La révolution permanente - L'Officiel
Femmes

La révolution permanente

Lady Vivienne Westwood, aujourd’hui septuagénaire, investit avec la même passion la création et le militantisme écolo. Depuis Londres, elle nous confie sa devise : “Acheter moins, choisir bien, le faire durer…” La reine du punk n’a rien perdu de son esprit rebelle.
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Andreas Kronthaler et Vivienne Westwood.

La vie de Vivienne Westwood, née en 1941 dans un village du Cheshire, pourrait faire l’objet d’un biopic tant elle colle à l’Histoire, aux avancées des femmes et à l’émergence d’une jeunesse en rupture avec des mœurs dépassées. À aujourd’hui 76 ans, elle est l’un des piliers de la mode contemporaine. Si l’on devait donner une raison à cela, la première qui vient en tête est l’actualité de sa mode, qu’elle mêle avec justesse à ses engagements politiques. La reine du punk raconte : “Les hippies ont politisé ma génération et, en 1970, avec Malcolm McClaren, nous nous sommes intéressés à la mode des années 1950. C’était le début d’une ère nostalgique ; Yves Saint Laurent s’intéressait aux années 1940 et nous à la décennie suivante, parce que nous étions déjà des activistes et nous haïssions la génération qui nous précédait à cause de la mort et de la destruction qu’avaient portées les gouvernements. Nous avons réinventé les années 1950, mais en nous concentrant sur la jeunesse.” Cette idée de dualité pour créer, on la retrouve dans son travail actuel qui, s’il s’est défait des fifties, n’a jamais réellement quitté le punk. Anticonformisme, radicalité…, Westwood estime que la période actuelle est “ouvertement politique”.

“C’est incroyable, aujourd’hui, le rejet de la polarisation entre les deux genres permet aux femmes de s’élever au rang d’individus à part entière.”

Il faut dire que, depuis plusieurs années, avec son mari Andreas Kronthaler, on la voit s’engager pour les droits de l’homme, comme lorsqu’elle passe par l’Ethical Fashion Initiative qui permet aux marques de travailler équitablement avec des artisans africains, ou encore avec sa ligne consacrée aux questions climatiques.
Elle semble infatigable et c’est peut-être aussi l’époque qui l’exige. Surtout à Londres, où Westwood a élu domicile en 1958. La ville sur laquelle sa mode a fait souffler un vent de liberté et d’anarchie se retrouve aujourd’hui confrontée au Brexit, au clash de classes sociales et à la fermeture des clubs. Il y a quelques mois, Vivienne Westwood a d’ailleurs organisé une soirée à la Fabric, club incontournable des nuits londoniennes : “Nous avons organisé une soirée de lancement pour Switch, la campagne que je mène pour que la moitié de l’Angleterre fonctionne à l’énergie verte d’ici à trois ans, et la première étape est l’économie verte. C’est ce qui aidera à saboter le système financier corrompu. La culture londonienne se fait évincer de la ville avec le simple objectif de construire des immeubles pour des investisseurs ; l’immobilier est un réel problème ici”, expliquet-elle. On pourrait croire que ces questions l’éloignent de la mode. Pourtant, pour elle, tout fait sens et surtout tout se rattache à la mode. Comme sa décision, pour l’automne-hiver 2017/2018, de présenter ses collections masculines et féminines en même temps : “C’est incroyable, aujourd’hui, le rejet de la polarisation entre les deux genres permet aux femmes de s’élever au rang d’individus à part entière.” Il semblerait que, pour elle, il ne suffise plus d’habiller les femmes ; à travers sa mode, elle leur permet de prendre possession du monde qui les entoure, d’y affirmer leur place, leurs envies et ce, dans le respect d’elles-mêmes et des autres. “Acheter moins, choisir bien, le faire durer”, se plaîtelle à répéter. Un mot d’ordre qu’elle entend faire résonner dans toute l’industrie, aussi longtemps que nécessaire.

 

www.viviennewestwood.com

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