Femmes

Angèle : "Après des mois d’angoisse, je ressens enfin du bonheur"

Comment résister à ses chansons addictives, son humour et son visage de poupée qui sait dire non ? En l’espace d’une année, Angèle a conquis nos cœurs. Pour très longtemps.
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Photographe : Alice Moitié - Stylisme : Samantha Gil et Garlone Jadoul - Réalisation : Jennifer Eymère

Plus de 300 millions de vue sur Youtube, un premier album disque de diamant, une tournée à guichets fermés... le tout en l’espace de douze mois. Depuis sa sortie en octobre 2018, après des mois de buzz et fort d’une tracklist plus tubesque tu meurs, l’album Brol squatte nos platines comme les plates-formes de streaming. Angèle, elle, s’impose comme l’une des nouvelles reines de la pop francophone, derrière son micro comme devant son piano. Née en Belgique d’un père chanteur (Marka) dont elle a hérité l’oreille musicale et d’une mère comédienne (Laurence Bibot) qui lui a transmis un solide sens de l’humour, cette enfant de la balle à la voix de velours a choisi de cultiver un son qui n’appartient qu’à elle : des chansons accessibles sous influences urbaines, exotiques ou jazzy. Pour L’Officiel, Angèle pose en Chanel – une évidence tant l’élégance naturelle de la chanteuse s’accorde à la maison parisienne.

 

2019 : c’est l’année Angèle. Comment l’avez-vous vécue?
Angèle : Après des mois d’angoisse, car j’ai toujours des choses à travailler, à envisager, à anticiper, je ressens enfin du bonheur. Ce succès, c’est la meilleure récompense qui soit. Je n’ai pas réussi à prendre du recul avant l’été dernier, où j’ai pris trois semaines de vacances. Cela ne m’était pas arrivé depuis trois ans, mais il le fallait. Je n’étais plus productive, je n’arrivais à profiter de rien... Cette pause m’a permis de vraiment prendre conscience de la chance que j’avais et m’a à nouveau motivée. J’avais été incapable de prendre du plaisir car j’étais trop dans le contrôle. J’ai l’impression d’avoir été dans une piscine pendant deux ans en faisant tout pour ne pas couler !
 

Et en apprenant très vite le métier !
Oui, sur le tas, sans avoir le temps de réaliser ce qui se passait. Rien n’est jamais sûr, c’est un métier qui s’organise au présent et rien ne se passe jamais comme prévu. En plus, je suis toujours en retard! Mais je me dis que c’est aussi comme ça que ça marche...
 

C’est toujours le “brol” dans votre vie?
Bien sûr! Ce mot, il était important, je souhaitais à tout prix, pour le titre de mon album, utiliser un mot qui me ramenait de manière directe à la Belgique. Il n’y a pas d’équivalent en français, le mot le plus proche serait “bordel”, celui qu’on trouve dans une chambre mal rangée. Et puis, c’est un clin d’œil à ma famille car on l’a toujours utilisé chez nous...
 

Comment vos parents ont-ils réagi à ce succès explosif ? Heureux, inquiets ?
Eux-mêmes ont été étonnés par cette popularité soudaine, mais ils sont plus heureux pour moi qu’inquiets. Ils savent que je gère très bien, que je m’entoure de gens en qui je peux avoir confiance.
 

On sait que vous fonctionnez en garde rapprochée. Pour vous protéger?
Sans doute, il me faut de l’amitié et de la confiance dans mon quotidien, et surtout dans mon travail. Dans la musique, Tristan Salvati m’a énormément aidée, il a toujours su m’écouter. Quand j’ai une maquette, c’est le premier à qui je la fais écouter : il a beaucoup d’instinct et il me dira si ça vaut le coup ou pas. Il m’a donné du recul à propos de mes chansons. Mes managers sont très protecteurs aussi, ils sont bienveillants, à l’image de ceux qui m’entourent, comme Charlotte Abramow, qui a réalisé mes clips.

La Loi de Murphy, Jalousie, Tout oublier... Vous avez beaucoup de tubes à votre actif, mais y a-t-il un titre qui vous fait plus vibrer que les autres ?
Mon rapport avec mes propres chansons est forcément distant car, les ayant écrites et composées, j’en vois toutes les coutures et les imperfections... Mais en concert, Ta Reine m’émeut toujours !
 

Que va-t-il se passer les mois à venir, hormis deux dates à l’AccorHotels Arena en février 2020 ?
Je travaille sur une réédition qui ne devrait pas tarder à paraître. Certains titres de Brol ont été écrits il y a plus de trois ans et j’avais envie de raconter de nouvelles choses. Avant mon deuxième album, je voudrais faire une réelle pause, ne pas me précipiter, sinon il ne sera jamais aussi bien que celui-ci, j’en suis consciente ! Alors je préfère dire tout ce dont j’ai envie. Ces nouveaux titres sont dans la lignée de Brol, qui raconte la sortie de l’enfance, de l’adolescence...En un an, j’ai grandi, mais je ne suis pas encore devenue adulte.
 

À 23 ans, vous êtes pourtant déjà un modèle de féminisme contemporain !
Ce n’est pas à moi de le dire, mais ça me ferait très plaisir si c’était le cas. Pour ma part, j’ai reçu une éducation très ouverte sur le sujet par mon père comme par ma mère qui, sans employer forcément le mot féminisme, m’ont transmis ces valeurs d’égalité des sexes et d’indépendance. Grâce à Internet, Me Too, Balance ton porc, une réelle lumière s’est portée sur ce combat-là. Sans faire de l’opportunisme, je profite aussi de mon époque car les femmes ont pris la place qu’elles méritaient. Et je veux porter un message, ça c’est certain, même si Balance ton quoi est avant tout un état des lieux du combat antisexiste.
 

Vous posez en Chanel avec un plaisir non dissimulé. Quel est votre rapport à la mode ?
C’est ambivalent. D’un côté, j’adore les vêtements amples, streetwear, les combinaisons un peu folles... De l’autre, surtout dans le cadre de mon métier, j’adore m’habiller de manière plus sophistiquée. Comme si je me déguisais. Chanel est la seule marque qui me faisait rêver quand j’étais enfant. Si je devais n’en choisir qu’une à porter au quotidien, ce serait celle-là !
 

Votre définition de l’élégance ?
Ne pas avoir à faire d’efforts. Se sentir bien dans sa peau, dégager une énergie : à mes yeux, c’est ça, l’élégance véritable.
 

Un beau souvenir à garder de cette folle année ?
En mai, lors de la soirée après le concert de Forest National à Bruxelles, qui est l’équivalent du Bercy parisien. Le concert avait été éprouvant car je m’étais mis beaucoup, beaucoup de pression. Il y avait tous ceux qui comptaient : mes parents, ma grand-mère, mes copines d’école, mon frère (le rappeur Roméo Elvis, ndlr), Damso, tout le monde dansait ensemble malgré les différences d’âge. C’était la fête la plus jouissive de toute ma vie car j’avais vraiment l’impression d’avoir accompli quelque chose. J’ai eu l’impression que c’était mon mariage !

Découvrez l'intégralité de cet interview dans le numéro de Novembre de L'Officiel Paris, et plus encore sur @lofficielparis

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