Art

L'érotisme est-il un art ?

by Marc Beyney-Sonier
28.04.2017
Pour son troisième rendez-vous, l’exposition « Sans-titre », manifestation devenue incontournable dans le calendrier de l’art contemporain, invite le Studio Marant  le temps d’un pop-up présentant des œuvres et objets autour de l’érotisme.

« Sans Titre » est devenu un beau rendez-vous culturel, en moins d’un an. Ce succès on le doit à la « curatrice/galeriste/collectionneuse » Marie Madec. Et cette session, qui a pour thématique l’érotisme, semble solide et affirmée. Marie Madec dévoile une exposition intense, avec un parti pris curatorial puissant et un concept qu’elle a su imposer et surtout différencier.

L’exposition dans un appartement privé n’est pas une idée nouvelle mais chez Marie Madec, avec la collaboration du scénographe Maxime Bousquet, l'espace se métamorphose au gré des thématiques, permettant alors une véritable « recontexualisation de l’art contemporain dans l’univers domestique  »,  si cher à la maîtresse des lieux.

 

Pour son exposition « Nothing to Hide » - nom hommage au meilleur porno de l’histoire – Marie Madec a rassemblé des artistes avec comme ambition un « réenchantement de la sexualité ». Le sexe ici n’est ni politisé, ni engagé. Au contraire, l’exposition en parle avec humour et sensibilité, sortant du carcan de vulgarisation sociétale dont il fait trop souvent les frais aujourd’hui.

 

La ligne éditoriale de la galeriste reste inchangée : une majorité de jeunes artistes ont moins de 30 ans et sont confrontés, dans l’installation, à des figures installées ou historiques.

Des rideaux roses en latex à l’installation murale trompe l’œil de Robert Brambora - des feuilles de choux peintes en camaïeu de rose, vernies et travaillées à la feuille d’or, en papier peint géant, qui troublent tant l’on se croirait projeté dans les profondeurs d’un vagin -, de la sculpture évocatrice à l’entrée de Carolina Mesquita aux bouts de sein moulés et plâtrés de Romain Vicari éparpillés ça et là, d’un mur à l’accrochage intuitif comme un hommage à André Breton à une salle façon boudoir où l’on peut s’asseoir pour lire des éditions érotiques rares, l'exposition défend une approche si frontale et honnête que le sexe devient un sujet simple, que l’on s’approprie sans tabou.

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Untitled I, Overlaps de Thomas Lélu

Dans cette volonté de bouger le milieu de l’art et de multiplier les collaborations, Marie Madec a invité le Studio Marant, le temps d’une semaine, à investir une des pièces de l’espace. Sous l’égide « Undertone », toujours en lien avec ce thème de l’érotisme, Emily Marant, à l’origine du Studio Marant, présente, dans une petite pièce à l’entrée de l’espace, une sélection multiple, un petit cabinet de curiosités sensuel et enivrant. 

 

Inspirée par les écrits de Georges Bataille sur le sujet de l’érotisme,  elle présente une trentaine d’œuvres et d’objets évocateurs, aux interprétations variables, selon son degré de lubricité. De fait, un collier-clochette du duo Mrzyk et Moriceau abrite un pénis doré, un belle pièce carré de maroquinerie LaContrie s’avère être un porte capote distingué, un miroir signé Jean Baptiste Caron, dévoile, une fois embué, un efficace « prends moi ». Le tout dans une ambiance sonore « téléphone rose » avec la Djette Ines Melia qui susurre un texte aguicheur en douceur, au milieu d’un accrochage de photographies, dessins, culotte sous vitre, ou autres sculptures des jeunes artistes référencés parmi lesquels Thomas Lelu, Lise Stoufflet, Guy Yanai ou encore Paul Armand Gette.

 

Avec cet art coquin et accessible, une sélection pertinente, le Studio Marant réussi le pari de sa fondatrice : « donner à tout le monde l’envie de devenir collectionneur ». Qu’il s’agisse de Marie Madec ou d’Emily Marant, les deux jeunes femmes réussissent avec cet avènement du sexe par le prisme de l’art contemporain à montrer qu’elles ont un talent rare,  celui de pressentir la tendance de demain, et de la défendre.

 

 

SANS TITRE (2016), VOL. 3: NOTHING TO HIDE, du 31 mars au 14 mai 2017
"Undertone, objets érotiques, l'art du sous-entendu, sélection du Studio Marant" à la Galerie Sans-titre 2016,  - Jusqu'au 30 avril 2017.
45 quai de la Tournelle, 75005 Paris

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