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Les César vus de l’intérieur

Hier soir avait lieu, Salle Pleyel, la 44e Cérémonie des César. L’Officiel y était. Et à son dîner de gala ensuite. Témoignage.
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Pour la 44e fois donc, le tout-cinéma français sélectionné se retrouvait pour son raout annuel, Salle Pleyel, Paris VIIIe. Par crainte d’une poussée de jaunisse ou d’un coup de force barbu, la sécurité avait été renforcée. « Police partout » pour reprendre le laïus néo-gauchiste. Après avoir montré patte blanche et papiers en règles, accès à l’antre de la grande institution musicale parisienne « prêtée » à l’occasion et pour une soirée au « 7eart ». Dans un brouhaha sans nuance, tout le monde y va de sa posture ou de son enthousiasme, les moins intéressés à ce qui les entoure étant ces picoreurs lestés de fragrance naphtaline, celle de leur tenue de gala sortie une fois l’an, qui rageusement font bombance en gardant sans faillir leur avant-poste au buffet. Les autres papillonnent, se congratulent d’être là déjà, s’activent sur twitter, s’inondent de selfies. Une fille en micro-robe dorée vient, cérémonial étrange, saluer à peu près tout les hommes qu’elle peut croiser. Un jeune couple gay à belle plastique - lui smoking noir, lui smoking blanc -, prennent sans le savoir à deux des allures de défilé Pronuptia. Dominique Besnehard, reconverti producteur de série à succès, a le nez in extenso sur son portable. L’équipe de Shéhérazade, elle, éclectique et électrique, traverse le hall à vitesse grand V, menée à la baguette par l’agent du film, l’ubiquiste Hassan Guerrar. Une sonnerie retentit. Adieu champagne et petits fours. Prière d’aller s’asseoir.

Chapeau Redford

Ce qu’il faudra retenir de la cérémonie ? Que Kad Merad a un beau tonus mais que les auteurs des sketchs devraient penser à châtier leur langage et mettre enfin au clou un « esprit Canal » passablement vermoulu. L’aristocratie du cinéma français causant en harengère, cela fait tout de même mauvais genre. Et ce n’est pas par abus de vulgarité qu’on donne un coup de fouet à un événement que beaucoup auront trouvé long, très long. Grosse surprise pour le César d’Alex Lutz dans la catégorie Meilleur acteur qu’absolument personne n’attendait au tournant. Grosse déception pour Guillaume Canet, à deux doigts d’aller se pendre en coulisse, lorsque son pote Gilles Lellouche – une bise envoyée à la volée - se voit siffler sous le nez sa récompense par ce diable d’Audiard fils que la réception d’un prix semble toujours autant ennuyer. Gêne absolue à la remise du César du Meilleur film étranger : personne ne s’est déplacé pour représenter le japonais Kore-eda et son gentillet Une Affaire de famille ! Eddie de Pretto chante du Charles Aznavour, vêtu de jaune poussin. A la fin de « J’me voyais déjà », il prend la pose exacte du maître, en photo géante derrière lui, visiblement très fier de sa prestation. Diane Kruger, dans un hommage minuté, parle de Karl Lagerfeld qui « lui manque déjà beaucoup ». A nous aussi, merci. Chapeau à Robert Redford, César d’honneur 2019, qui, quant à lui, centre son discours sur une chromo personnelle, très « Paris Nostalgie », et fait l’économie d’un topo anti-Trump. Nous ne sommes pas aux Oscars non plus. Mais il ne faut pas pour autant oublier les malheurs du monde – pas ceux des manifestants qui secouent l’Hexagone, sujet ici tabou, presque porno. Alors, pluie de trémolos sur les femmes battues, les enfants grondés, ceux aussi abusés. Force est d’applaudir. Impossible à contrer. Image amusante pour finir. Lorsque MC Merad demande aux récipiendaires des César de monter sur scène pour la « traditionnelle photo de famille », le public s’est déjà rué vers les portes de sortie, affamé et ivre d’un certain ennui. Dehors, le vulgum pecus attend derrière les grilles, ses rêves un peu engourdis par une nuit tendrement fraîche.

Merad, Baer, Baroux...

Au Fouquet’s, les dames honorables à fond de teint chargé ont laissé place à une faune féminine plus jeune, plus gracile, mais qu’accompagnent les mêmes messieurs déjà présents à la cérémonie. Des escouades affairées servent aux meutes mondaines avides un (exquis) menu élaboré par Pierre Gagnaire et, aux cuisines, Bruno Gueret – les deux plus grands artistes, probablement, de la soirée. A sa table, Karin Viard réconforte Clovis Cornillac, son partenaire des Chatouilles, nominé mais pas récompensé. Des son côté, Edouard Baer joue les bourgeois flaubertiens entouré de jolies amazones. Du savoir briller en toute occasion... Kad Merad est arrivé sous les applaudissements. Il est doublement content : sa mission est réussie et son ami Olivier Baroux a reçu un bien inutile « César du public » pour son Les Tuche 3, séance de torture exceptionnelle aux plus de 5 millions d’entrées. L’équipe de Shéhérazade encore, comme gagnée par un mouvement perpétuel, slalome entre les tables, pas ralentie du tout par trois César en poche. Mais voilà que l’énergie s’amoindrit sous les assauts doux et répétés des bons plats et des bons vins et les convives s’enlisent dans un demi-sommeil. Il est plus de deux heures du matin et grand temps de rentrer pour certains. L’ambiance a un parfum de soirée cannoise… privée de cocaïne. « Les César, des Oscar de province ! » ironisait Jean-Paul Belmondo. Pas de question de cracher dans la soupe, mais la formule a toujours le mérite d’être drôle.

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