Pop Culture

10 livres à lire pendant la quarantaine (pour ne pas mourir idiot)

Dans les semaines qui viennent, il est possible que certains restent bloqués chez eux. Plutôt que de binger Netflix ou de lire La Peste de Camus (un bestseller ces derniers jours !), on vous propose une liste éclectique de dix livres passionnants sur les maladies, la contagion mais surtout sur la nature humaine et même — pourquoi pas — l’amour.
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Photo de couverture : Instagram @kaiagerber. Ci-dessus : Instagram @kendalljenner

La Montagne Magique de Thomas Mann (1924)

Juste avant la première Guerre Mondiale, le jeune et naïf Hans Castorp rend visite à son cousin tuberculeux Joachim, soigné dans le Berghof Sanatorium à Davos, dans les Alpes suisses. Son séjour s’allonge au fur et à mesure que sa propre santé décline et les semaines deviennent des années. Il attrape à son tour la tuberculose et fait son apprentissage au contact d’autres patients fascinants : un encyclopédiste italien, un Hollandais hédoniste et l’énigmatique Clawdia Chauchat. Dans cet univers miniature, feutré et isolé du reste du monde, il perd ses repères grâce aux rituels immuables du lieu : le « potage éternel » du dîner, le « lait du soir » dans une chaise longue devant les montagnes enneigées ou à travers les innombrables protocoles médicaux. Sur ce chef-d’œuvre non dénué d’humour noir, Thomas Mann écrivait qu’il avait voulu que son héros « comprenne ce que c’est de traverser l’expérience profonde de la maladie et de la mort pour arriver à un plus haut degré de raison et de santé.»

 

Pars vite et reviens tard de Fred Vargas (2001)

Dans cette troisième enquête du commissaire Adamsberg, l’écrivaine Fred Vargas - archéozoologue et médiéviste de formation qui publiera deux ans plus tard un ouvrage scientifique intitulé « Les Chemins de la peste : Le rat, la puce et l'homme » - intègre avec virtuosité la peste comme élément central de son roman policier. Alors que des signes peints en noir apparaissent sur des portes à Paris et sont liés à des morts suspectes, un crieur public reçoit des messages anonymes qui annoncent le retour du « fléau de Dieu » à Paris. Fonctionnant comme à son habitude à l’intuition, Adamsberg aidé par Decambrais, un érudit, va tenter de démêler les faux-semblants de cette énigme et d’éviter que la panique se propage dans la capitale.

La passe dangereuse de Somerset Maugham (1926)

Jolie et vaniteuse, Kitty accepte de se marier sur un coup de tête avec Walter un jeune médecin bactériologiste fou amoureux d’elle. Elle part s’installer à Hong Kong avec cet époux un peu terne à son goût et entame là-bas une liaison avec un diplomate superficiel, marié lui aussi. Leur histoire se termine quand elle se rend compte de la lâcheté de son amant. Walter, toujours taciturne, l’emmène alors avec lui à l’intérieur des terres en Chine en pleine épidémie de choléra ; ce voyage va la transformer à jamais. Plus profond qu’il n’y paraît, ce roman de Somerset Maugham qui avait lui aussi étudié la médecine, décrit avec une fausse distance toute britannique les tourments d’une femme devant qui tombent les «voiles des illusions». Ce livre a été adapté notamment au cinéma en en 2006 avec Edward Norton et Naomi Watts dans les rôles principaux.

Peste et choléra de Patrick Deville (2012)

Ce roman de Patrick Deville, récompensé du prix Femina en 2012, romance avec fougue la vie du bactériologue Alexandre Yersin tout en la déstructurant. Membre éminent de l'Institut Pasteur, Yersin a découvert en 1894 le bacille de la peste, nommé en son honneur "Yersinia pestis" mais a fuit toute sa vie les honneurs pour se consacrer à ses passions multiples (botanique, architecture, mécanique etc.). Ce scientifique à l’âme d’explorateur a sillonné l’Asie, devenant même marin pour quelques temps. Il y découvre le bacille qui portera son nom à Hong Kong en 1894 où sévit une terrible épidémie de peste puis il en élabore le vaccin. Deville appréhende cette biographie de Yersin comme la course folle d’un idéaliste, qui, loin d’être un scientifique terré dans son laboratoire, n’avait rien à envier aux héros de Stevenson ou de Jules Verne.

Le Fléau de Stephen King (1978)

Un virus de « super-grippe » se propage d’abord dans une base de recherches de l'armée américaine, puis à l'extérieur, grâce à un soldat qui parvient à s’enfuir et infecte tous ceux qui croisent son chemin. Cette maladie très fortement létale a un taux de contamination de 99,4 % et en quelques semaines, le monde entier est touché. La civilisation disparaît ne laissant qu’une poignée de survivants naturellement immunisés contre la maladie. Parmi les romans de Stephen King les plus puissants - et, on l’espère, pas trop visionnaire - « Le Fléau » a un souffle épique, critiquant sans pitié une Amérique sans morale, obsédée par l’argent et le pouvoir (il va sans dire qu’aujourd’hui Stephen King est un des plus fervents opposants de Donald Trump). Pour se faire peur, très peur avec une fiction post-apocalyptique quand même assez loin du réel comme l’a twitté le 8 mars l’écrivain : « Non, le coronavirus n’a rien à voir avec « Le Fléau ». C’est loin d’être aussi sérieux. On peut vraiment y survivre. Gardez votre calme et prenez toutes les précautions raisonnables possibles. »

