Fashion Week

Yoshikimono : la rencontre hors-norme du rock avec le kimono

Entre tradition nippone et rock'n'roll, l'ex-leader du groupe X Japan a donné, mi-octobre, le coup d'envoi de la fashion week de Tokyo. Sur fond de partition anti-conformiste, la star musicale japonaise compte bien propulser l'ancestral kimono à l'échelle internationale. Rockstar un jour, rockstar toujours.
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Finale du défilé Yoshikimono printemps-été 2020

Tokyo, lundi 14 octobre. La capitale nippone frétille d'excitation — la ville s'apprête à entamer sa semaine de la mode. En guise de cérémonie d'ouverture ? Le défilé Yoshikimono, orchestré par le co-fondateur et ex-leader du groupe de métal japonais X Japan Yoshiki Hayashi, véritable icône dans le pays. Le rencontrer ne ressemble en rien à une expérience ordinaire : d'abord, on se voit chaleureusement accueilli par une silhouette longiligne, la plus souvent habillée de noir, élégamment étriquée dans un blazer aux épaules soulignées, perchée sur des boots surélevées de 4 cm. Derrière ses lunettes fumées co-existent mille et une vies — un puzzle à 1,000 pièces constituant un destin loin de tout schéma classique. Biberonné à l'univers du kimono — il est l'aîné d'une famille propriétaire d'un magasin de tissus — l'enfant prodige Yoshiki a aussi été bercé par la musique : "J'ai grandi en écoutant Kiss et David Bowie. J'ai toujours été fasciné par la façon dont leur musique ne faisait qu'un avec la notion de mode, de style". A propos de l'impact de la musique sur son processus créatif, il nous répond : "Le thème de mes collections découle de l'atmosphère que je projette sur mon défilé. Selon la musique qui m'inspire, je vais chercher à traduire la mélodie par une coupe, un volume, un mouvement... Cette saison, ma collection fait référence à l'art de l'anime japonais et aux comics américains rendus populaires par Stan Lee, avec qui j'ai collaboré." Nous lui demandons de nous en dire un peu plus sur cette collaboration relevant du fantasme : "Stan Lee était un ami. Nous nous sommes rencontrés il y a dix ans, lors d'un de mes dîners de charité. Nous étions assis l'un à côté de l'autre mais j'ignorais son identité. Je lui ai donc demandé ce qu'il faisait dans la vie : 'Je crée des super-héros' m'avait-il répondu. Il me retourna la question, à laquelle je répondis 'Je crée de la musique'. Nous avons discuté tout au long du dîner, et lui de conclure 'Que dirais-tu si je te transforme en super-héros ?' C'est comme cela que le personnage de Blood Red Dragon est né. C'était très inspirant de travailler avec lui." 

La mission de Blood Red Dragon aujourd'hui ? Après trois années d'absence, Yoshiki est plus que jamais déterminé à "préserver la tradition du kimono tout en réinventant la façon dont nous le portons. De la même façon que j'ai réinventé le rock à mes débuts, tant avec mon groupe X Japan qu'en tant qu'artiste indépendant. A l'époque, j'ai dû faire face à de nombreuses critiques vis-à-vis du fait que j'associais le rock'n'roll à la musique classique au sein d'une même mélodie. Vingt ans plus tard, je compte derrière moi des concerts à guichets fermés au Madison Square Garden à New-York, au Mercedes-Benz Arena à Shanghai, et de nombreux fans à travers le monde. C’est toujours difficile, au début, de bousculer les codes, mais à partir du moment où vous créez quelque chose, vous créez un mouvement." Au delà de transmettre l'héritage culturel de son pays aux jeunes générations et de répandre l'art du kimono par-delà les frontières, le label Yoshikimono traduit l'envie de Yoshiki de démocratiser ce vêtement ancestral en le rendant "mode, voire même urbain." La collection printemps-été 2020 s'empare de cette vision en explorant les différentes facettes qu'offre le vêtement traditionnel japonais — au gré d'une trentaine de looks, le kimono se transforme en mini-robe bustier, tantôt lamée, imprimée, ambiance grand-soir ou cocktail-party. Au fur et à mesure que la musique évolue en des sonorités plus classiques, le kimono renoue avec sa silhouette d'origine : patchworks psychédéliques, reproductions d'anime, ou encore trompe-l'oeil plus vrai que nature viennent faire le lien entre héritage et modernité. Lorsque l'on demande à Yoshiki quelle célébrité, en France ou ailleurs, il rêverait d'habiller, il répond : "Ce serait super, mais je ne cherche pas nécessairement à habiller des personnalités célèbres. Mon rêve est de voir les gens porter mes créations dans la rue, partout dans le monde." Le kimono, tendance de la saison prochaine ?

Plus d'informations sur www.yoshikimono.com et sur @yoshikiofficial

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