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Pourquoi tout le monde parle de Lous and The Yakuza

Nouvel ovni débarqué de la galaxie bruxelloise, Lous and The Yakuza, 22 ans, aligne un flow à son image : généreux, vif...et ubiquiste. "Dilemme", son premier titre/clip le prouve.
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Photographie : Ronald Bellugeon

Quelle est la première chanson que vous ayez écoutée ?

L'Ave Maria de Schubert, sur un CD de Noël. Mon père écoutait énormément de musique classique. L'harmonie m'a percutée : aujourd'hui, je sais que ça s'appelle comme ça, mais à l'époque je ne le savais pas ! Je l'ai chanté en boucle pendant des années. 

Et la première chanson que vous ayez interprétée ? 

Je chante... depuis aussi longtemps que je me souvienne. Enfant, je chantais très très mal, mais je chantais (rires) ! J'ai sincèrement du mal à me souvenir d'un jour où je n'aurais pas entonné une chanson. 

Pourquoi "Lous and the Yakuza" ? 

Lous, c'est le verlan de "soul". Mes copines de l'internat, quand j'avais 17 ans, me tannaient pour trouver un pseudo. Je faisais de la soul, à l'époque. J'ai rajouté "and the Yakuza" quelques mois plus tard, pour donner du crédit à tous les gens qui travaillaient et qui travaillent avec moi, que ce soit un batteur, un choriste, un producteur, un arrangeur, un régisseur, un maquilleur, un styliste... Je n'aime pas m'approprier le crédit qui ne m'appartient pas. 

Vous avez eu une vie avant "Dilemme"...

Toute ma vie, je me suis dis que je n'étais pas prête à faire un album. J'ai donc fait des EP : sept, pour être exacte. Je grandissais, j'évoluais... De cette phase d'expérimentation est née l'envie, un jour, de faire un album. Je savais qu'il fallait que j'ai de la matière pour faire un beau produit. J'ai cru, sans prétention bien évidemment, avoir assez d'histoires à raconter. Un album, c'est un projet de vie : plus seulement de l'ordre de l'instant mais de l'éternité.

Si vous deviez ranger votre travail dans une "case", l'affilier à un genre musical, ce serait ?

La folk japonaise ! Sérieusement, j'espère faire de la musique aussi émotionnelle que l'est la folk japonaise. 

Vous chantez, vous dansez, vous posez comme mannequin, vous dessinez, même... Cette transversalité, vous la revendiquez ?

Je suis un être artistique, ça c'est sûr. J'aime écrire des nouvelles, je dessine des mangas, des BD...  La musique, en revanche, c'est quelque chose que je ne sais pas faire de temps en temps. Je dors en musique. Il n'y a jamais un moment où elle me dérange. Faire une chanson, c'est faire communier trois arts : composition, écriture et interprétation.

Vous venez de Bruxelles, mais vous êtes née au Congo... 

J'ai eu la chance d'avoir des parents qui se sont beaucoup sacrifiés pour que leurs enfants aient une culture générale, puissent voyager, rencontrer d'autres personnes, être ouverts d'esprits... Entre la Belgique, le Rwanda où j'ai passé plusieurs années de ma vie et le Congo, on a grandi dans des sociétés radicalement opposées. 

C'est aussi le sujet de "Dilemme", votre premier titre...

Le pitch de base, c'était : "Je suis la perle parmi les pierres et la pierre parmi les perles." Quand tu grandis dans le ghetto et que tu as un talent, c'est très cliché mais tout le monde place son espoir en toi. Alors il y a "le noir qui fait du foot", "le noir qui fait du basket", "la noire qui chante"... Et puis, grâce à ton travail, tu atterris dans un monde à des années lumière. Là où tu étais la perle, tu deviens la pierre. La chanson parle de l'opposition entre différentes facettes de ma personnalité, de ma vie mais aussi de la société.

Perle ou pierre : si vous pouviez vous réincarner en quelque chose, ce serait ?

Un livre ! Quartier lointain, de Jirō Taniguchi. J'ai lu des milliards de mangas et c'est le livre qui m'a le plus touchée. Pourtant, il ne raconte rien d'extraordinaire, juste une histoire très calme... Il en émane une telle nostalgie ! Voilà ce que j'ai envie de faire avec ma musique : faire ressentir quelque chose aux gens. 

Lous and The Yakuza - Dilemme (Clip officiel)

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