Pop Culture

Pourquoi la mode s'habille comme une mamie

by Mathilde Berthier
08.01.2017
Vent de désuétude sur les podiums, où chacune pioche frénétiquement dans l’armoire de sa grand-mère. Robes-tabliers et blouses liberty fleurent bon la naphtaline et les années 1950. Mais pourquoi ce regain soudain d’intérêt pour le « vieillot » ? La réponse ici.
Manies de mamie

Si la mode était un conte de Perrault, la mère-grand volerait la vedette au petit chaperon rouge… enfin presque. Chez Gucci, la désuétude branchée, fer de lance d’Alessandro Michele, repose sur un mélange de tics franchement passés de mode et de codes modernes. Les robes-chasubles montrent ce qu’il ne faudrait pas voir, les cols Claudine miment le trompe-l’œil, et les imprimés rococo prennent le pli du glitter. Michele oscille entre les générations, sans jamais verser dans le cliché. Et depuis quelques saisons, la jupe midi détrône la jupe mini, le chemisier se boutonne à tout prix et les lunettes font dans le double foyer. 

En beauté aussi, le bol Mireille Mathieu investit les bars branchés, et le blush bannit le nude. Passé le flagship Gucci, c’est vers les friperies que tout le monde se tourne, pour dénicher la blouse à jabots que « mamie gâteaux » arborait dans les années 1950, à l’heure du baby boom. En 2016, l’icône de « Je sais cuisiner » est bien plus fun que la dadame en tailleur Chanel tout droit sortie du 16e. Avec une bonne dose de second degré.

Conter fleurette

Après plusieurs saisons d’orchidées géantes façon mai 1968, les créateurs abusent de la mini-pâquerette à peine fleurie. Celle du napperon de votre maison de campagne, ou du tablier acheté par votre grande-tante dans les années 1960. Le nouveau chic flirte avec le kitsch et les papes du moment abusent du liberty et de ses déclinaisons : chez Vetements, Demna Gvasalia et ses acolytes imaginent des cuissardes en cuir ou en velours à motif jachère. Les robes-chemises à manches trop longues et les tabliers fleurissent sous une nuée de roses aux couleurs vieillies.

Même manie chez Coach, à New York, où Stuart Vevers semble avoir remonté le temps, bercé par des souvenirs d’enfance sans doute. Les tournesols de Van Gogh recouvrent les jupons seventies et les bombers Ivy League. Pas de fleurs chez Prada, mais des rayures Le Corbusier associées à du Prince de Galles. L’ensemble se décline sur des pièces longtemps reléguées à la cuisine, voir au grenier. Robes-tabliers transparentes, débardeurs en maille et tailleurs midi s’acoquinent de pendants d’oreilles sphériques et de rouge à lèvres néon. Mamie aussi voyage dans le futur.

Crédits photos de haut en bas :
défilé Gucci printemps-été 2016,
défilé Vetements printemps-été 2016.

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