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Agoria sort son 5e album : "Mon mot d’ordre était de ne rien me refuser"

Le producteur de musique électronique Agoria ne cessera jamais de nous étonner. Avec la sortie de Drift, son premier long format en huit ans, l’artiste français continue à façonner un paysage musical bien singulier. Cette fois-ci, Agoria impose des sons audacieux qui brouillent les pistes. Rencontre à Ibiza avec un compositeur hors norme.
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Photo : Céline van Heel

L’Officiel : Huit ans qu’on l’attendait… Vous avez pris le temps pour la sortie de votre cinquième album. Est-ce dû à une raison spécifique ?

Agoria : Le temps s’accélère… Car je ne les ai pas vues passer, ces huit années. Je pense que pendant un moment le format album n’était plus au centre pour moi. Bien évidemment, je continuais à créer, notamment beaucoup de singles ou de musiques de film. Puis, il y a 3/4 ans, il m’est apparu comme une évidence que je souhaitais raconter une nouvelle histoire. De là est né Drift. Et j’insiste sur cette idée d’histoire, car aujourd’hui on a tendance à picorer différents morceaux en musique. Drift, quant à lui, a pour vocation de s’écouter du premier au dernier morceau. Ce n’est pas un album éclaté et versatile, j’ai vraiment souhaité créer un fil rouge à mesure que les sons s’enchaînent.

Pourquoi avoir choisi ce nom, Drift ? Y a-t-il une signification particulière derrière ?

Nous sommes dans une époque de niche où chacun est gardien de son temple en musique. J’ai eu envie de prendre la lumière et sortir du temple. À l’heure actuelle, je suis plutôt connu pour mes morceaux club. Mais il faut savoir se mettre en marge, prendre des risques et s’éloigner de sa ligne directrice. C’est pour moi la véritable manière de toucher la vérité. D’où ce nom, Drift. Ce dérapage n’est pas à entendre comme un excès, un plantage ou une sortie de route ! Il s’agit davantage d’un autre virage, qui engage un équilibre grisant et excitant.

Votre album est radicalement différent des autres : vous zigzaguez entre styles tantôt pop, rock, électro, voire hip hop. Quelle était votre intention avec ce parti pris audacieux ?

Mon mot d’ordre était de ne rien me refuser. J’ai invité mes proches, qu’ils soient des amis, artistes, ou issus de rencontres incongrues. Ça passe de Nicolas Becker, qui travaille avec les plus grands cinéastes, à de jeunes artistes qui n’étaient même pas encore majeurs lors de l’enregistrement studio, comme Sacha Rudy, ou des amis artiste avec S.T.S. Pour moi, il est question d’un disque de rencontres, presque même d’un collectif ! Avec chaque artiste, la musique était simple, facile… Chaque enregistrement était bluffant : il y avait comme une destinée dans toutes ces collaborations. Le ressenti final était quasi-mystique pour nous.

Cette année, vous avez également eu l’occasion de participer pour la 1ère fois au prestigieux festival de Coachella. Pouvez-vous nous raconter cette expérience ?

Coachella a été pour moi un mélange d’amour et de détestation. Le festival propose une programmation tout simplement extraordinaire, très pointue. Ça passe par des scènes éclectiques, allant du rock indé, au hip hop, jusqu’à de la musique électro. Musicalement, j’ai pris une claque. Mais malheureusement, j’ai détesté certains aspects bien trop superficiels. Notamment avec cette nouvelle manie, propre à notre époque, où tout le monde s’adonne aux selfies sur la pelouse. Avant même de profiter de l’événement, les festivaliers se ramènent avec leurs photographes attitrés pour leur simple image. C’est un phénomène qu’on observe de partout, mais je crois qu’à Coachella cette obsession est poussée jusqu’à son paroxysme.

2019 est une année réellement foisonnante pour vous, puisque vous êtes également en résidence au club Blue Marlin d’Ibiza pour 18 semaines. Qu’est-ce qui vous a motivé à faire part de cette expérience ?

C’est une première pour moi, puisque je n’ai jamais eu de résidence auparavant. Et je dois vous avouer qu’il s’agit là d’une expérience absolument géniale. Se retrouver tous les vendredis soirs de 20 heures à minuit, face à la mer, sur la plage d’Ibiza… Il y a une proximité avec le public, je peux avoir un contact quasi-intime avec eux, on se regarde les yeux dans les yeux : ça n’a pas de prix. Cette résidence au Blue Marlin est très Drift dans l’idée car le club est gratuit, contrairement à la plupart des autres spots ibiziens, ce qui induit une mixité dans l’auditoire.

Pouvez-vous nous parler de la programmation prévue ?

Une fois encore, il est là encore question de mixité. Je me suis amusé à jouer avec les genres. La programmation passe par des artistes plutôt novices à de grands noms, à l’instar de Jack Black, qui n’est autre que David Guetta, ou de DJ Harvey, qui est pour moi l’un des meilleurs. Chacun possède sa musique, son secret et toutes les collaborations donnent lieu à des rencontres. Les visions des uns et des autres s’opposent et laissent place à une confrontation plutôt magique.

Vous entretenez une relation étroite avec Ibiza… Pouvez-vous nous dire quels sont vos meilleurs spots sur l’île ?

J’aime séjourner à l’Hôtel Atzaró de Santa Eulària, dans le nord d’Ibiza. Côté shopping, rien ne vaut la boutique reVOLVER, qui propose les meilleures lunettes de soleil de l’île. Et, évidemment, détour obligatoire par le rocher d’Es Vedrà, tant pour sa légende que pour le « kif » d’une balade en bateau !

Playlist

Prins Thomas "Feel the love" (diskomicks)
Sworm Virgins "take your lady"
Agoria ft. Phoebe Kildeer "Embrace (Black Coffee remix)""
The Blaze "My beat (sumo acapella)"
Musucemi "Mr Q"
Park Hye Jin "ABC"
Levon Vincent "B1 DANCE PT IV" 
Cubicolor "No dancers (Adam Port remix)"
Agoria "Remedy"
Kink and Rachel Row "To love you (vocal)"
John Noseda "Fade to white"
Artbat "Element"
Glowal "Roda"

 

L'ensemble de la playlist est disponible ICI

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