Voyage

Brighton superstar

Autrefois ponctuée de forteresses destinées à bouter l’envahisseur, la côte sud-est de l’Angleterre s’est parsemée, dès le milieu du XVIIIe siècle, de stations balnéaires parmi les plus anciennes du pays. Brighton, la plus proche de Londres, est aussi la plus fantasmatique…
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Depuis la capitale, en d’autres temps, il fallait près de deux jours à cheval pour atteindre Brighton. Aujourd’hui, en une heure de train, on rejoint aisément la ville maritime. Cette proximité avec la tête du pays est l’une des raisons pour lesquelles l’étoile de Brighton n’a jamais pâli. Et ce depuis la première visite du prince de Galles, en 1783, déterminé, sur les recommandations de son médecin, à humer fortement l’air marin pour soigner sa goutte. Sybarite patenté, le futur George IV y fit tout à la fois bonne chère et belle chair, puisqu’il ne tarda pas à donner des banquets mémorables dans l’extravagant Pavillon royal orchestré par John Nash, en compagnie de Mrs Fitzherbert, sa tendre amie.
Si le souvenir un peu canaille du prince régent semble flotter encore sur la ville, c’est probablement dû à la silhouette des dômes orientaux du Pavillon Royal qui continuent d’habiller la ville. Mais peut-être également à la profusion de petits hôtels où, dit-on, se retrouvent les couples illégitimes. Comme si se jouait, en coulisse, un perpétuel spectacle qui effeuillerait les différents registres des sentiments.

Brighton a de cela, incontestablement. Superbe et violente, avec son front de mer ceint de belles et solides villas blanches ou colorées, recevant en hommage quotidien vents, embruns et fureur sonore des vagues. En toute saison, ce mariage visuel est éloquent. Il se prolonge avec les jetées maritimes 1900. La plus ancienne, West Pier, n’est plus qu’ossements métalliques impraticables, mais reste hypnotique. Du long de ses 525 mètres, Palace Pier, baptisé au tournant du millénaire Brighton Pier, exerce l’ambivalence. Tintinnabulante et odorante le jour avec ses machines à sous et ses fish & chips, elle se fait volontiers mélancolique, entre chien et loup, au rythme de ses petites lumières qui clignotent dans la nuit et le froid. Lorsque ce bain de mer sec devient entêtant, direction les Lanes. Ces ruelles médiévales étroites, situées au cœur de la ville, accueillent un exceptionnel florilège de boutiques d’objets et mobilier anciens, de mode, de design, d’accessoires, de vêtements vintage aux choix très pointus qui voisinent, ici et là, avec des enseignes communes. En poursuivant vers le nord, on atteint le quartier bohème de North Laine. Les marchés aux puces, les librairies anciennes et les galeries d’art invitent à la flânerie. Deux fillettes replètes vêtues de rose, dans des étoffes de vilaine facture, secouent la tête en cadence au son d’une comptine anglaise faisant sautiller leurs maigres couettes, sous le regard distrait de leur mère, tout occupée à engloutir un cornet de glace XXL. Près d’elle, un couple gracieux à l’allure folle observe, en vitrine, un fauteuil Charles Eames en cuir et chrome. Brighton cultive les contrastes, tel un immense écran de cinéma où se jouerait une succession de scènes hétéroclites. De fait, la ville a toujours aimanté les personnalités du show business. Laurence Olivier y a possédé une vaste demeure, tout comme Nick Cave, Noel Gallagher, Cate Blanchet, installée un temps sur les hauteurs du quartier gay de Kemptown, ou encore Fatboy Slim qui y a posé ses malles de DJ sur Millionaires’ Row.

Une grappe de filles rieuses et fumeuses martèlent bruyamment le macadam. Comme elles, la nuit est encore jeune. Ni le vent qui commence à frémir, ni la fraîcheur de ce printemps incertain ne semblent entamer leur détermination à porter la jupe et le T-shirt courts, et la sandale élevée, découvrant des ongles laqués de vermillon. Sans aucun doute, la nuit leur appartient. Haut et fort.

Alors, sur la promenade, avant d’explorer d’autres possibles nocturnes, on pense au héros de Quadrophenia, le film tiré du rock-opéra des Who, ce jeune Mod qui, les week-ends, vient danser, boire et se battre avec les rockers, puis balade sous la jetée sa rage à demi contenue. Avec le bruit lancinant des galets roulés par la mer, et la voix de Roger Daltrey chantant Love reign o’er me… Infiniment nostalgique.

 

Office du Tourisme de Brighton 
Office du Tourisme de Grande-Bretagne-VisitBritain 
Eurostar :
Paris-Nord/Londres-St-Pancras (à partir de 78€ AR) puis train jusqu’à Brighton (une heure).
 

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