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La bande-annonce du prochain Wes Anderson vient d'être dévoilée

Francophile, Wes Anderson finissait en avril 2019, le tournage de son film “The French Dispatch” à Angoulême. La sortie du trailer mercredi 12 février est l’occasion idéale de revenir sur l’amour fou du cinéaste pour Saint-Germain-des-Prés, François Truffaut ou Jacques Cousteau.
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En janvier 2019 paraissait une annonce un brin surréaliste dans Le Figaro: “Wes Anderson recherche d’urgence des Simca 1000 et des Peugeot 404 pour son prochain film.” Un des réalisateurs les plus aimés au monde piste donc des voitures emblématiques des Trente Glorieuses, pas pour son plaisir – bien qu’il soit esthète – mais pour les maquiller en voitures de police pour le tournage de son prochain film qui a eu lieu en février à... Angoulême. Tout cela fleure déjà bon la Nouvelle Vague, le cinéma des sixties-seventies, cette province immortalisée par Jacques Tati, Claude Sautet ou Louis Malle. Quelques jours plus tard, des posts font surface sur Facebook : “Edward Norton qui fume une clope sur le quai de la gare d’Angoulême. Tu me crois pas c’est pareil”, suivi bientôt de “Owen Wilson aperçu place Saint-Projet à Bordeaux”. Dépaysement garanti. On ne sait plus très bien si ce sont les habitants qui sont les plus interloqués de voir débarquer des icônes de Hollywood au beau milieu de leur quotidien ou les acteurs de se retrouver délocalisés en Charente. On imagine le casting cinq étoiles en train de se restaurer tranquillement à la cantine du lycée Guez-de-Balzac, près du centre-ville... Les années lycée n’auront jamais été aussi sexy, car Dieu sait que la liste des comédiens enrôlés fait rêver : Saoirse Ronan, Timothée Chalamet, Bill Murray, Jason Schwartzman, Jeffrey Wright, Benicio Del Toro, Tilda Swinton, Willem Dafoe, Adrien Brody, Owen Wilson, Frances McDormand ou encore Henry Winkler (le Fonzie de Happy Days!). Wes Anderson fait aussi très fort avec les acteurs francophones engagés : Léa Seydoux, Cécile de France, Mathieu Amalric, Lyna Khoudri, Denis Ménochet, Guillaume Gallienne, Vincent Macaigne, Félix Moati et Stéphane Bak. Une rumeur se répand : The French Dispatch serait une comédie musicale. Démenti du réalisateur lui-même quelques jours plus tard; la production ajoute que le film serait “une lettre d’amour aux journalistes – ici des correspondants à Paris pour un journal américain – autour de trois histoires différentes.

IDOLES NATIONALES

Dans ses précédents films, Wes Anderson a multiplié les hommages discrets à la France, un pays qui le fascine depuis toujours : dans Rushmore, l’anti-héros est président du club de français de son lycée; Margot Tenenbaum, de la famille du même nom, elle, s’enfuit brièvement à Paris pour vivre une passion folle pas loin de la tour Eiffel; Les Champs-Élysées de Joe Dassin clôture Darjeeling Limited. Et, bien sûr, l’océanographe Steve Zissou, héros de La Vie aquatique, est un alter ego de Jacques Cousteau, une des idoles de Wes Anderson qui lisait ses livres enfant et dont il dit “c’était un géant”. Le réalisateur parsème aussi ses films d’allusions à son photographe favori, Jacques-Henri Lartigue, qui a saisi toute l’énergie candide de ses amis sur la Riviera pendant l’entre-deux-guerres. Depuis 2005, Wes Anderson vit une grande partie du temps à Paris entre Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés. Et malgré tout cela, à l’exception du court-métrage  Hotel Chevalier, tourné à l’hôtel Raphael avec Natalie Portman et Jason Schwartzman en 2007, The French Dispatch (le dixième long-métrage du réalisateur) sera le premier qui se déroule en France. Pour ce Texan né à Houston, notre pays s’est vite gravé dans son esprit comme un endroit aussi exotique qu’inaccessible. Étudiant, il découvre la Nouvelle Vague, ses rebelles magnifiques, si loin, si proches. Un choc séminal pour lui et son acolyte de toujours, Owen Wilson, comme il l’explique dans les bonus Criterion de son premier long-métrage Bottle Rocket (1996): “On a essayé de savoir à quelle école de cinéma nous appartenions, et c’était les films français, ceux de Louis Malle et François Truffaut, ainsi que leurs maîtres Jean Vigo et Jean Renoir.”

REBELLE UN JOUR, REBELLE TOUJOURS

Le premier film de Truffaut qu’il voit à 16-17 ans sera Les Quatre-Cents Coups, découvert dans un vidéoclub à l’époque des cassettes VHS. Ce film produit en lui un électrochoc, comme celui que des musiciens débutants peuvent ressentir devant un concert du Velvet Underground ou des Sex Pistols (la légende dit d’ailleurs que tous ceux qui l’ont vécu ont plus tard fondé un groupe). “Ce film m’a fait le genre d’impression que peut faire un groupe de rock, un de ces films dont vous dites: non seulement j’ai aimé cette expérience, mais maintenant je pense que j’aimerais aussi fonder mon avenir là-dessus d’une certaine manière.” De fait, en recréant avec un soin maniaque un monde très arti ciel avec des thèmes universels comme le passage de l’enfance à l’âge adulte, la révolte plus ou moins sage, la disparition ou le manque affectif, il a suivi de près cette règle énoncée par François Truffaut : “Le cinéma est un mélange parfait de vérité et de spectacle.” Pour The French Dispatch, les images volées du tournage nous montrent des décors des années 1960 avec des enseignes de magasins vintage, des réclames collées au mur et l’architecture irrégulière de la vieille ville d’Angoulême avec sa cathédrale romane en pierres blanches, ses ruelles sinueuses, ses remparts et ses escaliers. Une ville française presque sortie d’une carte postale d’époque. On y voit aussi des policiers avec leurs capes noires, peut-être l’indice d’un côté polar, encore jamais abordé par Anderson. En mars, Mathieu Amalric a d’ailleurs révélé que son personnage était inspiré par l’enquêteur joué par Louis Jouvet dans Quai des Orfèvres d’Henri-Georges Clouzot (1947). On pense aussi à l’Antoine Doinel de Baisers volés (1968) qui devient un détective pas très doué, ou à Tirez sur le pianiste, toujours de Truffaut (1960), où un pianiste de bar timide s’embrouille avec des gangsters. Comme Wes le remarquait : “Il n’y a pas beaucoup de vrais méchants dans les films de Truffaut, même dans Tirez sur le pianiste les méchants sont très sympathiques. C’est leur truc.” Suivant aussi ce principe, comme à son habitude, Wes Anderson mettra sûrement de la légèreté dans la noirceur, avec une certaine nonchalance et aussi beaucoup d’empathie. Selon une des phrases les plus fameuses de Truffaut, “on ne filme bien que ce qu’on aime”, on peut dès lors parier que Wes Anderson saura saisir au vol tout cet esprit français qu’il adore.

 

La date de sortie du film a été confirmée le 30 janvier 2020 par Timothée Chalamet sur son Instagram. The French Dispatch est prévu dans les salles obscures le 24 juillet 2020. 

THE FRENCH DISPATCH | Official Trailer

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