Femmes

Qui est la Coco Chanel de Taïwan?

by Mathilde Berthier
10.06.2017
À l’aube du quarantième printemps de Shiatzy Chen, maison fondée en 1978, Wang Chen Tsai-Hsia est sur tous les fronts. Mode, design, gastronomie…, la créatrice taïwanaise déploie son art de vivre avec sérénité et intuition.
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Wang Chen Tsai-Hsia à la fin du défilé Shiatzy Chen printemps-été 2017, à Paris.

Wang Chen Tsai-Hsia porte bien son surnom. Considérée par beaucoup comme la “Coco Chanel de Taïwan”, la fondatrice du groupe Shiatzy Chen a réussi, en l’espace de quarante ans, un astucieux amalgame entre les cultures et les artisanats d’Orient et d’Occident – comme si Paris avait rencontré Pékin sur un laps de temps qui court de l’Antiquité à nos jours. Chez Shiatzy Chen, le savoir-faire se rattache aussi bien à la haute couture française qu’à l’artisanat chinois ; le style, éclectique, s’ancre dans l’histoire avec quelques tics bien d’aujourd’hui, entre la fantaisie kawaii et le classicisme parisien. Une mode fusion donc, que cette originaire de Changhua a su faire fructifier au-delà des frontières du prêt-à-porter : d’abord dédiée au womenswear, la marque Shiatzy Chen s’ouvre au menswear en 1987 puis aux accessoires : sacs à main, souliers, bijoux… Wang Chen Tsai-Hsia ne s’arrête pas là puisqu’elle inaugure, en 2003, une ligne de décoration et de mobilier d’intérieur, fidèle aux principes qu’elle s’était fixés à ses débuts, un certain jour de 1978.

 

Techniques ancestrales

Wang Chen Tsai-Hsia n’a que 27 ans lorsqu’elle décide de s’associer avec son compagnon, Wang Yuan-Hong, pour créer une marque de prêt-à-porter. L’un, businessman, connaît bien les rouages du marché textile ; l’autre, couturière expérimentée, a préparé son coup depuis l’adolescence – aînée d’une fratrie de sept enfants, Tsai-Hsia a toujours dévoré les livres, en quête de découvertes artistiques ou culturelles. Avec Shiatzy Chen, la jeune Taïwanaise veut raconter et asseoir “le nouveau style de la Chine”, sans céder à toute surenchère de collections ou de tendances. Placée sous le signe de l’intention originelle, la griffe va moderato : on utilise ainsi, dans la confection du prêt-à-porter, des techniques ancestrales comme le suzhou, procédé vieux de 4 000 ans qui consiste à broder un motif avec des fils de soie sur de la soie. C’est donc avec l’essence d’une marque “de niche” que le couple érige l’un des succès majeurs de ces quarante dernières années.

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Une des créations de Shiatzy Chen influencée par la dynastie Song.
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Un look de la collection printempsété 2011.
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Séance de coiffure, à Pékin en 1869.
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Silhouettes du défilé automnehiver 2017/18.
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Une soierie chinoise du xviie siècle.
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Un look du défilé printempsété 2017.

Art de vivre

À Taïwan, très vite, diplomates et célébrités se pressent pour décrocher le dernier tailleur griffé Shiatzy Chen. La déferlante se poursuit dans toute la Chine, puis à Paris, où la créatrice inaugure un studio et un flagship, son tout premier en Europe. Intimement liée à la Ville Lumière et à son artisanat, elle décide aussi d’y orchestrer ses défilés. Dans le monde, la griffe va bientôt compter soixante-dix adresses, toutes conçues par des pointures de l’architecture comme Jaya Ibrahim ou Johannes Hartfuss. Avec un faible pour le style de la dynastie Song (xe-xiiie siècles), Wang Chen TsaiHsia inaugure en 2008 un grand temple du thé dans l’électrique quartier Da’an de Taipei. Indépendant du groupe Shiatzy Chen, le label Cha Cha Thé cultive un art de vivre cher à Tsai-Hsia. Dans la boutique aux lignes épurées, les trente-six variétés de thé se dégustent dans le plus pur respect de la tradition Han, en silence, sans regarder l’heure… La mode aussi sait contempler.

Shiatzy Chen, 262, rue Saint-Honoré, Paris 1er.
www.shiatzychen.com et www.chachathe.com

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