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Coupe du Monde : Russie, un maillot vintage et politique

Pour la première fois de son histoire, la Russie accueille la Coupe du Monde ! Une compétition placée sous le signe de l'opération de communication et du réveil de la fierté nationale.
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Ce 2 décembre 2010, on jubile à Moscou ! En recueillant 13 voix sur les 22 membres votants du comité exécutif de la FIFA, la Russie obtient contre toute attente l'organisation de la Coupe du Monde 2018. Obtenue au nez et à la barbe des Anglais par l'emploi de moyens dignes des plus grands romans d'espionnage, cette victoire constitue un bel outil de promotion pour le pouvoir de Vladimir Poutine ; l'occasion rêvée de donner une image moderne d'un pays toujours considéré comme un colosse aux pieds d'argile. "C'est avec une immense joie et un grand honneur que nous recevons les représentants de la grande famille du football", a ainsi déclaré le Président russe, disant espérer une "fête remplie de passion et émotion" et une "expérience inoubliable" pour les supporters et équipes. La Coupe du Monde "est aussi l'occasion de connaître la Russie son identité, sa culture, son histoire unique, sa diversité naturelle, son peuple hospitalier, sincère, amical", a poursuivi Vladimir Poutine, dont le discours a été filmé devant le Kremlin. Pour attirer tous les regards, le pouvoir russe n'a pas lésiné sur les moyens. 678 milliards de roubles, soit 9,2 milliards d’euros, ont ainsi été déboursés pour construire stades, routes, logements et financer la rénovations de diverses structures d'accueil. A titre de comparaison, le budget du Mondial allemand de 2006 s’élevait à 430 millions d’euros seulement ! Pourquoi une telle somme ? Car Poutine cherche à la fois à moderniser son pays, relancer l'économie locale et doter la Russie de stades flambants neufs (9 au total). L'on notera au passage combien cette Coupe du Monde penchera vers l'ouest russe. Parmi les 11 villes hôtes, seule Iekaterinebourg est située en "Russie asiatique".

 

Si dans les faits, la volonté est de promouvoir un visage dynamique et moderne du pays, les symboles demeurent profondément empreints d'une nostalgie tenace. En témoigne le maillot que portera la sélection russe à l'occasion du Mondial. Une tunique rouge et blanche vintage du plus bel effet, rappelant le jersey porté jadis par les footballeurs soviétiques. Evoquant "un maillot inspiré de la tenue portée par l'URSS en 1988", l'équipementier Adidas avoue clairement s'être retourné vers le passé pour désigner l'actuel maillot. "La dernière fois que l'équipe de la Russie a savouré la gloire internationale, elle était encore rattachée à l'Union soviétique qui avait remporté l'or à Séoul en 1988. Le maillot domicile 2018 des Russes célèbre cette victoire légendaire et la détermination sans faille des joueurs." Du rouge communiste à l'encollure en V jusqu'à à la bande blanche descendant de l'épaule vers le buste, les clins d'œil au maillot classique époque CCCP ne manquent pas. Rien qui ne doit au hasard. A l'heure où la Russie entend renouer avec sa grandeur passée, la réinterprétation des vieux symboles communistes modernisés alimente la ferveur nationale. Sur son nouveau maillot, Adidas s'est ainsi empressé d'afficher le slogan "Вместе к победе" en cyrillique dans le texte. Traduction : Ensemble vers la victoire. De même, on trouvera à la place du cœur le blason de la Russie tissé, un aigle aux proportions magistrales, largement plus imposant que la norme habituelle. Impossible de ne pas voir là comme un message politique, la volonté de flatter la fibre patriotique dans un pays obsédé par son influence géopolitique. Voici tout ce que raconte le maillot russe, infiniment plus porteur de sens que l'on ne pouvait l'imaginer !

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