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Zumi Rosow : “J’absorbe de la musique depuis mon passage dans l’utérus"

Samedi soir à Hollywood, je me pose avec Zumi Rosow. Cette artiste américaine, musicienne, actrice et designer, est depuis peu la muse du nouveau sac Gucci, le Gucci Zumi.
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Bien que je côtoie Zumi depuis de nombreuses années, je me rends compte en préparant l’entretien que je connais très peu de choses sur sa vie. Peut-être parce que chaque fois que nous nous sommes croisées, les soirées étaient probablement trop alcoolosées pour susciter toute tentative de conversation significative. C’est donc vraiment excitant de pouvoir la rencontrer à nouveau dans des circonstances différentes. Plus tôt dans la journée, je la regardais se faire photographier avec la nouvelle collection Gucci dans un éventail de lieux prestigieux ; je veux dire par là : l’entrée de l’autoroute, la vitrine d’un magasin à un dollar et, mon préféré, la devanture du dernier cinéma “pour adultes” de Los Angeles. Quand on regarde Zumi et son physique hiératique, il est difficile de croire qu’elle n’a pas passé toute sa vie à poser. Elle mesure juste 1m80, a des pommettes tranchantes, un mulet sombre à plumes qui tombe sur ses épaules, avec une frange pointue. Il y a quelque chose d’énigmatique dans sa beauté qui va au-delà du non-conventionnel. Elle est beaucoup de choses en même temps : féminine, masculine, complètement frappante, mais toujours délicate, avec son sourire rendu encore plus joli par sa dent ébréchée. Une chose est sûre : elle ne ressemble pas à la Californienne typique. Probablement parce qu’elle n’en est pas une.

Regarder les gens

Grandir à Los Angeles semble avoir simultanément inspiré la créativité de Zumi, tout en la laissant quelque peu désabusée. Elle explique que la notion de célébrité n’a pas de sens pour elle, puisqu’elle a été immergée dans les cercles des riches et célèbres depuis l’enfance. “Los Angeles a altéré ma perception, ce que je ressens lorsque je suis en contact avec des personnes célèbres, comme le fait d’être ‘impressionnée’. Pour moi, ce ne sont que des humains.” Ce même dédain pour la superficialité du show business a rendu Zumi peu encline à poursuivre sa carrière initiale d’actrice, qu’elle avait commencée dès son plus jeune âge. “J’ai toujours voulu être actrice, mais grandir dans cette industrie, observer son fonctionnement, tout cela m’en a dégoûtée, et j’ai cessé de vouloir en faire partie... je ne fétichise pas cette vie.”

Si l’on excepte cet aspect fabrique à paillettes, Zumi parle avec un amour sincère de cette ville et toutes ses bizarreries. “L’immensité de cet endroit vous permet vraiment d’explorer, mais aussi d’être isolée, de créer et d’être créatif, car il y a l’espace pour le faire. Il y a cette solitude ici qui me semble si romantique... J’aimerais juste pouvoir me cacher et travailler.” Elle me dit que, insomniaque depuis toujours, elle passait souvent de longues nuits à regarder des gens, seule, à Canters, un delicatessen mythique ouvert 24h/24 à Fairfax. “Je ne voulais surtout pas aller dormir parce que je voulais être au courant de tout ce qui se passe, voir tout le monde en même temps... Que font-ils ? Que se passe-t-il ?”

Bien qu’elle soit une artiste multidisciplinaire, Zumi est peut-être davantage connue comme saxophoniste dans le groupe de rock d’Atlanta, les Black Lips. “J’absorbe de la musique depuis mon passage dans l’utérus, dit-elle en riant. Quand ma mère était enceinte, mon père [Eugene Rosow] a commencé à réaliser un documentaire sur les racines de la musique afro-cubaine. J’ai donc voyagé dans des endroits comme Cuba, la Bolivie et le Maroc jusqu’à l’âge de 2 ans environ, nourrie par les concerts de musique locale.”

