre professionnel. “J’ai appris à voyager léger et toujours en talons. Lors de nos tournées pour Goyard, qui durent entre dix et douze jours, nous n’avons que des bagages cabine. Nous n’enregistrons jamais pour ne pas perdre de temps.” Ses bagages fétiches sont une malle rigide “Grand Hôtel”, un vanity “Sardaigne” petit format pour ses produits de beauté et le bagage pliable “Sainte Lucie” pour rapporter d’éventuels achats. “La malle est très fonctionnelle. Je mets tous mes effets sous papier de soie et rien ne se froisse jamais.” À propos de la maison Goyard, Laurence parle d’un art de vivre plutôt que d’une activité professionnelle. En qualité de secrétaire générale, elle s’occupe notamment de la stratégie, du développement et de l’implantation des boutiques. Elle est également chargée des comptoirs de Paris, Milan, Biarritz, Londres et bientôt Monaco. “Nous vivons comme nous travaillons et nous travaillons comme nous vivons.” Qu’il s’agisse de leur histoire personnelle ou de Goyard, tout est lié. Laurence se souvient de l’acquisition de leur appartement parisien : “Les propriétaires étaient très attachés à leur bien et tristes de devoir s’en séparer. Ils étaient par ailleurs très sollicités par des acheteurs étrangers. Mais quand ils ont su que nous étions de la maison Goyard, ils nous ont ouvert la porte d’un placard où nous avons découvert une magnifique collection de bagages Goyard vintage. Il s’agissait d’un cadeau de fiançailles. Ce fut un moment plein d’émotion et sûrement un signe. Et ils ont accepté de nous vendre leur appartement.”

 

 

Le rêve et la poésie

Maison familiale et traditionnelle fondée sur l’excellence, Goyard voit le jour en 1792. Mais entre elle et Jean-Michel Signoles, l’histoire commence en 1974, le jour où une malle attire son attention chez un brocanteur. Un an plus tard, il découvre le 233, rue Saint-Honoré et fait le lien avec la malle aperçue plus tôt. L’entrepreneur aguerri s’intéresse à la maison et commence une collection d’objets Goyard qui regroupe aujourd’hui pas moins de sept cents pièces. Visionnaire, il parvient en 1998, après plusieurs années de patience, à racheter l’entreprise à la famille. En quelques années, il réveille et magnifie la belle endormie en ressuscitant les ateliers de fabrication qui avaient disparu et en restaurant le savoir-faire. Fin connaisseur et observateur hors pair, Jean-Michel est sur tous les fronts. Il est notamment celui qui nourrit l’âme créative de la maison en puisant essentiellement dans les archives. Aux diktats du marketing, il oppose les notions de rêve et de poésie. Sa force est de savoir dire non (toujours avec tact) et de prendre son temps. Entièrement libre, la maison ne dépend d’aucun acheteur et n’est régie par aucun calendrier. Son développement maîtrisé et son fonctionnement quelque peu atypique déroutent dans le monde actuel de la maroquinerie. Le compliment qui a d’ailleurs le plus touché Jean-Michel lui vint de Ralph Lauren en personne, qui lui concéda “l’envier” car la taille, la stratégie et le fait de rester fidèle à son cœur de métier sont des valeurs qui, selon lui, sont précieuses. Avec ses trente-deux comptoirs en propre, la marque gère en effet tous ses stocks et tous ses employés. Bâtisseur, Jean-Michel pilote ce bijou tel un passionné. Les prochaines étapes ? L’ouverture, en août, d’un grand comptoir à Los Angeles sur Rodeo Drive et, en fin d’année, d’une boutique très attendue à Monte-Carlo, au pied de l’Hôtel de Paris. “Quatre-vingts ans après l’avoir fermé, Goyard va rouvrir les portes de l’un de ses comptoirs historiques. Il s’agira de la dernière ouverture en France après Paris et Biarritz”, explique Laurence. Avant cela, le couple entreprendra pour la première fois une croisière de douze jours entre la Corse et l’Italie, à bord du Destiny : “J’aime l’idée de voguer la nuit et de me réveiller, chaque matin, dans un port différent. C’est magique”, confie cette épicurienne. Sa devise ? “Carpe Diem.” Et dans vingt ans, elle se voit bien vieillir à Saint-Tropez et pourquoi pas ouvrir un lieu de vie et de partage, comme un hôtel ou un restaurant…

 

 

Sac Byblos x Goyard, 50 exemplaires disponibles uniquement à l’hôtel Byblos Saint-Tropez. www.byblos.com, www.goyard.com

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