Pop Culture

Bienvenue dans le monde des enfants de stars

by Sophie Rosemont
26.01.2017
Ils commencent de plus en plus jeunes, courtisés par des marques qui voient en eux un nouveau moyen de susciter la curiosité des foules. Bienvenue dans l’univers des enfants de stars, les nouveaux princes du royaume de l’entertainment.

Il vient de devenir roi de France. Qu’importe s’il n’est pas encore âgé de 5 ans, il doit assumer ses responsabilités : Louis xiv rentre dans l’arène du pouvoir. Tous les enfants de célébrités devenus célèbres à leur tour ne sont pas tous des graines de Roi Soleil, mais si l’on retire les considérations historiques et politiques (quoique !), on assiste au même type d’événement aujourd’hui : celui d’un héritier, qui, avec la bénédiction de ses parents, assume ses ascendances et se place sous les feux des projecteurs. Leurs noms ? Lily-Rose Depp, Dylan Penn, Iris Law, Anais Gallagher, Alice Attal, Thylane Blondeau, Nine et Violette d’Urso, Kaia Gerber, Willow et Jaden Smith…

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Il n’y a plus de tabous dans l’entertainment : la progéniture de stars peut, si elle le souhaite, obéir à son destin. De plus en plus jeune de préférence. D’autant plus qu’elle incarne, pour les marques, la transmission, le transgénérationnel, la pérennité. Tout en apportant de la fraîcheur. Comme l’explique Aurore Gorius, coauteure de Fils et fille de (éd. La Découverte), “Ce phénomène se produit dans beaucoup de sphères différentes : économique, politique… et culturelle au sens large, avec la mode. La recherche de la notoriété étant de plus en plus importante, le nom est devenu un patrimoine, transmis de génération en génération. Et nous sommes en pleine période warholienne, tout le monde veut être célèbre ! Y compris les enfants de, qui veulent être aussi connus que leurs parents, voire plus. Et cela peut s’avérer très facile. Qui résisterait à cela ?” À l’image des charges de l’Ancien Régime, on se transmettrait aujourd’hui un métier : celui de star. Option acteur, chanteur, mannequin… ou les trois à la fois !

Cependant, si certains ont très vite su prendre la pose sous la protection rapprochée de leurs parents, comme Thylane Blondeau (fille de Véwronika Loubry et Patrick Blondeau) qui posaient pour Jean Paul Gaultier dès 4 ans, d’autres ont été soigneusement cachés des paparazzis jusqu’à l’âge requis pour leur présentation au monde. Soudainement, ils deviennent surexposés et leur charisme fait le reste du travail. “Ils ont été suivis par les médias depuis leur naissance, comme l’étaient jadis les familles royales. Leurs premiers pas, leur baptême, leur premier amour, leur rupture…”, commente la coauteure de Fils et Filles de, Anne-Noémie Dorion.

Un bal de débutantes version moderne

Le cas le plus parlant d’intronisation est la première sortie officielle de Lily-Rose Depp lors du défilé Métiers d’art de Chanel qui se tenait le 31 mars 2015 à New York. “Sa mère lui a laissé la vedette lors du photocall, se souvient Anne-Noémie Dorion. Sur le podium, défilait une vision aristocratique de la mode inspirée de la cour autrichienne et dans le public se trouvaient une multitude d’‘enfants de’ (Tali Lennox, Lily Collins, Dylan Penn, Dakota Johnson, les filles d’Andie MacDowell). C’était un bal de débutantes version moderne où l’on reprend les rites monarchiques. Du jour au lendemain, le compte Instagram de Lily-Rose a connu une démultiplication du nombre de ses followers.”

Aujourd’hui, elle en compte 1,2 million, un chiffre impressionnant pour son jeune âge – 16 ans. Après deux apparitions dans des films où joue son père, elle tient un véritable grand rôle dans Planetarium, le prochain Rebecca Zlotowski, avec Natalie Portman. Côté mode, elle a épaté lors de la campagne Perles de Chanel l’été dernier. “Les grands couturiers comme Karl Lagerfeld aiment prendre des égéries très jeunes afin de s’approprier l’aura du père ou de la mère. L’avantage de Lily-Rose, c’est qu’il y a les deux !”, souligne Aurore Gorius. En couverture du dernier numéro de Love, elle apparaît magnétique : bouche soulignée de fuchsia, yeux recouverts de turquoise et de jaune… Avec ses amies Stella Maxwell et Bella Hadid et ses mises en scène sur les réseaux sociaux, elle semble s’amuser beaucoup tout en tenant des discours assez responsables à la presse. 