Les vies minuscules

Une fois attrapé le virus de la musique, elle commence par des leçons de piano, suivies de près par le violon, un instrument qu’elle dit avoir essayé parce qu’elle avait le béguin pour Mozart. Mais c’est son professeur de violoncelle qui l’a finalement initiée au saxophone, après qu’elle en ait aperçu un dans son appartement. Elle lui demande de lui apprendre à jouer Summertime de Charlie Parker, un morceau qu’elle a appris et répété au cours des mois qui ont suivi, avant de véritablement prendre des leçons. “Je n’ai jamais été une étudiante très assidue, dit-elle. Je détestais les exercices et répétitions.”

Élève modèle ou non, elle reste dèle au saxophone jusqu’à l'âge adulte, avant de rejoindre le groupe punk new-yorkais des K-Holes. Le groupe partage un membre avec The Black Lips, ce qui amène Zumi à participer avec eux à ce qui était censé être un spectacle unique à Los Angeles; elle les rejoindra nalement spontanément pour le reste de leur tournée américaine. Peu de temps après, elle et le guitariste Cole Alexander tombent fous amoureux, et, en 2017, elle devient membre à part entière de la nouvelle formation des Black Lips. Aujourd’hui, elle et Cole jouent également dans leur propre groupe, Crush.

Avant de devenir musicienne en tournée à plein temps, Zumi passe des années à concevoir et à fabriquer à la main ses propres bijoux. Le soir où je la rencontre, elle porte des couches successives de ses créations : un collier fait à partir de l’os (peint) du bassin d’un rongeur non identifié, et un autre (perlé) fabriqué avec des vertèbres de poisson. Chaque pièce a son histoire, impliquant généralement Zumi fouillant dans une friperie caverneuse qui n’existe plus. Son travail n’a jamais été conçu pour être produit en série, ni même vendu à grande échelle. “Je fabriquais essentiellement des bijoux que je voulais porter moi-même”, dit-elle, soulignant qu’elle ne pourra jamais savoir comment exploiter un site web pour vendre ses bijoux en ligne.

Cette passion des bijoux réside dans son amour profond et sa fascination pour les objets et la collecte de trésors. Zumi, comme moi, est une accumulatrice borderline. “Je trouve des choses qui m’excitent et je les stocke partout. Je pense aux objets comme ayant des vies minuscules, dit-elle. Ils sont comme de petites personnalités pour moi.”

Aujourd’hui, elle a apporté divers bibelots dont elle me parle avec enthousiasme : un beau couteau antique avec une poignée tête de bélier, qui pend dans toutes ses chambres à coucher depuis vingt-cinq ans, une photo de style psychédélique prise par son grand-père, naturellement développée par la saleté (oui, la saleté), et un sac fourre-tout couvert de gribouillis qu’elle a fait enfant.

Bonne graine

Sa mentalité de pie ne pouvait pas mieux correspondre à sa nouvelle fonction de visage pour Gucci, la maison de couture étant désormais reconnue pour ses détails et embellissements complexes à travers leurs vêtements et accessoires, portés à de nouveaux sommets par son directeur créatif (et collectionneur d’antiquités) Alessandro Michele.

La marque l’a d’abord sollicitée pour participer à un défilé, avant de la lancer dans un lookbook réalisé par l’un des héros de Zumi, Harmony Korine. “Tout ce qui concerne le sac est récent, me dit-elle. Vous savez, c’est un peu dingue, j’ai trouvé un journal écrit quand j’étais petite et j’y ai littéralement écrit que je voulais grandir pour épouser un réalisateur européen génial et devenir sa muse.”

Si la partie mariage ne s’est pas réalisée, il est certain que certains éléments sont en place ici. “C’est vraiment drôle, dit-elle pensivement. J’ai 37 ans et je vois maintenant ce rêve, cette graine que j’ai plantée pendant l’enfance... C’est enfin arrivé.”

Billie JD Porter meets Gucci muse Zumi Rosow - JALOUSE

Directed by : Jonathan Mariande
Interview by : Billie Porter
Music by : Pet Fangs
Stylist : Henna Koskinen
Hairstylist : Anna Lyles
Makeup Artist : Olga Pirmatova
Photography by : Jory Lee Cordy
Photographer Assistant : Benjamin Askinas

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