Femmes

À l'Hôtel de Crillon avec Grace Hartzel

by Raphaël Cioffi
12.10.2017
Ascension fulgurante pour cette jeune américaine révélée à 16 ans par Hedi Slimane : Grace Hartzel fait aujourd’hui partie des nouvelles muses Dior choisies par Maria Grazia Chiuri. entre deux défilés, elle pousse même la chansonnette avec La Femme, le groupe de son chéri. on adore.

Photographie par Daniyel Lowden
Stylisme par Vanessa Bellugeon
Vidéo par Charlotte Krieger
Coiffure Andre Cueta Saavedra
Maquillage Louise Garnier
Assistant photo James Scarffe
Assistante stylisme Gabriela Cambero

 

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Manteau frangé en jacquard “Lascaux”, robe frangée en soie, chapeau en paille peint à la main, Dior.
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Veste et chemise en coton avec broderies “abeille”, jupe en tartan à franges, chapeau en feutre, ceinture en cuir, bagues en métal vieilli et perle en résine de howlite, Dior.
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Robe en jacquard avec motifs grottes de Lascaux, bagues en métal vieilli et perle en résine de howlite, bottes en cuir, Dior.
"La musique c'est vraiment ce que je veux faire. J'ai envie de tout contrôler. Ça prendra plus de temps mais c'est très important pour moi. Parfois je ne vois personne pendant des jours. À New York, je ne quitte jamais mon appartement, mes amis m'appellent pour s'assurer que je suis toujours en vie." Grace Hartzel

Paris, place de la Concorde, hôtel de Crillon, chambre 101. Grace Hartzel entre. À peine le temps de saluer notre covergirl que la pièce est remplie de jeunes femmes plus surprenantes les unes que les autres. Il y a une jeune Anglaise très chic et une frenchy tendance Années folles qui ne doit pas visiter le palace pour la première fois. On aperçoit aussi une des chanteuses de La Femme – un des groupes français le plus excitant de ces dernières années – suivie de la petite amie du chanteur. Derrière, deux personnalités plus brutes, l’une androgyne et l’autre irrésistiblement rock’n’roll. Elles parlent avec ce mannequin qui avait inspiré toute une collection à Hedi Slimane. Elles sont toutes là, débordantes de personnalité, et n’ont pas l’air de vouloir laisser Grace. Normal, elles sont toutes les différents visages de Grace Hartzel.
Cette capacité à être plusieurs personnes, c’est ce qui propulse Grace Hartzel en couverture de ce numéro dédié aux New Faces. En se permettant toutes les identités, réelles ou fictives, la jeune Américaine de 21 ans est surtout le visage d’une nouvelle génération. Une génération qui veut explorer toutes ses possibilités, sans demander la permission, avec un talent et un instinct étonnants.
“Aujourd’hui dans la mode, on recherche plutôt des personnalités, des muses, un peu comme dans les années 1970. J’aime quand un univers ressort, quand un mannequin transforme les vêtements qu’elle a sur elle en se les appropriant. Je considère le mannequinat comme une forme d’art, on devient un personnage, une créature, une vision. Tu modules ton corps pour créer des formes, du mouvement. Je pense que dans la mode, les nouveaux visages sont des filles avec cette personnalité.”

"Je considère le mannequinat comme une forme d'art, on devient un personnage, une créature, une vision. Tu modules ton corps pour créer des formes, du mouvement. Je pense que dans la mode. les nouveaux visages sont des filles avec cette personnalité." Graze Hartzel

De la personnalité, Grace Hartzel n’en manque pas. Découverte à seulement 15 ans, le jeune mannequin se démarque et atteint rapidement le niveau de ses icônes, Abbey Lee et Aline Weber. Elle défile, défie, défait. Son style inspiré donne des idées à Hedi Slimane, qui fera danser son crayon sur toute une collection Saint Laurent avec une seule mélodie en tête : Grace. Son attitude rock’n’roll, la grande brune au regard bleu ne l’a absolument pas perdue avec les années : quand elle arrive au Crillon, c’est après plusieurs heures d’un voyage en tourbus, de retour d’un concert électrique avec le groupe de son petit ami, Marlon Magnée de La Femme. Il lui a d’ailleurs écrit un titre, Always in the Sun*, qu’elle a déjà défendu sur scène devant des dizaines de milliers de personnes.
“Marlon me disait toujours ‘you’re such a sun’, parce que je suis toujours de bonne humeur. Je me parle sans arrêt à moi-même, enfin à mes autres moi, et on voit toujours le côté positif des choses. Always happy, un peu hippie.”
Derrière l’hédonisme, la rigueur. Car c’est la musique que l’artiste a en tête. Elle travaille actuellement sur son premier album, prévu pour l’année prochaine. Et par “travailler” entendez : écrire, composer, interpréter et produire, fait rarissime dans une industrie encore très dominée par des hommes.
“La musique c’est vraiment ce que je veux faire, j’ai envie de tout contrôler, ça prendra plus de temps mais c’est très important pour moi. Parfois je ne vois personne pendant des jours. À New York, je ne quitte jamais mon appartement, mes amis m’appellent pour s’assurer que je suis toujours en vie.”
Elle nous apprend qu’elle y chantera sûrement en japonais aussi. Signe que nous avons intégré que rien ne lui était impossible, nous ne sommes même pas étonnés quand elle se met à chantonner dans cette langue si éloignée de son anglais maternel. Elle y chantera aussi peut-être en français, qu’elle commence à manier également. Après quelques minutes, nous imaginons aisément Grace actrice, réalisatrice, pompier, vétérinaire, présidente ou agricultrice, tant son énergie semble pouvoir l’amener partout. Rien d’étonnant donc quand elle nous dit qu’un de ses modèles absolus est David Bowie.
“J’adore sa capacité à inventer et interpréter beaucoup de personnages, j’ai toujours un peu fait ça en fait : je me suis toujours inventé de nombreux personnages.”
Sa sœur cadette, venue quelques jours de leur Indiana natal pour découvrir Paris, confirme. Les deux sœurs rient et se racontent des souvenirs de maquillage, de déguisements, de moments où la fratrie devient une troupe et les parents un public. Quand la maison se fait théâtre.
“On passait des heures à créer des mondes, des histoires. On est nombreux dans la famille, j’utilisais mes frères et sœurs comme mannequins, je les habillais, on faisait des séances photo aussi d’ailleurs. J’essaie de les pousser à apprendre la guitare pour m’accompagner en tournée !”
Retenez son nom, oubliez son visage, Grace Hartzel vous en montrera toujours un nouveau.

 

 

* Dans l’album “Mystère” de La Femme (2016, Barclay).

Au Crillon avec Grace Hartzel

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