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On ne peut pas en dire autant de Willow et Jaden Smith, dont les parents Will Smith et Jada Pinkett Smith assument le fait que leur progéniture se comporte comme des mini-stars. À eux de prendre le relais, et tant pis si leur immaturité et leur déconnexion de toute réalité leur permettent de tenir des propos parfois délirants (ils écrivent leurs propres livres, ils n’ont pas besoin d’aller à l’école, etc.). Lorsqu’en plus du nom, son prénom est calqué sur celui de papa ou maman, comment ne pas adosser, dès l’âge de rentrer au CP, son rôle de célébrité ? Ainsi, ils passent de la mode à la musique sans complexes, affichent au compteur d’Instagram 2,5 millions de followers (pour Jaden, également ex de Kylie Jenner) et 1 million (pour la petite Willow). Forts de ce personal branding que manient à la perfection les “fils de”, ils ont été consacrés Meilleure jeune star aux BET Awards en 2011 – ex æquo !

Les photos de famille sur Instagram

Certes, les enfants stars ont toujours existé, de Shirley Temple à Brooke Shields en passant par Jodie Foster. Mais aujourd’hui, ils ne sortent plus de nulle part. En France, on a connu le phénomène Charlotte Gainsbourg, Chiara Mastroianni et Romane Bohringer, qui restaient cependant dans une attitude low-profile, voire embarrassée face à leurs parents si connus. En 2015, tout s’assume. Grâce aux réseaux sociaux, et particulièrement à Instagram, les fils et filles de célébrités exposent des photos de famille, un pedigree dont ils estiment ne pas avoir à se cacher. Iris Law, 15 ans et 14000 followers sur Instagram, poste des photos de l’époque où ses parents, Sadie Frost et Jude Law, étaient encore mariés. Lottie Moss, 47000 followers, 18 ans, s’attendrit sur des photos de sa grande demi-sœur Kate. Immy Waterhouse, 18 ans, 61000 followers, ne cache pas sa complicité avec sa grande sœur Suki et sa cadette Charlie, qui, à 15 ans, semble bien partie pour marcher dans les pas de la fratrie.

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Anais Gallagher, 15 ans, n’hésite pas à partager avec ses 60000 followers des photos de papa Noel Gallagher et de maman Meg Mathews. On remarque qu’elle a choisi (pour l’instant) la carrière de mannequin plutôt que de musicienne. Outre le fait que même son rockeur de père ne lui reconnaissait pas un penchant particulier pour le rock’n’roll, la mode est un terrain de jeu plus accessible – ce que confirme Aurore Gorius : “Quand on n’a pas encore de talent bien défini, surtout à cet âge-là, poser ou défiler est plus simple, cela demande moins de savoir-faire que d’être acteur.” Quitte à changer plus tard de fusil d’épaule… Ce qu’a fait Dylan Penn (24 ans, 18000 followers) qui, après des études à New York, une campagne pour Gap et un flirt avec Robert Pattinson, a tourné dans deux films – affaire à suivre. Idem pour Mamie et Grace Gummer, filles de Meryl Streep (31 ans et 28 ans) qui ont choisi les planches après, pour l’aînée, une collaboration avec Gerard Darel. La troisième sœur, Louisa (23 ans), en revanche, est mannequin chez IMG… Car la mode est aussi plus proche des préoccupations de jeunes femmes comme Georgia May Jagger ou Ireland Baldwin qui, à 20 ans, a déjà posé pour un september issue du Elle américain.

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Attention cependant à la gent masculine : les Patrick Arnold Schwarzenegger (22 ans), Rafferty Law (19 ans) et autres Dylan Brosnan (19 ans) semblent particulièrement bien capter la lumière des sunlights… À l’instar de Gabriel-Kane Day-Lewis (20 ans), lui détenteur d’un double ADN qui lui a offert front-rows et podiums des défilés les plus courus. Car, quel que soit le sexe ou l’âge, “avec l’industrialisation de la culture, le nom est devenu une marque”, comme le conclut Anne-Noémie Dorion. Une marque très recherchée.

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