Femmes

Nicole Kidman : "Je ne suis pas quelqu’un qui a confiance en soi"

by Juliette Michaud
07.11.2017
Plus audacieuse que jamais, l’actrice australienne connaît à 50 ans une des périodes les plus riches et productives de sa carrière. Rencontre.

Elle a eu tant d’actualités cette année, que nous l’avons rencontrée plusieurs fois… comme si c’était normal ! À Los Angeles, en février, pour le lancement de l’excellente série Big Little Lies, qu’elle a coproduite avec Reese Witherspoon et pour laquelle elle vient de remporter l’Emmy Award de la meilleure actrice. Ou à Cannes, en mai, où elle était venue – si glamour – présenter notamment Mise à mort du cerf sacré de Yórgos Lánthimos et où elle reçut le Prix du 70 e anniversaire, signe des très grandes. C’est en septembre au festival international du film de Toronto que Nicole Kidman – d’une gentillesse confondante et magique dans une robe Prada scintillante – a pris le temps de faire le point avec nous sur sa carrière et ses films à venir. Car 2018 sera aussi l’année Kidman.

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Nicole Kidman vue par Peter Lindbergh pour le calendrier Pirelli 2017.
"Je me suis juré de travailler avec au moins une femme réalisatrice par an" Nicole Kidman

Depuis deux ans, vous enchaînez les tournages, à chaque fois avec des rôles intenses et très différents. Comment vivez-vous cette période ?

Nicole Kidman : Cela m’amuse de penser que lorsque j’étais enceinte de ma fille Sunday, il y a neuf ans, je voulais prendre ma retraite. Je travaille depuis l’âge de 14 ans, j’ai arrêté l’école à 16 ans pour devenir actrice avec la bénédiction de parents formidables, je m’étais dit qu’il était temps de me poser. J’avais enfin une vie privée heureuse, il était peut-être temps de vivre paisiblement à Nashville, où Keith (le chanteur de country Keith Urban, son second mari, ndlr) et moi avons une ferme. Ma mère, maligne, m’avait cependant conseillé de garder “un pied dans le bain”, au cas où l’envie de jouer me reprenait… (Rires.)

Sortez-vous indemne de vos films ?

Je sors souvent à vif d’un tournage. C’est pourquoi je viens de faire Aquaman en Australie : outre le bonheur de travailler sur ma terre natale, il fallait que je m’amuse un peu ! J’avais enchaîné Big Little Lies, où je joue une épouse abusée, avec le très déroutant Mise à mort du cerf sacré. J’avais tourné coup sur coup Les Proies de Sofia Coppola et la série policière Top of the Lake : China Girl de Jane Campion. J’avais besoin d’être une sirène dans un film de super-héros !

Vous jouez une sirène dans Aquaman ?

Cela vous va si bien ! Je me retrouve bel et bien à un moment sur un rocher avec mes cheveux épars sur les épaules, mais je ne suis pas au sens propre du terme une sirène qui bouge sa queue de droite à gauche (rires). Je suis plutôt une reine, avec une belle couronne, qui est la mère d’Aquaman. Le film est tiré des comics et mes filles ont été tellement hypnotisées par le tournage, que l’une d’elle veut devenir réalisatrice. Je leur devais bien ça : à force de faire des films trop adultes où mes enfants ne pouvaient me rendre visite sur le plateau, je commençais à avoir des scrupules.

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“Les Proies”, de Sofia Coppola (2017).
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“Big Little Lies”, de David E. Kelley et Jean-Marc Vallée (2017).
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“Eyes Wide Shut”, de Stanley Kubrick (1999).
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“Mise à mort du cerf sacré”, de Yórgos Lánthimos (2017).

Vous avez aussi joué dans la comédie The Upside, de Neil Burger, le remake américain du film français Intouchables.

J’avais beaucoup aimé l’original que m’avait montré le producteur Harvey Weinstein, alors quand il a acheté les droits et m’a proposé le remake, j’ai signé. C’était une bouffée d’air frais. Bryan Cranston et Kevin Hart reprennent les rôles de François Cluzet et Omar Sy.

Vous avez travaillé avec tant de cinéastes légendaires : comment définissez-vous votre relation avec eux ?

Je suis d’abord une cinéphile. Quand j’ai fait Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick, j’avais le sentiment que c’était mon destin, je me sentais investie, moi qui avais été marquée à 15 ans par Orange mécanique. Je ne suis pas quelqu’un qui a confiance en soi. Mais, parallèlement, j’aime m’aventurer à l’écran là où je n’ose pas aller dans la vie, c’est ainsi que je me sens en sécurité dans le monde, et je ne juge jamais mes personnages. Seule la nature humaine me passionne, ce qui peut amener loin. Alors je m’en remets aux réalisateurs, et je leur suis si reconnaissante de m’aider à dénicher la vérité, que je ferais tout pour eux. Même quand ils me demandent des choses déconcertantes, comme Yórgos Lánthimos.

