Pop Culture

Rencontre avec Phoenix

Avec l’album “Ti Amo”, insouciant et radieux, le groupe rend hommage à une Italie romantique, fantasmée, entre glaces à la pistache et balades en Vespa… Rencontre à la Gaîté Lyrique, où les Versaillais ont conçu ces chansons parfaites pour l’été.
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De gauche à droite, Christian Mazzalai, Laurent Brancowitz, Thomas Mars et Deck d’Arcy.
“La musique, c’est la seule façon d’avoir encore ces émotions qu’on avait pendant l’adolescence. Mon déclic, mon moment ‘Rosebud’, ça a été Prince, quand j’avais 7 ans.” Thomas Mars

Êtes-vous étonnés d’avoir créé une musique aussi nonchalante et enjouée alors que la France traversait une période aussi tendue ?

Christian Mazzalai (guitare) 
: On s’est en effet surpris à faire une musique légère, et on a réalisé après coup que c’était peut-être un moyen de rechercher, inconsciemment, une sorte de paradis perdu.
Laurent Brancowitz (guitare, claviers)  : Les périodes sombres peuvent produire des œuvres assez gaies. Ce n’était pas du tout calculé  : on ouvre le robinet, on produit une musique de qualité très variable, et on trie. Mais on ne contrôle pas ce qui sort.

 

 

Vous prenez pour thème principal l’Italie, dans une vision fantasmée plutôt que réaliste…

L.B. : Ce qui est beau, c’est ce fantasme. Mais derrière ce rêve ensoleillé, il y a la mélancolie de savoir que ça n’existe pas. Thomas Mars (chant) : C’est une vision imparfaite, mais on aime les imperfections. La chanson Fior Di Latte a été notre point de départ. On savait que le titre était irremplaçable et il évoquait beaucoup de choses qui nous parlaient. C.M.  : Ensuite, c’était incontrôlable.
T.M. : Le fait que ça soit notre sixième album nous donne une liberté. On fait ce qu’on veut, même chanter dans trois langues.

 

 

Thomas, tu chantes en italien sur plusieurs morceaux de Ti Amo. D’où vient cette idée ?

T.M.  :
C’est venu naturellement.
C.M.  : C’est un peu comme le fait de chanter en anglais quand on est adolescent. On ne s’est même pas posé la question. Certains passages ne marchaient qu’en italien !
T.M.  : En général, il y a un bout de musique qui va avec une émotion ou avec un mot, et on se rattache à ça. C’est la fondation du morceau.
C.M. : Sur cet album, je crois qu’on cherchait cette première émotion. On a essayé de capter ces premières idées. Ça nous a demandé énormément de travail pour donner un résultat qui paraît simple  : à peu près une année de création et deux années de travail pour garder ce côté instantané. C’est paradoxal, mais c’était essentiel.

 

 

Vous arrive-t-il encore de flasher sur de nouvelles chansons ou sur de nouveaux artistes ?

T.M.  :
Tout le temps ! La musique, c’est la seule façon d’avoir encore ces émotions qu’on avait pendant l’adolescence. Mon déclic, mon moment “Rosebud”, ça a été Prince, quand j’avais 7 ans.
C.M. : Pour moi, c’était Michael Jackson avec Thriller, que j’avais eu à Noël, ou plus tard le Velvet Underground, quand j’étais en quatrième. Je me rappelle aussi la première fois que j’ai écouté Isn’t Anything de My Bloody Valentine, grâce à mon frère (Laurent Branco­ witz). Je croyais que notre chaîne hifi avait un problème, mais mon frère m’a dit que tout était normal, que le groupe avait voulu faire ça ! Ce sont des moments précieux. Il suffit de peu de choses, d’une seule chanson qu’on peut écouter pendant un an, ou d’un concert. On a, par exemple, vu une performance fantastique des Dirty Projectors.
T.M.  : C’est agréable de jouer dans des festivals pour cette raison. Il y a un côté “camarades de promo” quand on tourne en même temps que certains groupes, et qu’on se croise à tous les festivals partout dans le monde.

 

 

Comment vous sentez-vous quand vous jouez ces nouvelles chansons ? T.M.  : Trop bien !
C.M.  : Normalement, on est plus stressés que ça, mais là on est incroyablement détendus.
T.M. : La scène, c’est comme une addiction. C’est une vie rêvée, quelque part. C’est ultra intense, on a plus de souvenirs en une semaine de tournée qu’en trois ans de préparation d’album. C.M. : Ces deux vies opposées se nourrissent. Être chaque jour dans une nouvelle ville, c’est assez indescriptible. Ça donne des journées avec une tension qui monte jusqu’au concert le soir.
T.M.  : Ça nous permet aussi de faire de belles rencontres. On est toujours soit en tournée, soit en studio…
C.M. : Il y a beaucoup de groupes qui sont très fainéants en tournée. Ça peut être une vie assez minable. Nous, nous mettons un point d’honneur à avoir une vie fantastique en tournée, à profiter pleinement de chaque ville, pour visiter et pour apprendre.

Album Ti Amo (Warner). Concerts : le 30 juin au festival Garorock, le 8 juillet au festival Beauregard, le 9 aux Eurockéennes de Belfort, le 13 au festival Musilac, le 14 aux Vieilles Charrues, le 5 août au festival Lunallena et le 29 septembre à Paris (AccorHotels Arena).
wearephoenix.com

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