Femmes

Marie-Agnès Gillot : "Je ne tiens pas en place"

Entre son premier rôle au cinéma et de multiples collaborations créatives, Marie‑Agnès Gillot prend le temps de poser pour nous, et elle resplendit. Ses adieux à l’Opéra de Paris, dans quelques semaines, ne seront, bien sûr, qu’un au revoir…
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"Je ne tiens pas en place", dit Marie-Agnès Gillot en se tortillant sur sa chaise. En arrivant au studio photo cet après-midi-là, perdue dans un pantalon large, un grand manteau d’homme et des godillots, la danseuse étoile a tout de suite lancé la jambe sur une rambarde pour faire quelques étirements. Si elle joue un rôle, c’est moins la délicate diva descendue de son nuage que la bonne franquette, gouailleuse, marrante, la bouche pleine de gros mots et un sourire pour chacun. Mais lui demander de s’asseoir trente minutes tient de la torture et les mots “retraite” ou “adieux” paraissent déplacés devant cette énergie en boule. Pourtant, à 42 ans, contrainte et forcée par le règlement, elle fera bientôt ses adieux à l’Opéra de Paris, après trente années de passion et quelques-unes de tensions dont elle ne fait pas mystère. Marie-Agnès Gillot ne s’arrêtera pas de danser pour autant : le monde est vaste et "ces adieux sont fake", lâche-t-elle. Que ce soit pour des défilés de mode, des campagnes de publicité, les Restos du Coeur ou tout récemment pour la lingerie Intimissimi, elle n’économise pas ses pirouettes. Les mots, en revanche, quel plomb, semble-t-elle penser. Mais dès que commence la séance photo, elle retrouve son langage naturel, tout en jambes, en bras déliés, en pointes et en muscles, s’animant devant l’objectif comme un enfant qui fait des prouesses. Elle ne cherche pas le mouvement joli, la pureté mièvre. Marie-Agnès Gillot ressemble si peu au cliché de la danseuse étoile. On pense plutôt à David Bowie devant ce corps musculeux et asymétrique, relief d’une scoliose qui l’a enfermée dans un corset toute son enfance. Sa grâce a du nerf, du chien, un ton sec et moderne. Et si elle ne porte plus de corset, c’est parce que la danse la tient debout.

Pour vos adieux à l’Opéra de Paris, vous allez retrouver deux rôles que vous connaissez bien, le Boléro de Béjart et Orphée et Eurydice de Pina Bausch. Comment les abordez-vous cette fois ?

Marie-Agnès Gillot : On danse toujours différemment, à chaque fois il y a des choses qu’on n’a pas encore comprises. J’espère que j’ai évolué, sinon cela signifierait que je suis mauvaise. Pour le Boléro, j’ai été coachée par Maurice Béjart avant qu’il disparaisse. Il voulait que je le danse comme une grande prêtresse, de manière très mystique, alors que les mouvements sont très sexuels. Il faut résister pour ne pas tomber dans la facilité, dans l’attraction sensuelle.

Est-ce vous qui avez choisi Orphée et Eurydice pour votre adieu ?

Ce ne sera pas le dernier spectacle, parce que je reviens la semaine suivante pour préparer un ballet avec la chorégraphe Crystal Pite. En réalité, mon dernier spectacle, ce sera le 24 mai. Ce sont des adieux… et de faux adieux. Je pars, mais je reviens en guest le lendemain. Ceux qui parlent de mes adieux me connaissent mal !

Vous n’avez pas du tout envie de partir, semble-t-il ?

Si j’avais pu, je serais restée, mais c’est la règle. Benjamin Millepied avait envie de me garder encore un peu, mais la nouvelle direction n’a pas voulu faire d’exception. C’est normal, pourquoi serais-je favorisée ?

Vous êtes triste ?

Maintenant je peux en parler, mais de septembre à décembre, je pleurais tous les jours. La danse est une passion pour moi. J’aime tout dans la danse, et ce sentiment ne s’est pas étiolé avec le temps. C’est ce qui se produit souvent, parce que physiquement c’est très dur et qu’on peut voir arriver la fin comme un soulagement. Pas moi. J’ai toujours cette même envie, cette même passion, c’est une catastrophe ! J’aimerais bien être comme les autres.

Votre corps peut-il encore suivre ?

Je le trouve même plus docile qu’à la trentaine. À 40 ans, on se connaît mieux, on ne se crée plus de fausses fatigues, on ne prend plus de faux chemins. Et depuis que je suis maman, j’ai une énergie folle. Je me suis réveillée tard, mais j’aimerais en avoir un deuxième, en adoptant peut-être. Il y a tellement d’enfants laissés pour compte dans le monde que je me demande si ce n’est pas égoïste de vouloir en faire un de son propre corps.

Découvrez l'intégralité de l'interview de Marie-Agnès Gillot dans L'Officiel n°1022.

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