Femmes

Lotta Volkova, la fille que toute la mode s’arrache

Une secrétaire ultra rigide arpente le hall du Centre Pompidou, à Paris. À sa suite, un quinquagénaire chauve au jean élimé et un duo de pseudo-hooligans en jogging. Bienvenue au défilé Vetements automne-hiver 2017.
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Après s’être glissée dans la peau d’une religieuse à la robe de bure très très courte, et d’une paysanne post-moderne en cuissardes, Lotta Volkova mime le cliché de l’administrative à lunettes rectangulaires. Un énième rôle de composition pour celle que la mode s’arrache, à défaut de la comprendre. Car Lotta parle peu, sourit rarement, un peu comme son alter ago, Demna Gvasalia, dont la presse ne filme que les pieds. L’ultraconfidentialité qui règne autour de la styliste russe tient-elle du manifeste ou de la stratégie marketing bien huilée ? À l’heure où tout se sait dans la minute, faut-il cultiver son mystère pour être cool ? Lotta Volkova n’a pas toujours été comme ça. Elle grandit en ex-URSS, à Vladivostok, au bord de la mer du Japon. Sa mère, passionnée d’art et de mode, lui transmet son goût des beaux vêtements. Quand le mur de Berlin s’effondre, en 1989, et ensuite le communisme soviétique, en 1991, la petite fille baigne dans l’anticonformisme ambiant. Pour elle comme pour beaucoup, la mode est un manifeste. À 17 ans, elle quitte sa ville natale pour Londres et la Central Saint Martins. Elle étudie poliment l’art, la mode, la photographie… et collectionne les nuits blanches au Kashpoint, un night-club flottant où s’exhibe toute l’avant-garde londonienne – Gareth Pugh, Wolfgang Tillmans, Yu Masui… Chaque soir, Lotta s’invente des personnages : punk, goth, disco, SM…

Au début des années 2000 déjà, la styliste traque ce qui deviendra plus tard son fonds de commerce : le stéréotype ou l’antistéréotype identitaire. Ses débuts de créatrice, pourtant, sont policés. Elle commence par customiser des T-shirts et des jeans avec des clous et du cuir, puis elle lance sa propre marque, Lotta Skeletrix, d’abord dédiée à l’homme, puis à la femme. La suite se résume en un mot : Paris, qu’elle gagne en 2007, sur un coup de tête. C’est là qu’elle rencontre Gosha Rubchinskiy et, surtout, Demna Gvasalia, aux côtés duquel elle fomente la révolution Vetements. Devant les sept créateurs méconnus du label, magnats fougueux de la forme déstructurée, la presse évoque forcément Martin Margiela. Et puis une figure récurrente se dessine : le visage poupin, le bol noir de jais et la démarche chaloupée de Lotta. La styliste est la seule membre du collectif à défiler, la faille dans un système verrouillé où seul le vêtement est roi. Pas glamour, pas friendly, la Russe est devenue aujourd’hui plus bankable que Gigi Hadid. Ses apparitions sont triées sur le volet, tout comme ses collaborations avec la presse spécialisée. Quand elle crée, c’est uniquement pour ses amis : Demna et Gosha, bien sûr, mais aussi Sander Lak, le directeur artistique du label Sies Marjan. À Paris, sa garde rapprochée est un savant mélange d’oiseaux de nuit, de mannequins-DJs ou de DJs-mannequins – comprenez Paul Hameline, Jamie Bochert, Walter Pearce, Clara 3000 ou Adrian Hurtado, le fameux punk rouge et vert du dernier défilé Vetements. Ces bad kids n’ont peur de rien, ils abhorrent le cute et adorent le trash, ne pipent mot dans la presse mais s’exhibent sur les réseaux sociaux. Ils sont la nouvelle mode, qui se débauche au Dépôt en trench griffé “Polizei”, tablier Liberty et cuissardes en caoutchouc. Certains appellent ça mauvais goût, d’autres, génie. L’avenir tranchera.

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