Art

Let the music play... Rencontre avec Rémi Babinet (BETC)

by Yamina Benaï
26.06.2017
En 2016, le magazine Forbes le nommait parmi les “dix meilleurs directeurs de création de tous les temps”. Cela, c’est pour la face Nord. Versant Sud, Rémi Babinet, co-fondateur et co-président de BETC, a depuis longtemps inscrit la musique dans son modus sensitivo-réflexif. N’a-t-il pas installé un piano dans le hall du nouveau siège de l’agence, sis à Pantin. Chacun peut y faire entendre son talent, avéré ou supposé. L’important est de s’exprimer. Acte de communication et véritable recherche esthétique urbi et orbi. Ainsi, au (long) cours d’échanges avec Xavier Veilhan, artiste du Pavillon français de la 57e Biennale de Venise, Babinet a imaginé “Echoes of the Studio”. Un projet digital mis au point par BETC (conception, direction artistique, direction de production), en coproduction avec Deezer, dont l’objet est de diffuser en direct les sessions du “Studio Venezia”, développées durant la Biennale (du 13 mai au 26 novembre). Pour vivre, à l’instant et à distance, les bruits, les hésitations et les moments de pures musiques du Pavillon français. Rencontre avec le grand ordonnateur d’idées.

Propos recueillis par Yamina Benaï


L’OFFICIEL ART : De quels prolongements de réflexions est issu le projet “Echoes of the Studio” ?
REMI BABINET :
Divers faisceaux complémentaires... Ainsi, au sein de BETC, nous avons mené des expérimentations, notamment en radio, où l’on crée des programmes, et |’on observe quel type d’audience nous serions en mesure de générer. En pur émetteur de contenu, sans commande publicitaire, et sans même penser à ce que ces contenus pourraient servir à telle ou telle marque. Il existerait ensuite une étape qui consisterait à mettre au point des contenus dédiés... Tout cela participe d’une volonté de partager du “matériau”. En ce qui concerne le travail engagé avec l’atelier Xavier Veilhan, nous avons créé un site qui est le prolongement digital de l’œuvre. Echoes of the Studio se veut le miroir de Studio Venezia, installé dans le Pavillon français. Nous avons échangé avec Xavier Veilhan pour identifier la forme la plus appropriée que cet écho devait revêtir. Nous souhaitions privilégier l’idée du ricochet de l’œuvre, générer un esprit similaire à celui qui saisit le visiteur. A savoir, restituer l’atmosphère d’un espace où il se passe quelque chose, comme il peut ne rien se passer. En effet, le principe de Studio Venezia n’est pas d’orchestrer une programmation dense, continue, au cordeau, mais de convoquer l’inattendu, le hasard, l’hors-contrôle. C’est un lieu vivant, humain, où certaines choses arrivent, et d’autres n’arrivent pas. Il est peuplé de vides et de pleins…

 

L’expérience sensitive est transposée ?
Quand on entre sur le site web, on s’y plug, on se balade... C’est un espace, comme le lieu à Venise est un espace défini. Un espace virtuel, donc, où, s’il ne se passe rien dans l’espace physique, est diffusé une sorte de bourdonnement de silence. En revanche, lorsqu’il s’y produit quelque chose, on peut l’entendre au loin, si l’on ne se trouve pas dans la même pièce que l’ordinateur. On flâne dans l’espace virtuel, et l’on approche l’endroit où quelque chose se passe. On se pose dans ce lieu, et l’on peut assister en direct à l’événement. C’est l’un des aspects qui m’a attiré dans le projet, une dimension un peu fragile, un peu incertaine de cette oeuvre. C’est comme si le Pavillon envoyait en permanence les propres pulsations de sa vie physique, partout dans le monde.

 

A quel dispositif technique avez-vous recouru ?
Nous avons installé une quinzaine de micros dans le Pavillon, distincts de ceux utilisés pour les enregistrements ou situés dans la cabine. Du coup, à San Francisco, en Alaska ou n’importe où dans le monde l’auditeur entend le musicien, le groupe qui joue, mais aussi les bruits de pas, de conversations... Notre propos n’est pas de restituer uniquement une programmation impeccable tenue au Studio Venezia mais de donner corps aux incertitudes de la transmission en direct, sur un mode de représentation spatiale du son.

 

Cela participe de l’esthétique visuelle et sonore du voyage mental ?
C’est lié à n’importe quelle note, n’importe quel son... Dans la spacialisation globale du lieu, on va de point en point, voire très loin. Si un chien aboie dans la nuit, on l’entend... Cette poésie nous a plu.
Nous avons eu des échanges très poussés avec Xavier Veilhan sur les différents paramètres d’Echoes of the Studio, nous avons réellement bâti ce projet ensemble. Notre démarche est d’aider une œuvre ou un artiste à être au maximum de son potentiel, de son audience. Echoes of the Sudio accroît sa visibilité, son auditoire et, d’une certaine manière, participe à sa réputation. 

 

Quel distinguo faites-vous entre réputation et image ?
La réputation est, à mes yeux, un élément très important car lié à une personne, ou à un ensemble de personnes. C’est-à-dire qu’au-delà des marques, des entreprises, des gens sont là, dont le travail, la vision, la faculté d’anticipation sont primordiales… La réputation est une entité plus forte que l’image.

 

C’est la densité ?
Oui, et cette densité permet au projet, au produit, d’être ce qu’il est dans toute son ampleur. Dans le cas de Studio Venezia, il s’agit d’un artiste, mais un artiste adossé à un atelier. Car Veilhan a une conception très collective de son projet. Notre participation relève de cette approche collaborative, et ce qui nous séduit est que, d’une certaine manière, on est dans l’œuvre. Avec ce work in progress permanent, le double risque que peu ou rien ne se produise, ou que des choses extraordinaires se passent. Accepter ces deux risques est une chose que je trouve magnifique. On donne accès à la même qualité de “surprise”, à n’importe qui dans le monde et au même moment. L’absence d’image, tout comme à la radio, accroît la magie de l’imagination. L’auditeur est submergé d’images que nul ne lui impose. Libre, il va plus profondément dans l’expression de l’autre.

 

www.studio-venezia.com
www.betc.com

 

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