Femmes

Qui es-tu, Kacy Hill ?

by Anne-Laure Griveau
26.04.2017
Sa vie pourrait être le scénario d’un film primé à Sundance, sa musique – pop, futuriste et aérienne – en serait même la B.O. Cheveux rouges au carré et septum au nez, la nouvelle petite protégée de Kanye West entre, à 23 ans et avec flamboyance, dans la cour des grands.
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Elle en a gravi, des collines (hill signifie colline en anglais), pour en arriver là, des montagnes même. Signée sur GOOD Music, le label de Kanye West, où elle est la seule artiste à ne pas faire de hip hop, et managée par Three Six Zero, comme Frank Ocean ou Calvin Harris, Kacy Hill prépare un album annoncé pour 2017. “Deux vidéo shoots achevés. Deux heures et demie de sommeil. En chemin pour Paris. Il est tôt. Ne me parlez pas tout de suite”, instagramme-t-elle il y a quelques jours, encapuchonnée dans un aéroport. Comme elles sont loin, la timidité et l’anxiété maladives de son enfance. Aujourd’hui, quand Kacy se tait, c’est qu’elle est fatiguée. Il faut dire qu’outre la musique, elle est aussi très sollicitée par le monde de la mode, qui en a fait sa nouvelle coqueluche. Perchée sur une balançoire, elle a ainsi assuré le spectacle lors de la réouverture de la boutique new-yorkaise de Cartier l’an dernier, et a été castée aux côtés de célébrités branchées pour la campagne Calvin Klein de l’automne 2016. On l’a également vue sur scène pour Marc Jacobs Eyewear et être l’hôte d’un dîner Gucci où elle avait invité Caroline Vreeland, Gia Coppola ou encore Kilo Kish et les sœurs Khadra. Musicienne avant tout, la chanteuse connaît aussi parfaitement les rouages de la mode, puisque c’est par le mannequinat que tout a commencé pour elle.

Los Angeles, octobre 2012, Kacy a 18 ans, elle débarque – en Honda Civic – d’Arizona, où elle a grandi. La jeune fille, qui vient de finir le lycée, ne sait pas trop ce qu’elle veut faire de son avenir, mais sent bien qu’à Phoenix les opportunités seront limitées. Elle prend donc la route de la Californie et trouve un canapé où squatter dans les petites annonces Craigslist. Sa voiture est vite embarquée par la fourrière, et les dollars s’envolent aussi vite qu’au Jumbo’s – club de strip-tease de L.A. –, mais sa volonté, elle, reste de fer. Un mois après son arrivée, et après avoir vendu des glaces à Beverly Hills, Kacy rencontre un photographe qui lui présente les directeurs artistiques d’American Apparel. Elle qui avait surtout posé pour des catalogues de mariage dans la “Valley of the Sun” devient très vite l’un des visages, et l’une des paires de fesses, de la marque – l’une des photos fut par ailleurs censurée pour “sexualisation d’enfant” ; Kacy, en body string, avait l’air d’avoir moins de 16 ans. La mannequin ne s’en émeut pas, d’autant que l’artiste et performeuse Vanessa Beecroft la repère grâce à ces images. Alors directrice artistique pour The Yeezus Tour, le live de Kanye West, elle cherche des “non-danseurs” pour tenir des poses statiques – et dénudées – sur scène. Audacieuse, Kacy tente l’expérience, jusqu’à vivre une épiphanie lors d’un des shows du rappeur au Madison Square Garden. Elle aussi veut développer sa propre musique et vivre cette communion avec le public. Elle quitte donc la tournée après sa première partie.

Si, enfant, elle suivait les cours d’une école d’art et jouait du saxophone, ainsi que du hautbois (l’instrument est toujours chez elle, mais ne s’en sert que rarement), c’est en arrivant à L.A., un peu déprimée, désœuvrée, qu’elle commence à composer, à se passionner et à considérer la musique comme un potentiel avenir. Elle se met alors à autoproduire des morceaux et poste sur YouTube le clip d’Experience. “Ceci est ma première chanson, je suis excitée de la partager avec tout le monde !” peut-on lire sur son SoundCloud en septembre 2014. Le titre passe de stylistes en make-up artists, jusqu’à atteindre les oreilles de Kanye Séduit par le son et l’univers de son ancienne danseuse, il demande à la voir et conclut avec elle un deal, leur rendez-vous dans un backstage d’Atlantic City à peine achevé.

C’est donc sur le label de Kanye West qu’en 2015 sort Bloo, également coproduit par Def Jam Recordings (que du cool), le premier EP de Kacy mené par le single Foreign Fields. “When will we fall ? / How did we get there ?”, chante-t-elle dans le morceau où elle aborde sa relation à l’amour, mais aussi, et surtout, son rapport au monde en tant que femme, l’un des sujets favoris de celle qui se décrit comme féministe. Après avoir passé beaucoup de temps en studio, elle se frotte à la scène au printemps 2016 en assurant, notamment, les premières parties du chanteur Jack Garratt (également l’un de ses producteurs) et en rejoignant le line-up du festival South by Southwest. Relativement discrète depuis Bloo, Kacy poste en début d’été Lion, un titre aux allures de single relançant l’attente autour d’un album à venir. Shootée en Arizona, près des lieux de son enfance, l’image de la vidéo accompagnant le titre magnifie “la nostalgie d’avoir grandi dans le désert”, cette époque où Kacy digguait sur Myspace et ne s’intéressait pas vraiment à la mode. Le style, la jolie rousse le considère désormais comme une extension de son identité et se verrait bien collaborer avec une marque. À moins qu’elle ne se mette à écrire de la musique pour d’autres artistes ou pour le cinéma. Kacy, bientôt la crème de la crème.

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