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La France, meilleure fabrique de footballeurs stars

Ils n’ont pas encore 20 ans et leur valeur sur le marché des transferts se chiffre déjà en dizaines de millions d’euros. Ces diamants bruts que les grandes écuries européennes nous envient sont façonnés partout dans l’Hexagone par des éducateurs zélés. Clé de voûte de cette réussite à la française : le centre de formation.
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Selon les travaux du sociologue du sport Darko Duric, bien loin devant les quadruples champions du monde allemand et italien mais également l’ogre brésilien, c’est aujourd’hui la France qui fournit le plus de professionnels dans les compétitions internationales et autres championnats majeurs.

C’est un petit stade champêtre comme il en existe des milliers en province, avec une tribune de 300 places et un coin buvette. Un week-end sur deux, dans l’antre familial du stade de La Madeleine, les rouge et noir d’Évreux défendent fièrement leurs couleurs sous le regard admiratif des jeunes pousses du club. Loin du faste de la Ligue des Champions, le club normand incarne ce football des champs, ancré dans le réel, aux antipodes des sirènes du monde professionnel. Ici, gagner importe peu. L’essentiel du projet pédagogique repose sur les notions de plaisir et de jeu. Tout au long du samedi, les matchs s’enchaînent ainsi, accompagnés de joies et de cris. On s’amuse, l’ambiance est populaire et attire régulièrement les invités de prestige. “Il arrive parfois qu’Ousmane Dembélé se pointe à l’improviste, que Dayot Upamecano débarque avec quelques maillots dédicacés, que Mathieu Bodmer s’installe le long d’une balustrade pour regarder un match des moins de 17 ou 19 ans, raconte le journaliste Damien Degorre, dans L’Équipe. Pour eux, Évreux, c’est un peu plus qu’un club. C’est leur club. Et celui d’une colonie de plus en plus fournie de professionnels en activité.”

Au fil du temps, le club ébroïcien est en effet devenu une pépinière de talents. Des dizaines de jeunes joueurs issus de ses rangs ont connu le frisson de l’élite. Plus fort: l’été dernier, comme dans un conte de fées, Mandanda et Dembélé, deux Bleus formés au club, sont parvenus à soulever la Coupe du monde. Une belle récompense sanctionnant le formidable travail de l’ombre des éducateurs de l’EFC27.

Clairefontaine, siège du savoir-faire tricolore

Les chiffres ne mentent pas. L’été dernier, sur les 736 joueurs ayant participé au Mondial de football en Russie, 52 sont nés et ont été formés en France. Un nombre record qui s’explique par la qualité du système deformation hexagonal et symbolisé par un lieu emblématique: Clairefontaine. Au cœur de la forêt de Rambouillet, l’Institut national constitue le QG historique du foot français. On s’en souvient, c’est depuis le “château” que les mythiques héros de France 1998 conquirent leur graal. C’est en ces mêmes lieux que les Bleus se réunissent avant chaque grand rassemblement, chaque tournée internationale. Clairefontaine ne se cantonne pourtant pas au haut niveau. Chaque année, on y forme également une cinquantaine d’adolescents sélectionnés scrupuleusement. “Ici, raconte le journaliste Rémy Fière, la préformation ne s’acquiert qu’en mélangeant entraînement quotidien et études, vie d’interne et week-ends à la maison. L’idée de départ: tenter de préparer l’élite de demain au meilleur moment, en profitant d’une classe d’âge (13-16 ans) apte à acquérir une bonne technique individuelle, puis collective, et en organisant un suivi médical pour prévenir les accidents éventuels.”

La recette s’avère gagnante. D’Anelka à Ben Arfa en passant par Matuidi et Mbappé, plus de 100 footballeurs professionnels sont issus de l’INF Clairefontaine. Parmi eux, une vingtaine a porté et porte encore aujourd’hui le maillot de l’équipe de France. L’exemple Clairefontaine constitue une locomotive. Dans tout le pays s’est en effet mis en place un système d’entonnoir permettant l’encadrement des jeunes licenciés, la détection des espoirs et l’aiguillage des pépites à fort potentiel vers des structures dédiées, en fonction de la classe d’âge et des capacités. La passion et la motivation des acteurs de terrain fait le reste. Philippe Mongreville, président de l’Évreux FC, s’est ainsi démené pour que tous les éducateurs de son club, des poussins aux U19, soient diplômés. Dès le plus jeune âge, ses chères jeunes pousses bénéficient aujourd’hui de formateurs reconnus par la Fédération française de football (FFF) disposant soit du BMF (brevet de moniteur de football) soit du BEF (brevet d’entraîneur).

Excellence parisienne

Selon les travaux du sociologue du sport Darko Duric, bien loin devant les quadruples champions du monde allemand et italien mais également l’ogre brésilien, c’est aujourd’hui la France qui fournit le plus de professionnels dans les compétitions internationales et autres championnats majeurs. Comment expliquer une telle efficacité? Pour le savoir, il faut se rendre aucentre de formation du Paris Saint-Germain, à quelques encablures du fameux Camp des Loges où s’entraînent Neymar, Buffon et Mbappé. Partie des standards habituels d’un club de Ligue 1, de l’aveu même de son directeur emblématique, Bertrand Reuzeau, l’académie du club de la capitale s’est, en dix années, bâti une jolie réputation en matière d’éclosion de talents. Bien aidée par l’arrivée des nouveaux actionnaires qatariens, celle-ci travaille désormais avec de grandes ambitions et surtout plus de moyens. Du nombre d’éducateurs à disposition aux installations cinq étoiles du centre d’entraînement, tout est ici en place pour faire émerger des joueurs issus du gigantesque vivier de la région parisienne. Les dernières années furent à ce titre grandioses en termes de formation: Areola, Kimpembe, Rabiot, Diaby, Augustin et Nsoki figurent parmi les “titis” made in PSG. Leur précocité, alliée à l’appétence du coach Thomas Tuchel pour les jeunes pousses, permet aux espoirs de bénéficier d’un temps de jeu conséquent en équipe première. Une vraie marque de confiance. Reuzeau analyse : “Si la France a une formation au top niveau mondial, c’est qu’il y a derrière une vraie politique fédérale, un véritable savoir-faire au niveau de la formation et de la transmission des savoirs. Cela nous permet, à nous, clubs professionnels, de récupérer des jeunes déjà très bien préformés. C’est précieux !”  Distinguer les joueurs capables de faire la différence, voilà la doxa française. Un modèle qui fonctionne à rebours des grands standards internationaux, en témoignent les cas emblématiques de l’Academy de Manchester United, du FC Barcelone et de sa Masia ou encore de l’Ajax Amsterdam, trois centres de formation légendaires qui constituent autant d’écoles de pensée mettant en avant les vertus du collectif. À rebours, le projet sportif bleu- blanc-rouge s’ancre, lui, autour de l’individu. Une question de philosophie. “Le joueur français s’exporte bien car il est complet, poursuit Reuzeau. Certains pays préféreront insister sur un seul aspect du jeu, notamment la technique. Cela contribue à faire émerger un certain type de joueurs, tandis que le joueur français possèdera un bagage général, autant aux niveaux technique que tactique et physique.Un atout indéniable lorsqu’il s’agit de s’adapter à d’autres contextes, d’autres championnats...”

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