PHILANTHROPIE

Common Goal : quand les footballeurs prouvent qu'ils ont du cœur

Souvent perçus comme d’irresponsables enfants gâtés, sourds aux revendications de la société, les joueurs de football se tournent pourtant fréquemment vers les bonnes œuvres. La preuve avec l’initiative Common Goal.
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Il gagne plus de huit millions d’euros par an (sans compter ses contrats publicitaires) mais ne s’en vante pas... Juan Mata, brillant meneur de jeu de la sélection espagnole, est comme ça. Un joueur humble en rupture avec les habitudes d’un milieu qui tressaute dès qu’il s’agit de s’engager. “Les salaires du football sont devenus indécents, dit-il. Pour mon premier contrat, avec la réserve du Real, je devais gagner quelque 90 000 euros par an à l’âge de 18 ans. Nous vivons dans une bulle. Nous gagnons des sommes tellement astronomiques qu’elles en deviennent ridicules. Tout cela paraît normal dans le milieu, mais pour 99,9% du reste du monde, c’est obscène.” D’où sa prise de conscience: “Je veux faire en sorte que des enfants puissent avoir la même chance que moi, affirme-t-il. Ensemble, nous allons construire un mouvement fondé sur le partage des valeurs dans l’industrie du football.
Ces quelques mots prononcés au cœur de l’été 2017 ont fait l’effet d’une bombe. Déjà tenu en grande estime par les amateurs de beau jeu, le milieu de terrain de Manchester United a initié sa petite révolution personnelle. Tous les mois, Mata reverse 1% de son salaire à l’association Common Goal. En lien avec l’ONU, celle-ci soutient économiquement et accompagne dans le monde entier des projets à visée caritative en s’appuyant sur le pouvoir fédérateur du ballon rond. Intégration des réfugiés en Allemagne et en Espagne, lutte pour l’égalité des sexes en Inde, consolidation du processus de paix en Colombie, aide aux  jeunes défavorisés en Irlande, aux Philippines et en République tchèque... l’éventail est large et les projets nombreux. L’idée est toujours la même et s’appuie sur le principe anglo-saxon du “give back”, autrement dit rendre à la communauté tout ce qu’elle nous a apporté. Mata et son Common Goal n’ont pas tardé à faire des émules. Plusieurs personnalités ont ainsi rapidement emboîté le pas au philanthrope à crampons, parmi lesquels les internationaux Hummels (Allemagne), Chiellini (Italie), Kagawa (Japon), ou encore Morgan (États-Unis). Ce don de 1 % peut paraître éminemment symbolique. Mais demandez-vous tout ce que l’on peut faire avec ne serait-ce qu’une infime partie du salaire à sept chiffres d’une superstar du ballon.

Plus qu’un coup de com’

L’ONG Common Goal n’en demeure pas moins une formidable machine marketing. “Le 4 août 2017, rappelle le journaliste sportif Johann Crochet, le Paris Saint-Germain présentait sa nouvelle recrue, Neymar, devenu le joueur le plus cher de l’histoire (222 millions d’euros de transfert, ndlr). Ce même jour, Juan Mata annonçait sa décision de rejoindre Common Goal et de dédier 1% de son salaire à des œuvres de charité. En vingt-quatre heures, l’industrie du football livrait au monde l’un de ses innombrables excès, mais aussi l’une de ses plus belles formes de générosité.” Streetfootball World, le réseau qui chapeaute Common Goal, se fixe un objectif grandiose: “changer le monde par le football d’ici 2030”. Rien que ça! Mais au-delà du coup de com’ et des grandes déclarations, qu’en est-il vraiment? “Si le football peut beaucoup, reconnaît Laurent Favre, fin connaisseur du sujet et chef de la rubrique Sport au quotidien suisse Le Temps, ‘changer le monde’ semble tout de même au-dessus de ses capacités. Ben Miller, l’agent de Juan Mata et secrétaire de Common Goal, a bien conscience du caractère symbolique du projet, dont il espère surtout qu’il aidera à reconnecter le football avec le monde réel.” Et Favre de poursuivre: “À l’heure actuelle, un club danois (le FC Nordsjaelland) et une soixantaine de joueurs et de joueuses ont répondu à l’appel de l’ONG. C’est assez modeste mais le mouvement est relativement bien implanté en Angleterre et en Espagne, les deux principaux marchés du foot, ce qui laisse espérer un développement futur. À côté de cela, il faut savoir que les joueurs sont très sollicités pour des dons, y compris par leur propre entourage familial.” Là se trouve l’intérêt de l’association: son professionnalisme. Car s’il n’est pas rare que les sportifs soient généreux, il est aussi fréquent qu’ils utilisent leur argent en finançant des œuvres caritatives à l’éthique douteuse, en pêchant par amateurisme alors même que la philanthropie ne s’improvise pas. C’est tout l’intérêt de Common Goal: mettre de l’ordre et du (bon) sens dans les élans de générosité des stars du ballon.

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