Voyage

24h à l'hôtel des Roches Rouges

by Eugénie Adda
18.07.2017
Peut-on encore créer un refuge élégant sur la Côte d’Azur ? Oui, et mieux que ça : on peut ouvrir Les Roches Rouges, nouvel éden conçu par le duo d’architectes Festen. Une relecture contemporaine de la sprezzatura.

Photographie par Benoiît Linero

La Riviera d’Alain Delon n’est plus. Dans les stations de la Côte d’Azur, la tendance est aux terrasses en plastique, aux rues commerçantes bondées et aux langoustines surgelées servies dans un restau de plage qui, pour avoir réussi à rentrer cinquante transats sur ses dix mètres carrés de sable, commet l’affront de s’appeler “plage privée”. C’est à vous en faire oublier les beautés calmes de la Méditerranée, l’ocre brut de sa côte, le chant des cigales qui malgré tout persiste. Pas si vite, un nouvel arrivant fraîchement installé à Saint-Raphaël pourrait bien redonner à la Riviera cette nonchalance solaire qu’on aime tant.

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Une des nombreuses vues sur la mer.
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Le restaurant gastronomique La Terrasse.
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Une des chambres.
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Un espace de vie.
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Des poissons pêchés localement.
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Une des chambres.
On pourrait y passer sa vie pieds nus, à lire sur la grande terrasse blanche, à jouer à la pétanque et au ping-pong, à assister aux séances de cinéma privées et eux expositions organisées sur place, ou même à n'y rien faire du tout, enfoncé dans un fauteuil "butterfly"

La nature, le souvenir, la joie

L’hôtel Les Roches Rouges pouvait-il mieux tomber ? Alors que l’on s’apprêtait à sacrifier dix degrés pour filer doux dans le bassin d’Arcachon, voilà que l’équipe des Hôtels d’en Haut, déjà bien décidée à faire entrer le cinq étoiles dans la postmodernité avec ses chalets boutique à Val Thorens, Courchevel et Megève, signe son premier hôtel balnéaire. Et rien ici n’insulte l’œil du voyageur averti qui, souvent, au premier détail maladroit, à l’infime touche de ringardise du décorateur, hausse les épaules et se dit : “Encore raté.” Et si l’exigeant peut encore chercher longtemps, c’est que cette “compagnie d’hôtels” fondée en 2011 veut retrouver les fondements premiers du voyage : la nature, le souvenir et la joie. Vaste programme, certes, mais qui semble avoir été légèrement oublié dans la course à la sophistication des années 1990.
Cet hôtel anti-bling, bâtiment d’influence moderniste comme posé au pied du massif de l’Esterel, juste en face de l’île d’Or, compte cinquante chambres et suites où le blanc pur et le bois blond s’accordent dans un style entre élégance fifties et dépouillement wabi-sabi cher à Axel Vervoordt, avec un rien de décontraction baléariste. Un mix de références à la fois érudites et directes, orchestré par le duo d’architectes Festen, que l’on connaissait déjà pour le très couru hôtel Pigalle. Comme à leur habitude, ils ont peuplé les intérieurs d’objets chinés, de table books et de repros bien choisies, pour recréer une version actuelle de la maison de vacances. Et inutile de vous battre pour échanger votre vue parking contre une vue mer, toutes les chambres font face à la Méditerranée. Pas d’embrouille, on vous dit.

 

 

Farniente éclairé

Le message est clair : nous faire renouer avec les vacances à la mer, pas celles dont on rentre plus épuisé encore. On pourrait vivre aux Roches Rouges toute l’année et n’en sortir que pour une randonnée dans le parc naturel de l’Esterel ou une virée sur l’île d’Or. On pourrait y passer sa vie pieds nus, à lire sur la grande terrasse blanche, à jouer à la pétanque et au ping-pong, à assister aux séances de cinéma privées et aux expositions organisées sur place, ou même à n’y rien faire du tout, enfoncé dans un fauteuil “Butterfly” face à l’azur. Le jardin, reflet de l’intimidante nature de l’Esterel au pied duquel l’hôtel fait volontairement profil bas, baigne tout l’endroit du parfum si particulier des figuiers marins, des agapanthes et des immortelles. 
Au voyageur agité sont proposés plongées, séances de yoga, cours de cuisine locale, VTT, équitation et marches dominicales guidées dans la forêt, mais aussi une piscine d’eau de mer qui semble se confondre avec les immensités turquoise et un bassin de nage directement taillé dans la roche. Le spa, investi par la marque pionnière de la bio-écologie Esthederm, a pensé ses soins pour les journées sous le soleil, proposant des rituels préparateurs, réparateurs et prolongateurs de bronzage.

 

 

Boire et manger

On vous connaît, vous et votre Instagram, toujours à la recherche du bar de plage parfait avec tables en bois et guirlandes lumineuses pour vous prendre en photo de dos, un cocktail à la main, face au coucher du soleil. Les Hôtels d’en Haut vous ont compris et ont doté Les Roches Rouges de trois bars installés entre la terrasse, la piscine et la plage. On s’y arrête, selon l’heure, pour boire un jus frais ou un cocktail à base de spiritueux français et d’ingrédients locavores. Plus chic encore, un salon de lecture extérieur aux grands canapés blancs, dont la déco néo-gypset pourrait inspirer les meilleurs spots d’Ibiza. Et la cuisine ? Locavore elle aussi, chapeautée par le jeune chef José Bailly. Il s’est inspiré de l’ouvrage de René Jouveau, La Cuisine provençale de tradition populaire, pour opérer un retour aux sources tout en ignorant ouvertement l’obsession de l’époque pour le “classique revisité”. La sophistication réside ici uniquement dans la sélection minutieuse des produits : les poissons sont issus de la pêche responsable, les viandes des élevages locaux, les fruits et légumes des producteurs voisins. On sert sans en faire des tonnes le pouprihoun e tóuteno (petit poulpe, calmars, criste marine) le lou mourre de gat (petits artichauts violets, œuf, barigoule) ou l’agnèu, un agneau au romarin et ail des ours, le tout arrosé de vins naturels ou en biodynamie. Pour plus de simplicité encore, on descend au restau de plage et on commande des tapas provençales à partager sur les tables en bois, un verre à la main, devant le coucher du soleil. Et pour Instagram ? On verra ça demain.

 

 

Les Roches Rouges, 90, bd de la 36e-Divisiondu-Texas, Saint-Raphaël. www.hotellesrochesrouges.com

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