Votre complice Colin Farrell vous avait avertie que travailler avec le réalisateur de Lobster serait dérangeant.

Oui, j’étais prévenue ! (Rires.) Avec Mise à mort du cerf sacré, Yórgos a signé une tragédie grecque moderne effrayante. Une fois que vous avez assimilé le phrasé de son univers, qui résonne de façon très particulière dans la psyché du spectateur, c’est fascinant à jouer. Ce cinéaste me rappelle beaucoup Stanley Kubrick, qui lui aussi détestait le jeu naturaliste. Pour une actrice de mon âge, avoir la possibilité de passer d’un tel univers décalé à des films plus réalistes, comme Boy Erased que je tourne sous la direction de l’acteur australien Joel Edgerton, avec Russell Crowe, un film sur la reconversion forcée des homosexuels par l’Eglise, c’est assez inouï.

Quels ont été les grands tournants de votre parcours professionnel ?

Prête à tout (1995) de Gus Van Sant, qui m’a donné la crédibilité. Portrait de femme (1996) de Jane Campion, Moulin Rouge (2001) de Baz Luhrmann, Dogville (2003) de Lars Von Trier… Lion, l’an dernier, film poignant de Garth Davis sur les racines et l’adoption. Je ne m’attendais pas à une quatrième nomination aux oscars pour ce rôle de mère adoptive. Devenir amie avec le réalisateur John Cameron Mitchell, qui m’a donné un petit rôle dans How to Talk to Girls at Parties, que nous avons présenté à Cannes, avec Elle Fanning.

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“Moulin Rouge”, de Baz Luhrmann (2001).
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“Lion”, de Garth Davis (2017).
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“Top of the Lake : China Girl”, de Jane Campion (2017).
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“Dogville”, de Lars Von Trier (2003).

La télévision, c’est aussi une étape importante ?

Oui, même si rien ne remplace le cinéma. Reese et moi avons produit Big Little Lies, qui dresse le portrait de femmes de la bourgeoisie pleines de fêlures et de secrets – normales, quoi – à Monterey, parce que nous ne trouvions pas assez de rôles féminins complexes. C’est un projet né de nos frustrations d’actrices dans un Hollywood toujours très masculin. Mais c’est aussi la première saison de Top of the Lake qui m’a donné envie de télévision.

Votre réaction en découvrant le rôle de mère lesbienne que vous avez réservé Jane Campion dans la saison 2 de Top of the Lake ?

C’est un des rôles qui m’a donné le plus de fil à retordre ! J’ai quatre enfants, et on me donne désormais beaucoup de rôles de maman, mais celle ci est à part. Je joue la mère adoptive d’une fille qui avait été abandonnée par la détective campée par Elisabeth Moss. J’ai de longs cheveux gris, mon personnage, Julia, qui vit en couple avec une femme, est féroce, pleine de contradictions et juste hilarante. Mais allez intérioriser tout ça !

Après Sofia Coppola, vous allez retrouver une autre réalisatrice au style très personnel, Rebecca Miller.

Je me suis juré de travailler avec au moins une femme réalisatrice par an. J’ai été très touchée par le talent de Sofia à créer une atmosphère, et par son mélange de détermination et de douceur. Rebecca, je l’avais déjà rencontrée car j’ai tourné Nine avec son mari Daniel Day-Lewis. C’est une femme et une artiste magnifiques. Nous tournons ensemble She Came to Me, avec Steve Carell et Amy Schumer, une comédie dans l’univers de l’opéra contemporain.

Impossible d’évoquer votre nom sans penser glamour. Quel est aujourd’hui votre rapport à la mode ?

Émerveillé. Tout ça a un côté très Cendrillon. Les robes que je porte pour les galas, je dois les rendre après. Mais je ne me contente pas d’appeler ma styliste qui vit à New York. Je m’intéresse de près à la mode. Avoir participé à la grande campagne de Chanel N° 5 avec Baz Luhrmann reste un souvenir très fort. Je suis récemment allée à une exposition Dior à Melbourne, j’ai été saisie par la beauté des robes, exposées comme des œuvres d’art, surtout quand j’ai réalisé avoir porté deux de ses merveilles. C’est un privilège de porter ses “œuvres” sur les tapis rouges, pour les montrer au monde.

“Mise à mort du cerf sacré”, de Yórgos Lánthimos, sortie Le 1er novembre.

L’intégrale de “Big little lies” est disponible en replay sur OCS go.

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