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Les choix d'Olivier Saillard, directeur artistique image et culture de J.M. Weston

Historien de la mode, concepteur de performances, créateur de Moda Povera, collections haute couture de t-shirts et chemises, Olivier Saillard a notamment dirigé le Palais Galliera – orchestrant des expositions qui ont fait date –, avant d’être nommé, en janvier 2018, directeur artistique image et culture de J.M. Weston. Il offre ici son regard subtil et percutant.
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Kris Ruhs – Fondation Sozzani, Paris 18

La Fondation Sozzani est un nouveau lieu inauguré lundi 14 octobre sur une initiative de Carla Sozzani. L’espace d’un seul tenant (22, rue Max Dormoy), baigné de lumière, vaste et industriel est en soi à découvrir en tant que tel. Les choix de Carla Sozzani sont libres, singuliers, atypiques sans obligation de marché et d’opportunisme artistique ou d’époque. Pour preuve cette première exposition qui consacre le travail de Kris Ruhs son compagnon. Le travail de Ruhs est polymorphe. Par des installations, des créations de bijoux, des motifs, des livres, des illustrations il fait depuis plusieurs décennies un chemin de solitude avec une création singulière qui me fait penser à celle d’un Gaudi touche-à-tout…

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Lux S.1003 334, Orsay vu par Christodoulos Panayiotou” – Musée d’Orsay, Paris 7

Le travail de Christodoulos Panayiotou m’a été révélé par Donatien Grau, à la tête des projets contemporains du Musée d’Orsay. Avec évidence s’est imposé le travail de Panayiotou à moi, notamment les œuvres au sol, ou les sols à l’œuvre qui ne pouvaient que réagir face au thème de la marche qui m’est cher chez J.M. Weston. J’aime le caractère hiérarchisé et précis de ce travail exigeant et sans maniérisme contemporain. J’apprécie par ailleurs beaucoup le parcours que trace Donatien Grau au sein de l’institution, tissant des liens d’intelligence entre les œuvres et les auteurs d’aujourd’hui…

La Collection Tati – Association Azzedine Alaïa, 18, rue de la Verrerie, Paris 3

Située en plein Marais, l’association Azzedine Alaïa accueille là où le couturier organisait ses défilés mythiques, des expositions de mode d’amplitude variable. On peut y découvrir actuellement la collection Tati réalisée en 1991, qui suit de près les motifs vichy que Schnabel utilisait aussi dans ses toiles. Trois d’entre elles sont présentées exceptionnellement. En plus de l’exposition, on peut prendre agréablement un verre au café situé dans la cour, se perdre dans la librairie et voir passer toute la maison, des ateliers au studio de création Alaïa, maintenant la vie précieuse et turbulente que le couturier aimait donner à ces murs.

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Peter Hujar. Speed of Life” – Jeu de Paume, Paris 8

Absolument à voir, entêtant à souhait, désespérément beau et loin perdu dans les espoirs tués sur l’autel du XXe siècle. “Candy Darling sur son lit de mort” de Hujar est la photo qui m’est restée le plus longtemps en songe, belle comme la mort… hypnotique.

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Musée d’Art moderne (MAM) – Paris 16

Il est pour moi l’écrin le plus poétique pour les arts modernes et contemporains. Le musée est à nouveau ouvert après plusieurs mois de rénovations. On peut y découvrir l’exposition Hartung, artiste quelque peu oublié. Le musée se découvre comme une balade en forêt. On peut s’y arrêter devant le massif de la danse de Matisse, ou les grands arbres de métal et de lumière de Delaunay. Ce sont des œuvres à demeure, dans des salles d’un calme rayonnant et apaisant et dans lesquels je garde égoïste le souvenir des vêtements Alaïa face aux corps découpés de couleur de Matisse…

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Les Nymphéas de Claude Monet – Musée de l’Orangerie, Paris 1er

“Sixtine de l’impressionnisme” comme on l’a souvent dit, les Nymphéas de Monet sis à l’Orangerie depuis 1927 sont pour moi, et plus que jamais, ce vers quoi les musées devraient aller, devenir et revenir. Malgré cette forme de succès qu’il faut y lire, le tourisme et la fréquentation assidue modifient le paysage muséal pas toujours pour le meilleur. Après les efforts de démocratisation et l’ouverture des musées et des expositions, il faut désormais entrer dans une ère de sophistication du regard et de la pensée. Etre seul face à une œuvre, savoir qu’on peut y revenir qu’elle sera toujours à la cimaise de nos espoirs me paraît un geste infiniment plus contemporain aujourd’hui parce que plus solitaire et unique.

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FIAC, Grand Palais, du 17 au 20 octobre.

• Le mocassin 180 J.M. Weston pour Homme (créé en 1946) sera disponible à partir de novembre en 3 coloris nouveaux (marine essentiel, burgundy et terre d’ombre) et sera doté cette saison d’une nouvelle semelle en gomme monogrammée J.M. Weston.

• “Le Bouquin de la Mode”, dirigé par Olivier Saillard, Editions Robert Laffont, octobre 2019.

• Moda Povera III, par Olivier Saillard, 17 chemises haute couture, présentation en juillet dernier.

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