Voyages

Une chambre au Ritz

by Adrienne Ribes-Tiphaine
17.05.2017
Dans la collection des métiers d’art de Chanel, Karl Lagerfeld met en scène un Paris cosmopolite, inspiré par la légende du palace. Le couturier a créé des correspondances entre les agitateurs de la pop culture d’aujourd’hui et l’élite de l’époque de Coco.
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Lily-Rose Depp.
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Geraldine Chaplin.
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Willow Smith.
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Coco Chanel dans sa suite du Ritz, en 1937.
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Stella Tennant.
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Pharrell Williams and Cuba Tornado Scott.
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Sofia Richie.
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Lily Taïeb.
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Alice Dellal.
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Julia Goldanie Telles.

Les belles choses se conçoivent dans de beaux lieux et en compagnie de belles personnes. Karl Lagerfeld le sait et ne cesse de le réaffirmer depuis qu’il dessine la femme Chanel, c’est-à-dire trentequatre ans. À Paris, c’est au Ritz, lieu peuplé de fantômes merveilleux – stars hollywoodiennes, faune élitiste et cultivée, de Charlie Chaplin à Marcel Proust, de F. Scott Fitzgerald à Ernest Hemingway – que le couturier a choisi de mettre en scène son défilé des métiers d’art. Cette collection, proposée ce mois-ci dans les boutiques du monde entier, met en lumière les différents savoir-faire que la maison de la rue Cambon a su concentrer, des broderies Lesage à l’orfèvrerie de Goossens, des plumes des ateliers Lemarié aux souliers sur mesure de Massaro, en passant par les chapeaux et autres voilettes griffées Maison Michel. Onze maisons au total.

Pour rendre hommage à ce Paris cosmopolite, quoi de plus évident que le palace de la place Vendôme, de retour après quatre années de travaux. Il est le lieu de passage d’une jet-set moderne, multiple et planétaire, agora luxueuse où tous les styles se croisent, éloge de l’ouverture et de l’esprit d’audace… Gabrielle Chanel n’y était pas insensible. Le Ritz fut sa dernière adresse, il était surtout pour la créatrice un repère, le refuge qui lui permettait d’échapper aux désagréments des lendemains de fête, lorsque, comme elle aimait à le dire avec son humour acide, “les domestiques sont de mauvaise humeur, ils n’étaient pas à la fête, eux, et la maison est sale, il faut tout remettre en ordre. Alors, je partais, je m’installais à l’hôtel Ritz pour trois jours.” Coco Chanel entretenait un lien très fort avec cette adresse située à quelques pas de ses ateliers de la rue Cambon. Une des suites porte encore son nom. Elle y séjourna trente-quatre ans durant, y mourant un soir de pleine lune, le 10 janvier 1971, tout habillée et allongée sur son lit.

Karl Lagerfeld, comme Gabrielle Chanel – et c’est sans doute un de leurs points communs – partagent une vision très particulière du passé. Comme un rétroviseur, il ne sert qu’à percevoir le présent, à nous permettre d’aller vers l’avenir. Ne pas se retourner pourrait être l’un de leurs mantras. “Les codes de Chanel, je les ai intégrés, je fais du Chanel inconsciemment. (…) Mon travail, ce n’est pas de faire survivre le style mais de le garder vivant”, lit-on dans le livre d’Isabelle Fiemeyer Chanel, l’énigme (éd. Flammarion, 2016). Et pour nourrir cette vitalité, quoi de mieux que des visages d’aujourd’hui ? “J’ai imaginé la vision idéale d’un style de vie, celui des femmes cosmopolites qui résideraient au Ritz”, déclare le couturier. Il a donc inventé ses correspondances contemporaines autour d’un casting de millennials glamour à l’influence numérique planétaire. Un Café Society ultra-pop, épicurien et séduisant, composé d’héritiers qui ont élu domicile au Ritz et nous reçoivent comme le faisait Coco, dans leur chambre.

En tête, Lily-Rose Depp qui, quand elle ne fait pas le pitre dans sa suite, ouvre le bal dans un ensemble blanc à sequins, sublime et contemporain. Pharrell Williams joue le jeu en veste de tweed longue. Happy ! Suivent tour à tour Levi Dylan, petit-fils de Bob, Sofia Richie, la fille de Lionel, Stella Marley, petite-fille de Bob… Mais aussi Georgia May Jagger, Sistine Stallone, toutes deux coiffées de voilettes. Cara Delevingne danse souriante dans une tenue noire uber-cool, version moderne de celles que portaient les femmes d’autrefois pour aller souper. Les épaules des longs tailleurs de tweed sont carénées et volontaires, des modèles proposés en beige sont rebrodés d’or. Il y a des vestescapes en cuir, des blousons matelassés, de grands pulls qui laissent apparaître les omoplates, avec leur V profond. L’allure est légère, festive. Les volumes ronds soulignent la démarche et convoquent la grâce. Instants étincelants, brefs et intenses. Comme la vie.

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