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Ariana Papademetropoulos : "J’ai un immense respect pour la mode"

L’artiste américaine et égérie Gucci explore notre rapport au réel à travers des toiles mêlant réalisme et trompe-l’œil, qu’elle met en scène dans des installations déconcertantes. Rencontre à Rome avec l’une des héroïnes de la série en 7 épisodes “Ouverture of Something that Never Ended”, co-réalisée par Gus Van Sant et Alessandro Michele pour Gucci, qui présente la dernière collection printemps-été 2021.
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Photographie Sergio Corvacho, Stylisme Jennifer Eymère

L'Officiel : Vous avez été l’une des égéries du parfum Mémoires d’une odeur de Gucci aux côtés de Leslie Winner, Harry Styles ou Stanislas Klossowski de Rola, pour ne citer qu’eux. Racontez-nous votre rencontre avec le directeur de création de la célèbre maison italienne, Alessandro Michele...

A.P. : Notre première rencontre a eu lieu au château du peintre Balthus, dans la campagne romaine. Nous étions installés à une longue table médiévale et c’était le coucher du soleil... Et puis nous nous sommes revus dans un village toscan à Pâques. Pour l’occasion, on avait allumé un feu de joie au cœur du village et les gens lâchaient des lanternes qui montaient dans le ciel. À minuit, les habitants d’un village voisin devaient amener un christ mécanique grandeur nature. Mais le vent s’est levé sur le pont qu’ils devaient traverser, et le christ est arrivé en retard. Toutes les vieilles dames se sont alors mises à prier car la légende dit que si Jésus arrive en retard, la ville sera maudite et s’effondrera... À ce moment-là, comme par hasard, il ne restait qu’Alessandro, moi et une douzaine de vieilles dames. Mes rencontres avec Alessandro sont toujours comme ça, belles et singulières.

 

Vous avez installé votre atelier à Rome le temps d’une collaboration, toujours avec Gucci, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Gus Van Sant réalise un film pour la nouvelle collection Gucci et j’y joue mon propre rôle, celui d’une peintre. Pour l’occasion, ils ont recréé une version exagérée de mon atelier avec des répliques de mes grands tableaux, une balançoire et une statue de Vénus. Gus était très ouvert. Quand il m’a demandé ce que je voulais cuisiner, je lui ai répondu des œufs d’autruche, et 20 œufs d’autruche sont apparus ! C’est surréaliste car j’avais dit à Alessandro, il y a un mois, que je voulais venir à Rome pour peindre, et me voilà ici dans un atelier installé comme par magie ! J’ai aussi installé un studio éphémère dans l’hôtel, et j’ai peint tout en étant en quarantaine pour le film. 

 

Quel rôle joue la mode dans votre travail ?

Je ne pense pas que la mode joue un rôle spécifique dans ma peinture ou mes installations, mais j’ai un immense respect pour la mode car elle est en accord avec mes croyances spirituelles. Je crois que les vêtements et les costumes peuvent nous transcender, nous transformer en la personne que nous voulons être. 

Vous exposez actuellement à la galerie de Vito Schnabel, pouvez-vous nous en parler ?

Oui, c’est une exposition personnelle à sa galerie de New York, intitulée “Unweave a Rainbow”. Ce titre est tiré d’un poème de John Keats qui accuse Newton de détruire la beauté de l’arc-en-ciel en expliquant sa formation. Moi, je pense le contraire d’une certaine manière. En ce moment, je crois que cette collision entre la science et la spiritualité est intéressante, et plus nous connaissons la science, plus je suis déconcertée par le monde. L’exposition explore l’évasion et la perception. La scénographie lie la peinture au décor comme une salle de jeux pour adultes, avec des coussins arc-en-ciel modulables. Elle se veut un petit nid douillet pour les visiteurs.


Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Sur ma prochaine exposition à la Soft Opening de Londres qui commence en janvier, une autre avec Vito à St. Moritz en juin, et un projet en Italie que je ne peux pas dévoiler mais qui est mon rêve devenu réalité. 

 

Cette crise sanitaire a-t-elle influencé votre création ?

Oui et non. Tout mon travail est axé sur l’évasion, la recherche de la magie là où nous croyons qu’elle n’existe pas. C’est pourquoi, pendant cette période, je me suis éloignée de l’actualité toxique et j’ai voyagé dans le monde entier sans écouter les médias me dire ce que je pouvais faire ou pas.

 

Pensez-vous que Los Angeles, la Mecque créative des États-Unis, a changé sous le mandat de Donald Trump et, si oui, de quelle manière ? 

Los Angeles sera toujours Los Angeles. C’est la Mecque de l’illusion, de la vanité, de la poudre aux yeux. Quant à Trump, j’ai l’impression que c'est une entité que nous avons créé collectivement, et ce reflet terrifiant nous a fait prendre conscience de l’existence de cette société narcissique et matérialiste. Le voile est levé. Ce miroir doit faire se réveiller les gens car je pense que l’on peut maintenant voir l’absurdité dans tout cela. Nous voulons de la profondeur, nous voulons des arbres, nous voulons du changement.

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