Femmes

Qui êtes-vous, Silvia Tcherassi ?

Si elle partage son temps entre Miami et son pays d’origine, la créatrice de mode colombienne Silvia Tcherassi se réclame aussi d’un certain art de vivre “à l’italienne”... Rencontre à Carthagène, dans l’hôtel familial, avec Silvia et sa fille Sofia.
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Silvia Tcherassi a deux amours, le design et la mode, passions que cette ex-Miss Barranquilla, née sous le soleil de Colombie, cultive dans l’hôtel qu’elle a inauguré au cœur du vieux Carthagène. Aussi baroques que brutalistes, riches en couleurs et en motifs, ses créations lui ont ainsi valu de devenir l’un des designers sud-américains les plus respectés. Désormais installée à Miami, Silvia Tcherassi vit et œuvre en famille, passant peu à peu le témoin de son empire à sa fille Sofia, étudiante à la Parsons de New York, et à son fils Mauricio.

Qui vous a donné le goût de la mode ?

Silvia Tcherassi : Très jeune, j’avais déjà un sens du style assez développé. J’aimais mélanger les vêtements, les accessoires... Avec les T-shirts blancs de mon père, des épaulettes et de grosses ceintures, je cherchais à recréer le parfait uniforme des années 1980.

 

Votre style, en trois mots ?

En deux : élégance et nonchalance.

 

Quelle “puissance créatrice” a inspiré la femme et la designer que vous êtes ?

L’art et l’architecture guident mes collections depuis plusieurs années, en particulier le travail d’artistes pionnières comme Frida Kahlo, Louise Bourgeois et Anne Truitt. Les architectes modernistes Mies van der Rohe, Le Corbusier et la merveilleuse Charlotte Perriand aussi, tout comme Jean Nouvel et Zaha Hadid. Les femmes de tête des romans de Gabriel García Márquez ont pu m’influencer, comme les paysages de sa ville imaginaire Macondo, leurs couleurs, leurs textures...

 

Au-delà des références, parlez-moi de l’ADN de votre maison.

Je dirais qu’il “synthétise” mes racines latines, mon ascendance européenne et mon rapport – conciliant – à l’innovation.

 

À ce sujet, vous dites être sensible au cinéma de science-fiction...

Tout à fait. Le monde magique du film Avatar, de James Cameron, a servi de référence à ma collection hiver 2010. J’ai tenté d’en capturer les textures et, surtout, les contrastes entre futurisme et primitivisme.

 

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Citez-moi un accessoire dont vous ne vous séparez jamais?

Mes lunettes de soleil. Je collectionne d’ailleurs des modèles vintage, des pièces uniques en leur genre...

 

En mode, êtes-vous plutôt fidèle ou volage ?

Fidèle et rationnelle la plupart du temps, à quelques exceptions près.

 

Une tendance actuelle que vous approuvez ?

La nouvelle approche du minimalisme, plus capricieuse, moins clinique.

 

Et une autre que vous désapprouvez ?

L’usage abusif du logo.

 

Parlons art de vivre. On vous croise où à Carthagène ?

À une table du Vera, le restaurant de la Mansión Tcherassi, à contempler le jardin vertical toujours changeant et exubérant.

 

Et quand vous n’êtes pas en Colombie ?

Chez moi ou dans mon studio, à Miami. J’aime aussi me perdre dans les rues de Madrid, de Milan... Je passe mes étés en Méditerranée et la toute fin de l’année à Carthagène.

 

À quoi ressemblent vos intérieurs ?

J’y mélange des pièces vintage et d’autres plus contemporaines. À la maison comme dans mes boutiques, j’utilise la même formule en piochant dans ma collection personnelle de meubles et de lampes de la moitié du XXe siècle italien.

 

Où vous fournissez-vous en beaux objets ?

J’adore Milan. Pour la mode, les articles vintage et les livres rares, je vais chez Nonostante Marras d’Antonio Marras, où il règne une atmosphère incroyable. C’est fou de pouvoir trouver un espace si poétique et envoûtant dans une zone industrielle de la ville. Dans le quartier de Brera, je joue la locale de l’étape en visitant les galeries et restaurants... Pour le design, mon “saint des saints” est le Spazio de Rossana Orlandi, via Matteo Bandello.

 

Citez-moi un objet que vous rêvez d’acquérir ?

Une œuvre d’art en textile signée Louise Bourgeois.

 

Trois choses que vous emporteriez sur une île déserte ?

De l’eau, de la crème solaire... et un moyen de communiquer !

Photographie par : Sergio Corvacho

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