Hommes

Let's dance en Zadig & Voltaire avec Adrien Dantou

Danseur, acteur, vidéaste : à 29 ans, il a déjà compris que ce n’est pas une vie que de rester en place. Actif créatif, promis à un riche avenir, il nous honore de sa présence ici.
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Photographe Pablo Arroyo

Stylisme Mauro Basiotto

Quels sont vos meilleurs et vos pires souvenirs du Conservatoire ?

Adrien Dantou : L’apprentissage de la danse contemporaine, la rencontre d’amis et de certains professeurs... Je me suis fait exclure du Conservatoire pour deux semaines à peine après y être entré, ça pourrait faire partie de mes pires souvenirs !

Quel modèle de longévité guide votre carrière ? 

Je n’ai pas vraiment un “modèle” en général mais il y a plein de gens dont je suis admiratif. Pour rester dans le domaine de la danse,  je dirais qu’en termes de longévité, William Forsythe et Maguy Marin me surprennent quant à l’évolution de leur propositions. Ils ont su se renouveler et évoluer tout au long de leur carrière. Pina Bausch, bien sûr, qui a chorégraphié jusqu’à la fin. 

Imaginez-vous rester seulement dans le cadre d’une seule discipline ? 

Je ne suis jamais resté dans une seule discipline. Je réalise des films depuis que j’ai 18 ans et je tourne dans certains également. C’est ce sur quoi je me concentre beaucoup en ce moment. Le mannequinat faisant aussi partie de mes activités. 

Sur quelles chansons/thèmes pouvez-vous danser seul ?

Je peux danser sur des choses très différentes ! Je pense qu’on peut danser sur n’importe quel type de musique. 

Quelle danse ne savez-vous pas danser ? Le tango, le fox-trot ?

Je n’ai jamais vraiment pratiqué de danses de salon mais il m’arrive parfois de m’en inspirer, notamment pour mes films. 

Comment définissez-vous la grâce ? Et le mauvais goût ?

La grâce, c’est peut-être une rencontre magique, ou miraculeuse, un accident entre des choses qui coïncident à un moment et qui me feront m’émouvoir... L’inverse de la grâce serait peut-être la vulgarité. Et la vulgarité, c’est de simplifier des idées, de les vulgariser pour aller vers une pensée plus commune, générale. Rien n’est jamais blanc ou noir, ce sont les zones entre qui sont intéressantes et fondamentalement humaines. J’aime l’art qui cherche à élever le public en prenant des risques et sans donner au spectateur ce qu’il attend.

Let's dance en Zadig & Voltaire

La notion de plaisir honteux vous est-elle familière ?

Pas vraiment… Je n’ai pas l’impression de me priver de quoique ce soit en général. 

Dans quel autre art ou sport reconnaissez-vous quelque chose de la danse ?

On peut voir de la danse partout... dans tous les arts et tous les sports. C’est sans doute la danse qui s’inspire de tout aussi. Dans la boxe, par exemple. 

Quel art, justement, a le mieux capté l’esprit de la danse ? Avez-vous une œuvre précise à l’esprit 

Chaque forme d’art capte différemment l’esprit de la danse. Il y a, bien sûr, le célèbre tableau de Matisse, La Danse, certains tableaux de Picasso ou les dessins et sculptures de Rodin.  

Ce qui me plaît le plus et que j’ai appris grâce à la danse contemporaine, c’est l’abstraction lorsqu’elle devient pour moi poétique. Ainsi des gestes peuvent me toucher. J’ai souvent retrouvé ça au cinéma. Des gestes ou des instants qui dans un film de fiction deviennent abstraits ou chorégraphiques. Je pense au cinéma de Tsai Ming-liang ou de Tarkovsky, à la lenteur des personnages et à leur état de corps dans les films de Duras. Des séquences de film chez Antonioni, Pasolini ou Kurosawa. La séquence de fin de Gerry, de Gus Van Sant, ou le geste de l’adolescent à la fin de Mort à Venise, de Visconti. Il y aurait tellement de réalisateurs ou de scènes à citer !

Quel chorégraphe a, selon vous, le plus cassé les codes ? Par ailleurs, est-ce que la danse a encore besoin de révolutions et de révolutionnaires ? 

Je pense à Isadora Duncan ou Merce Cunningham, mais il y en a d’autres... N’importe quel art a toujours besoin de révolutions même si, aujourd’hui, beaucoup de créateurs partent avec en tête l’idée de révolutionner, ce qui devient presque consensuel… Je pense que les plus grands révolutionnaires de l’art ne sont pas ceux qui ont cherché à le révolutionner mais ceux qui ont suivi leurs désirs propres parce que c’était une nécessité. 

Quelle est votre actualité ?

Je suis en train de préparer le tournage de mon prochain film qui sera une collaboration avec deux écrivains américains. Le film, à mi-chemin entre fiction et expérimental, questionnera la place du récit et l’interprétation des images.  Je suis également en pleine écriture d’un projet de fiction mais il est trop tôt pour en parler…

Une question piège pour finir : êtes-vous plutôt Fred Astaire ou Gene Kelly ?

Les deux sont incroyables… Mais disons Fred Astaire ! 

 

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