Pop Culture

Felicity Ben Rejeb Price: "Réunir l'image et la musique, c'est pour moi un vrai challenge"

Grâce à ses collaborations remarquées avec Aya Nakamura, Dadju, Booba ou encore Nekfeu, la jeune réalisatrice franco-britannique s'impose parmi les rares talents féminins d'un univers rap fortement testostéroné. Rencontre avec une passionnée de mode et de musique, femme de l'ombre qui contribue à révolutionner les codes du paysage musical français.
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©Joseph Degbadjo

Pouvez-vous retracer les grandes lignes de votre parcours et vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ? 

J’ai débuté en tant que styliste et j’ai pu exercer différents métiers dans l’image, plus précisément dans le milieu de la mode et de la musique. Depuis quelques années maintenant, je me suis concentrée sur la direction artistique et la photographie. Et puis j’ai fini par trouver la profession qui réunissait tous ce que j’ai pu expérimenter dans le passé, réalisatrice. Un métier que j’exerce depuis maintenant deux ans, plus particulièrement pour des clips dans la musique pop/urbaine. 

 

Vous avez d'abord fait vos armes dans la mode, qu'est ce qui vous a donné envie d'investir l'industrie musicale ? 

Je trouve le milieu de la mode éclectique et très intéressant, j’ai justement souhaité apporter mes compétences au sein d'une industrie ou à l’époque surtout, les gens n’y accordaient pas autant d’importance. C’était un challenge pour moi de mettre l’image presque au même rang que la musique. J'ai voulu prouver que ce type de performances n'était pas uniquement réservé aux catwalks et aux tapis rouges. 

 

On parle fréquemment de la place des femmes dans l'univers hip hop. Quelle a été votre expérience, et avez vous été confrontée à des obstacles dans l'industrie musicale, réputée pour être dominée par des hommes ? 

Je pense que je n’avais pas conscience de cette différence. J’ai grandi dans une famille composée d'énormément de femmes, je ne me suis jamais senti en position d’infériorité face aux hommes. Je partais avec la conviction qu'hommes et femmes sont égaux, c’est comme ça que ma mère nous a éduquées mes sœurs et moi. De ce fait, je me suis imposée sans même me rendre compte que mon parcours n’étais pas anodin. À partir du moment ou on prend une place qui aurait pu être celle d’un homme ça ne plait pas forcément, parfois les gens nous donnent l’impression de porter un costume trop grand ! Je dois certainement travailler deux fois plus pour obtenir la même chose qu’un homme, mais au final, l’essentiel c’est d’y arriver. 

 

Vous avez collaboré avec Aya Nakamura, Dadju, Booba et beaucoup d'autres. Quelles ont été vos rencontres les plus marquantes, et pourquoi ? 

Chacune d’entre elles est marquante, car quand on rencontre un artiste on découvre la personne derrière toute l’image et la médiatisation et c’est surprenant et désarmant de voir leur simplicité. J’ai tout de même encore en tête ma collaboration avec Will I Am l’hiver dernier, c’est un artiste que j’écoutais toute petite. Je l’avais déjà rencontré mais de le voir dans ce contexte c’était complétement différent. De me dire que j’allais réaliser cette vidéo que pleins d’autres petites filles comme moi à l’époque allaient regarder, créer des souvenirs comme j’ai pu le faire, c’était merveilleux.

Vos meilleurs souvenirs de tournage ? 

Mon premier tournage, celui du clip "Django" avec Dadju et Franglish reste un moment exceptionnel. De voir mon synopsis s'animer dans les moindres détails, c’est littéralement un rêve qui devient réalité. On a une idée en tête et puis elle prend vie. Honnêtement, je pense qu’à chaque fois je retrouve cette même magie. 

 

Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre processus créatif lorsque vous imaginez un clip ? Comment procédez-vous, et comment se déroule votre immersion dans l'univers de chaque artiste avec qui vous collaborez ? 

En général j’écoute le titre en question plusieurs fois, parfois en boucle pendant des heures pour m’imprégner de la musique. Je peux recevoir un brief avec certaines demandes, comme je peux avoir carte blanche et être libre de proposer tout ce qui peut me traverser l’esprit. C’est assez fascinant de ne pas avoir de limites et en même temps difficile de faire des choix quand on bénéficie d'un spectre aussi large. Je passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux et sur internet, c’est un outil formidable pour l’inspiration ! Si je ne connais pas bien l’artiste, je vais faire des recherches pour découvrir son univers, ses influences, ses goûts. J’essaie toujours d’innover et de proposer des idées différentes de ce qu’ils ont pu faire auparavant sans trop brusquer leur image. 

 

Vous contribuez à amener un renouveau dans l'industrie musicale en tant que femme Britannico-tunisienne. Pensez vous qu'il reste beaucoup de chemin à parcourir pour faire émerger davantage de diversité dans les sphères créatives ? 

Je suis ravie de pouvoir travailler dans cette industrie en tant que femme issue de cultures multiples, de prouver que c’est possible et de surcroit, en restant fidèle à moi même, féminine. Il est essentiel, surtout à notre époque, d’impliquer dans le domaine créatif tous types de profils. Afin d’offrir du contenu réaliste et à l’image du monde actuel, tout en honorant sa diversité. C’est une force pour moi d’avoir dans mes équipes des femmes comme des hommes. Il y a des talents partout, et se priver de certains sous prétexte qu’ils ne correspondent pas aux codes "habituels" est bien dommage. Il faut avant tout privilégier les compétences, et c’est valable dans tous les domaines.

 

www.felicitybenprice.com

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