 

« La Maladie comme métaphore ; Le SIDA et ses métaphores » de Susan Sontag (1978 et 1988)

Essai brillant de la philosophe et activiste américaine, ce livre regroupe deux œuvres écrites à dix ans de distance. La première porte sur la maladie en particulier le cancer, avec une pathologie et des causes détaillées (bien que très datées « années 70 ») que Susan Sontag rattache à des textes classiques de l’Antiquité à W.H. Auden en passant par Keats, Dickens, Baudelaire, Henry James et James Joyce. Susan Sontag dissèque les idéologies qui se cachent derrière la démonisation de certaines maladies et de la culpabilité qui s’ensuit pour le malade. Le seconde porte sur le SIDA, une « nouvelle peste » encore pleine de mystères pour la communauté médicale, qui, en 1988, ressuscite la grande peur d’une épidémie mondiale, avec toutes les implications sociales, politiques, idéologiques que cela sous-entend pour les minorités LGBT.

Station Eleven d’Emily St. John Mandel (2014)

Dans cette fantastique fable de science-fiction, Emily St. John Mandel suit le parcours d’une petite fille de 8 ans, Kirsten, figurante dans une pièce de théâtre, qui assiste à la mort d’un acteur légendaire sur scène. Dans les semaines qui suivent, une brusque pandémie anéantit une bonne partie de l’humanité, tous les états et la civilisation ne laissant que quelques survivants dans des petites villes disséminées. Vingt ans plus tard, Kirsten fait toujours partie d’une troupe itinérante de musiciens et d’acteurs « The Travelling Symphony » qui tourne dans le Michigan et promeut la culture comme élément essentiel de la survie. Sur son chemin, elle va s’intéresser à d’inquiétantes disparitions et croiser un gourou dangereux, un ex-paparazzo, des comics books et un étrange Musée de la Civilisation dans un aéroport fantôme. Ce roman passionnant va être adapté cette année en série par HBO avec Mackenzie Davis, Himesh Patel et Gael García Bernal dans les rôles principaux.

L’amour au temps du choléra de Gabriel García Márquez (1985)

Maître du réalisme magique sud-américain, Gabriel García Márquez décrit avec flamboyance dans ce roman un monde sensuel et dangereux où la maladie, l’amour et la mort s’imbriquent vertigineusement. A la fin du XIXe siècle, dans une petite ville des Caraïbes, un jeune télégraphiste Florentino Ariza tombe amoureux fou d’une belle écolière Fermina Daza. Leurs échanges de lettres durent trois ans jusqu’à ce que Fermina décide d’épouser le docteur Juvenal Urbino, qui va soigner héroïquement les malades des épidémies de choléra. Florentino, désespéré, va continuer d’aimer de loin Fermina, tout en multipliant les aventures jusqu’à la mort de Juvenal, 50 ans plus tard. Gabriel García Márquez dissèque l’amour sous toutes ses formes jusqu’aux plus toxiques, comme une maladie sans remède de l’âme.  

La peste écarlate de Jack London (1912)

Cette nouvelle pessimiste et politique de Jack London se déroule en 2073, soixante ans après qu’une pandémie ait ravagé toute notre civilisation. Dans une Californie redevenue complétement sauvage, un vieux professeur tente d’expliquer sans grand succès à des enfants qui n’ont plus aucun repères dans le passé, le monde d’avant l’épidémie et l’égoïsme de tous les hommes de pouvoir face à la maladie. Il préserve un dernier cœur de culture sous la forme d’une bibliothèque cachée dans une grotte.

La Mort à Venise de Thomas Mann (1912)

Et pour finir cette liste comme on l’a commencée - avec Thomas Mann - le légendaire « La Mort à Venise » adapté en 1971 par Luchino Visconti. L’histoire de Gustav von Aschenbach, écrivain allemand célèbre, commence à Venise avant la première Guerre Mondiale, une « ville d’eau » qu’il visite lors d’un tour de la côte adriatique et qui l’inquiète un peu. A l’Hôtel du Lido, il rencontre le jeune Tadzio, un adolescent à la beauté fascinante dont il suit tous les mouvements. En proie à des tourments intérieurs, il contracte une sorte de choléra asiatique qui ravage la ville…  Thomas Mann encore une fois lie magistralement Eros et Thanatos, le désir d’amour et le désir de mort dans un récit obsessionnel, à lire évidemment en écoutant l'adagietto de la 5e symphonie de Mahler.

Bonus pour les enfants (et les grands qui auraient besoin de récomfort)  :

A-A-A-A-Atchoum ! Philip C. Stead et Erin E. Stead (2010)

Pour les plus petits (et les grands un peu trop inquiets), « A-A-A-A-Atchoum ! » (en VO « A Sick Day for Amos McGee ») raconte l’histoire d’Amos, un gardien de zoo aimé de tous les animaux qui se réveille un beau jour enrhumé et doit rester alité. Tous ses amis vont l’aider à passer ce mauvais moment… C’est en voyant un jour un dessin d’éléphant réalisé par sa femme qui avait laissé tombé depuis trois ans l’illustration, que Philip C. Stead a eu l’idée de concevoir avec elle un livre pour enfant, pour lui redonner envie de créer. Ce beau livre sur l’amitié et la maladie, délicat et plein de détails étonnants, a récolté de nombreux prix bien mérités.

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