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Comment la néo-romance gay s'impose au cinéma

Qu’est-ce qu’une romance gay aujourd’hui au cinéma ? Peut-être une ode au pouvoir transformateur de l’amour, où l’on affronte moins les autres que soi-même, et où l’objet de l’affection reste indécent de beauté.
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Seule la terre prend pour cadre le Yorkshire laminé par la pluie et le vent, là où les secrets et les peines sont enfouis dans un champ de tourbe, près d’un cottage. Pour la douceur, on repassera. D’ailleurs, Johnny, sexuellement actif mais sentimentalement désenchanté, a oublié ce qu’elle signifiait. Il hait sa condition de petit paysan au moins autant que lui-même, et se contente, de temps à autre, d’un coup rapide et silencieux avec un autre solitaire du coin (ses parents, dont il a repris le domaine fermier, s’en accommodent, tant que leur fils emmène les brebis au pâturage). Il faudra l’arrivée dans cette lande désolée du sublime Gheorghe, un travailleur roumain détaché, pour peut-être occasionner un retour de flamme chez Johnny, et lui démontrer qu’on peut faire l’amour autrement que de manière précipitée et convulsive. Dans ce premier film très réussi, optimiste mais dénué du moindre sentimentalisme, le goût du détail est symbolique (partout sur cette terre inhospitalière aux reflets essentiellement gris-vert ou gris-bleu, des barrières, des enclos). Quant à l’enjeu de la love story gay, où chacun apprend à concilier ses différences, il s’est déplacé. Ici, Johnny doit surtout apprendre à retrouver le goût d’une relation humaine, auprès de Gheorghe, qui est ostracisé en raison de sa condition de migrant.
Plus languide, Call Me by Your Name réfléchit à la nature et aux relations humaines sous le soleil estival de Lombardie. Dans cet environnement qui ne peut qu’encourager la passion, la parade amoureuse entre Elio, 17 ans, en vacances chez son père, spécialiste de la sculpture gréco-romaine, et Oliver, 24 ans, l’assistant de ce dernier aux allures de statue hellénique, modifie là aussi les enjeux de la romance queer. Ici, le monde extérieur ne compte pas (bien que l’action prenne place en 1983, lorsque le sida se médiatise). Les parents d’Elio, plutôt bienveillants, discourent sur l’art et la philosophie, la culture agissant comme un filtre pour parler de ce qui serait proscrit. L’essentiel, pour Oliver, Adonis sûr de son charme, est de mesurer que tout ce qu’il pourrait accepter d’Elio le puceau aura un impact sur l’avenir de l’adolescent. Chez celui-ci, noué par le désir, tout réside dans le langage corporel, qui rend explicite ce qu’il ne peut exprimer verbalement. À ce jeu-là, Timothée Chalamet est incroyable et ce film dessinant l’intime au plus près se révèle surtout une formidable histoire de premier amour.

 

 

Seule la terre, de Francis Lee, avec Josh O’Connor, Alec Secareanu. Sortie le 6 décembre 2017.
Call Me by Your Name, de Luca Guadagnino, avec Armie Hammer, Timothée Chalamet. Sortie le 17 janvier 2018.

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