Femmes

Mathilde Favier : "Je prends beaucoup de plaisir à bien vieillir"

Rencontre avec la directrice des relations publiques de la maison Dior qui nous raconte son nouvel intérieur parisien.
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Réalisation Vanessa Bellugeon
Photos Sergio Corvacho

 

L’Officiel : Entre votre sœur Victoire de Castellane, directrice artistique de la joaillerie chez Dior, et votre oncle Gilles Dufour, qui a longtemps dirigé le studio Chanel, la mode est une affaire de famille chez vous. Quelle influence cela a-t-il eu sur vous?
Mathilde Favier : La mode est dans mon ADN. C’est sans doute la raison pour laquelle je me suis toujours sentie très confortable dans ce milieu tout en gardant un immense recul. Lorsque vous avez été à l’école de Karl Lagerfeld, à travers mon oncle qui a dirigé le studio de Chanel pendant dix-sept ans, vous ne pouvez pas faire autrement que de regarder le théâtre de la mode avec beaucoup d’humour et de légèreté. Personne ne m’a jamais impressionnée, et j’ai toujours eu le répondant nécessaire, je me suis toujours sentie à l’aise sans être trop naïve.


Vous semblez maîtriser l’élégance parisienne et son art de vivre de façon innée, quel a été votre apprentissage du style?

J’ai eu la chance d’être élevée par une mère infiniment raffinée, très originale, curieuse de tout et bourrée de charme. Mon oncle Gilles Dufour a eu son importance lui aussi, c’est un homme de goût ultra chic avec une vision charmante et fraîche de la jeune fille que j’étais. J’ai donc grandi comme cela. Par la suite, je me suis beaucoup inspiré des maisons merveilleuses dans lesquelles j’ai été invitée et de leurs maîtres de maison. Je garde de très beaux souvenirs de la villa de la Reine Jeanne dans le Midi, dans laquelle j’étais reçue toute petite par Paul-Louis Weiller, mais aussi de la confection des nappes en papier commandées par Marie-Hélène de Rothschild à l’hôtel Lambert, la maison de Giovanni Volpi à la Giudecca à Venise où je me suis mariée, les nombreux week-ends et vacances avec Lee Radziwill, les dîners intimes chez Cristiana Brandolini, le thé chez Madeleine Castaing, les dîners du dimanche soir chez François-Xavier et Claude Lalanne... cela laisse forcément des traces!

Adolescente, vous réalisez plusieurs stages chez Chanel où vous rencontrez Sofia Coppola qui elle aussi s’exerce au métier de la mode, avant de collaborer avec la styliste Carine Roitfeld puis de devenir directrice des relations publiques de la maison Prada puis celle de la maison Dior. Qu’aimez-vous dans ce métier et qu’est-ce qui vous fascine?

Ce que j’aime dans ce métier, ce sont les gens, je les aime vraiment et je les observe. La race humaine est terrifiante certes, mais elle me fascine. 

Quelle est la signature de votre style?

Féminine, avec tout ce que cela comporte de masculin.

Ce numéro de L’Officiel est consacré au style français, quelle en est votre définition?
Ma Française à moi est une femme libre. Elle ne fait pas exprès. Elle est un doux paradoxe. Réservée mais audacieuse. Elle ose!

Vous venez de (re)décorer votre appartement parisien, pouvez-vous nous en parler?
Ma maison correspond à une nouvelle phase de ma vie. J’ai 50 ans, mes enfants ont quitté la maison, je suis amoureuse. Je sais enfin qui je suis et mon décor en est la traduction.

Pourquoi aimez-vous tant les imprimés et comment arrivez-vous à les mélanger ?
C’est une dualité chez moi. Je suis terriblement parisienne et en même temps, j’ai déjà presque fait le tour du monde. Voyager a été très longtemps une nécessité même si c’est moins le cas à présent car le confinement a fait que... Tous ces imprimés et ces mélanges de tissus et de couleurs sont le témoignage de la beauté du monde. Je ne me lasse pas de l’artisanat en règle générale, c’est ce qui m’attire en premier lorsque je visite un pays, des vêtements aux objets.


Qui sont les décorateurs que vous admirez?
Je les admire tous. C’est un métier complexe et délicat qui nécessite une grande psychologie. Jacques Grange m’a énormément appris. Madeleine Castaing aussi. J’admire beaucoup le travail d’India Mahdavi, et celui de Caroline Sarkozy qui sont des femmes de goût. Et j’ai une affection particulière pour mon amie Brenda Altmayer avec qui je me suis beaucoup amusée pour r(e)décorer ma maison.

Quel est l’objet que vous préférez chez vous?

Sans doute les pieds et mains de mes enfants sculptés par Claude Lalanne lorsqu’ils étaient nouveaux-nés. Ils sentent encore mes nourrissons.


Quel est votre idéal d’intérieur?

Je n’ai pas d’idéal. C’est trop fatigant.

Vous semblez passionnée par l’art de la table, avez-vous un bon conseil à donner?
Ma passion, c’est de recevoir des gens que j’apprécie. Qu’ils se rencontrent, qu’ils passent un bon moment et qu’ils s’apprécient à leur tour. Cela se passe forcément autour d’un bon repas – j’adore cuisiner – et d’une jolie table. J’insiste sur le fait que l’art de la table, pour moi, ce n’est pas une histoire d’assiettes. La réussite d’un dîner c’est avant tout l’alchimie qui va s’opérer entre ces gens. Le reste n’est qu’un décor.

Votre Instagram témoigne de votre goût pour le yoga et la nourriture vegan et sans gluten. Prendre soin de vous est important?
C’est essentiel. Si je ne suis pas bien avec moi-même alors je ne peux rien donner à personne. Et si c’est le cas, je suis malheureuse... alors oui, je prends beaucoup de plaisir à bien vieillir.

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