Pop Culture

Le syndrome de Peter Pan se répand chez les designers

Le monde de l’enfance inspire depuis longtemps la mode à renfort de détournements de la pop culture, de robes contes de fées et, plus récemment, de casting juvénile. Retour sur les raisons de ce phénomène.
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Le syndrome de Peter Pan est très répandu dans le monde de la mode, notamment chez les designers. Quand on parle de grandir, la liste est longue de ceux qui s’y refusent. Rester un enfant est tellement plus tentant… Pourquoi les designers sont-ils davantage concernés ? Plusieurs raisons peuvent expliquer le phénomène, comme le besoin d’aborder la mode avec plus de légèreté, la rendre moins cérébrale, plus abordable avec des références culturelles populaires, qui touchent tout le monde. Arrêtons d’enfermer les marques avec des cibles, elles veulent s’adresser à toutes les générations, CSP++ mais aussi millennial et génération Z. 

Facile donc de se rendre compte de l’étendue du phénomène avec les collaborations Disney qui ne s’arrêtent jamais et que personne ne refuse. D’hier à aujourd’hui, il y a eu Stella McCartney et Batsheva avec Alice du pays des merveilles, Givenchy époque Riccardo Tisci avec Bambi, Jean-Charles de Castelbajac, Lacoste, Rag&Bone ou Shiatzy Chen avec Mickey Mouse, Christian Louboutin avec Cendrillon, Alber Elbaz avec Minnie. Plus récemment, c’est la marque américaine Coach et son directeur artistique Stuart Vevers, qui voue un culte à Dumbo (comme Tim Burton qui va sortir sa version au cinéma), avec Les Aristochats cette saison, alors qu’hier c’était avec Blanche-Neige et les sept nains.

Bob,  Diana, Mickey et les autres

Les personnages de Disney ne sont pas les seuls à inspirer les créateurs de mode. Ainsi, depuis 2013, Jeremy Scott pour Moschino anime la fashion week milanaise en détournant des figures de la pop culture telles que Bob l’Éponge, Barbie ou Mon Petit Poney qu’il utilise en toile de fond pour ses collections ; un monde enfantin qui se frotte à l’univers transgressif du designer haut en couleur. Et c’est sans parler des Simpson dans ses collections dédiées. 

Mais le syndrome de Peter Pan ne s’arrête pas là. Les créateurs font transparaître leur refus de grandir avec leur obsession pour le look teenager. Ainsi, Miu Miu, pour sa collection prefall 2019, s’inspire de Lady Diana dans les années 1980, lors d’un voyage imaginaire dans le Tyrol, et mixe avec brio chemisiers volantés à des pulls d’écoliers tyroliens, corset en cuir doré et culotte taille haute vert loden comme les enfants dans La Mélodie du bonheur. De son côté, Virgil Abloh pour Off-White se remémore ses années lycée avec sa collection “Do You Cheer ?” composée de chandails de fratrie à logo, sur-vêtements, jupes plissées de pom-pom girls, pyjamas d’internat et sacs graffitis, le tout porté par un casting de la génération Z. 

Quant à Alessandro Michele pour Gucci, plus qu’une mode – même si son pantalon taille haute imprimé “fraises” et son sac “Mickey” sont hautement régressifs –, il s’est follement amusé dans sa dernière collection prefall où les mannequins prennent la pause de jeunes filles en fleurs ultra-lookées tenant des ballons de fête foraine à la main.

Défilés parades

Ainsi, le syndrome Peter Pan ne quitte pas les podiums, il persiste et signe même, comme on l’a vu lors les collections automne-hiver 2019/20 à New York avec des icônes de contes de fées revisitées par Rodarte et ses robes phénoménales ornées de volants oversized et de manches ballons plus que théâtrales. Mais c’est Marc Jacobs et son monde enchanté, mélange de Cendrillon, Bernard et Bianca et La Belle au bois dormant, qui remporte la palme avec des robes du soir brodées de plumes noires, beaucoup de crinolines et de capes, de grands volumes, des manches plus que ballons… Notre préférée : une robe portée par Rianne Van Rompaey réincarnation de Catherine Deneuve dans Peau d’âne (en photo). Un défilé magique qui a marqué un tournant pour le designer. 

Le luxe aime bousculer ses propres règles et cherche à séduire toujours plus. Il n’est plus question de nostalgie mais de nouveaux défis.

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