Femmes

Kristine Froseth : “Je ne suis vraiment pas douée pour me saper"

L’actrice américano- norvégienne de 23 ans Kristine Froseth décolle cette année avec une série sur Hulu, un film d’horreur et un thriller.
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Photographie : Lauren Dukoff - Stylisme : Jennifer Eymère

Toute frêle, pelotonnée dans un T-shirt vintage à l’effigie de Mickey et Minnie – un cadeau offert par sa co-star Charlie Plummer, après qu’elle l’a convoité sur lui – Kristine Froseth, 23 ans, aussi talentueuse que belle, laisse échapper un long soupir de satisfaction. Celle qui s’est fait remarquer dans le rôle de Veronica, la lolita cruelle de Sierra Burgess Is a Loser, va occuper les écrans toute l’année. Elle joue dans Prey, un film d’horreur avec Logan Miller, mais aussi dans le thriller noir Low Tide et la série Hulu Looking for Alaska. “J’ai pu participer à plusieurs projets formidables, tous très différents. J’ai eu beaucoup de chance.”

L’actrice est particulièrement fière de la série Looking for Alaska, adaptée du premier roman de John Green, qui a rencontré un succès incroyable, et dont elle interprète le rôle-titre. Elle était encore au lycée quand elle a lu le livre, dont la sortie en 2005 avait fait des vagues pour son langage cru et ses scènes de sexe explicites. Depuis, elle l’a relu six fois. La transposition du livre en série a été un parcours du combattant qui a duré treize ans. “Cette histoire tient une place très spéciale pour moi. Je voulais de tout mon cœur que ça puisse se faire. C’était le rôle de mes rêves, vous l’aurez compris !” Kristine explique que le personnage d’Alaska, téméraire et énigmatique, reste un “mystère” pour elle. “Je n’ai toujours pas le sentiment de la comprendre totalement, et c’est d’ailleurs ce qui la caractérise. C’est une personnalité très forte, qui possède en apparence une assurance que je n’ai pas.” Pour se mettre dans la peau du personnage, elle a accumulé les répétitions avec le réalisateur. “On a fait des exercices chelous pour me faire sortir de ma zone de confort. Intérieurement, je me sens très proche d’elle, donc on a plus travaillé sur sa manière de s’extérioriser.” Kristine est aussi en admiration devant Charlie Plummer, qui partage l’affiche avec elle. “C’est vraiment un être formidable, bienveillant, authentique, s’enthousiasme-t-elle, rougissant légèrement. J’absorbe ce qu’il fait, et j’essaie de me hisser à sa hauteur.” L’actrice a aussi tourné dans Prey, dans lequel un groupe d’amis est terrorisé par une force sinistre au cours d’une retraite dans une île isolée de l’archipel de Langkawi, en Malaisie. Elle avoue pourtant qu’elle n’arrive jamais à regarder un film d’horreur en entier. “J’ai vraiment eu du mal à regarder Get Out et Us. Ils étaient super durs à supporter, mais ce sont de si bons films que j’ai dû me forcer. Si je peux les regarder en journée, ça m’aide.” Elle tient à préciser que Prey n’est pas qu’un film gore, malgré le nombre impressionnant de cadavres. “Ce n’est pas de l’horreur pure.” Dans Low Tide, les frissons, les sueurs froides et l’escalade de la violence sont aussi au rendez-vous. “C’est l’histoire de quatre adolescents qui cambriolent des maisons pendant l’été. Ils tombent sur un trésor, et tout le sujet, c’est comment ce hasard détruit leur amitié et révèle le véritable caractère de chaque personnage. L’intrigue est fascinante.”

Kristine Froseth n’a pas eu une enfance ordinaire, partageant sa vie entre une banlieue du New Jersey et une petite ville de Norvège. “J’ai grandi un peu à l’extérieur d’Oslo, entourée par la nature, et je regrette de n’avoir pas davantage apprécié cette situation quand j’étais petite. Car maintenant, avec le recul, je réalise que c’était très libérateur. Les enfants sont très indépendants, là-bas. Dans la banlieue du New Jersey, on a plus affaire à des ‘parents hélicoptères’ qui veulent tout contrôler, donc je crois qu’en ce sens, c’était bien d’avoir un équilibre entre les deux. Mais c’est très différent. Je ne sais même pas si on peut comparer.” Repérée par IMG Models lors d’une audition dans un centre commercial, elle a travaillé pour Prada, Miu Miu et H&M. Son expérience de mannequin lui a appris à être à l’aise sur un plateau de cinéma. “Curieusement, quand on fait le mannequin, il faut être hyper conscient de la caméra, mais pas du tout de la même façon que lorsqu’on fait l’actrice, explique-t-elle. Cependant, ça m’a bien aidée à comprendre ce que c’est d’être sur un plateau, la discipline exigée.” Bien qu’habituée à porter des robes haute couture pour les shootings et sur les tapis rouges, Kristine affirme qu’elle n’est pas une fanatique de mode. Elle habite à Brooklyn, dans le quartier de Williamsburg, et préfère les friperies aux boutiques chics de Madison Avenue. “Je ne suis vraiment pas douée pour me saper, dit-elle. Je n’aime pas trop le shopping. J’ai plutôt tendance à privilégier les fringues confortables.” Kristine aime sortir avec ses amis à Williamsburg et partir en randonnée dans la nature, souvent dans le nord de l’État de New York. Son travail l’appelle souvent à Los Angeles, mais elle ne se voit pas s’y installer un jour. “J’adore New York, et observer les énergies différentes qui y circulent. C’est là que sont mes amis. Je m’y sens bien, voilà tout. Équilibrée. D’ailleurs, c’est bizarre, en un sens, parce que c’est une ville assez frénétique aussi, mais comme l’industrie du cinéma n’y est pas au centre de tout, je m’y sens plus à l’aise.

Elle boit une longue gorgée d’eau et se renfonce dans son fauteuil. Elle est prête pour devenir une superstar, mais semble encore un peu timide, et pleine d’une humilité charmante. Que pense-t-elle de cette année exceptionnelle qui s’annonce? “Je suis hyper nerveuse, avoue-t-elle. On a en tête tellement d’attentes, on place la barre très haut quand on travaille sur un film. C’est difficile de faire taire l’égo et d’être doux avec soi-même. Franchement, j’ai vraiment du mal.” Looking for Alaska est destiné à asseoir la renommée de Kristine Froseth dans le monde entier mais, à ses yeux, la série est bien plus qu’un vecteur qui va la propulser parmi les poids lourds de Hollywood. “Elle dépeint avec une grande justesse ce dont les adolescents sont capables. Il ne faut pas hésiter à regarder ces choses-là en face, parce qu’elles sont vraies. Cette histoire va soulever une discussion, utile je l’espère, que les jeunes pourront avoir avec leurs parents ou leurs amis, explique-t-elle, soudain sérieuse. Parler des gens et de ce qu’ils vivent avec franchise, c’est ça qui me plaît vraiment.”

 

 

Traduction par Héloïse Esquié

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