Pop Culture

Pourquoi Temples nous obsède

by Sophie Rosemont
12.03.2017
Avec leur brillant second album, les quatre garçons de Temples prouvent qu’ils sont les nouveaux gardiens du sanctuaire de la pop psychédélique.

Texte par Sophie Rosemont

Paris, un soir de décembre 2016 au Point éphémère. La salle est bondée. Apparaît soudain, sur un riff prolongé, une touffe de cheveux bouclés, une veste lamée. Il s'agit de James Bagshaw, sosie troublant de Marc Bolan. Il tient le micro comme une guitare, ses yeux clairs n'osent pas se poser sur le premier rang. Depuis ses débuts, il y a quelques années, sa timidité a été maîtrisée; elle n'est pas encore effacée... À ses côtés, la coiffure noire et lisse du bassiste Tom Warmsley. T. Rex, The Byrds, Pink Floyd et The Kinks réunis en un seul groupe? Le rêve est devenu réalité pour qui pleure une époque désormais lointaine. Volcano, le nouvel album de Temples, est une merveille sonore kaléidoscopique, qui propulse dans les clubs enfumés du Swinging London, entre une paire de Chelsea boots et une chemise à jabots. Attention cependant, pas de pâle redite au programme. 

"Dès la sixième, nous avons passé tout notre temps ensemble, à écouter les Beatles ou les Doors"

Musiciens accomplis, mélodistes hors pair, les quatre membres de Temples font preuve d'une réelle dextérité quand il s'agit de triturer le son sixties, faire naître des boucles de guitares ou de synthés hypnotiques et de bousculer les frontières entre pop et rock. Faisons les présentations: James Bagshaw est le meilleur ami de Tom Warmsley depuis plus de dix ans. Ils se sont rencontrés dans leur ville natale, Kettering, nichée dans la verdure des Midlands de l'Est. "Dès la sixième, nous avons passé tout notre temps ensemble, à écouter les Beatles ou les Doors, raconte James. Nous avons commencé à faire de la musique chacun de notre côté, dans des petits groupes amateurs, et c'est à la fac que nous avons décidé de monter un projet ensemble." 

En hommage à leurs lectures sous influence psyché, de Timothy Leary à Aldous Huxley, ils le baptisent Temples. Ils recrutent un guitariste, Adam Smith, et le batteur Sam Toms. Très vite, on les repère et, malgré les roucoulades de maisons de disques très installées, Temples signe chez un label indépendant, Heavenly, afin de ne pas être "dévoré par les rouages de l'industrie de la musique". Pourtant, celle-ci s'émeut devant les silhouettes longilignes de ces quatre nouveaux garçons dans le vent, menés par un chanteur aussi beau que perfectionniste, dont la vulnérabilité perce à travers ses gris-gris indiens et ses fourrures post-hippies. Un vrai style, et non une pose. Le premier album de Temples, Sun Structures, voit le jour en 2014. Noel Gallagher, Johnny Marr, Robert Wyatt et même les Rolling Stones (dont Temples assure la première partie lors du légendaire concert à Hyde Park, en 2013) tombent sous le charme de cette musique du passé cuisinée à la sauce d'aujourd'hui.

Au-delà des critiques dithyrambiques, les ventes suivent. "Jamais nous n'aurions pu imaginer un tel accueil, un tel soutien, nous nous sentons très chanceux car nous venons vraiment de nulle part... Or rien n'est jamais gagné : tous les jours, nous prions pour que cela dure !" dit en souriant Tom. Au terme d'une longue tournée internationale, le quatuor décide de faire une pause salvatrice puis se retrouve en studio pour élaborer Volcano. Douze morceaux irrésistibles, tour à tour sombres et multicolores, romantiques et hédonistes, complexes et instantanés.

 

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"L'image est très importante pour nous, elle peut donner d'autres significations au son, d'autres ouvertures émotionnelles"

Un rock'n'roll multi-facettes, fruit d'un travail collectif d'où les idées jaillissent comme d'un volcan en éruption... La pochette épouse l'état d'esprit résolument progressif du groupe: on y voit une clef repliée sur elle-même, pénétrant le verrou censé la retenir prisonnière... ou la libérer? "L'image est très importante pour nous, commente James, car elle peut donner d'autres significations au son, d'autres ouvertures émotionnelles. Cette clef permet de cultiver cette idée que l'on peut être transporté ailleurs grâce à la musique. C'est ce que nous pensons sincèrement. Il faut ouvrir son esprit, se laisser guider... Et pas besoin de drogues pour cela !" Le trip psychédélique, dans ce qu'il a de plus fascinant et positif. Prêts à décoller? 

"Volcano", Temples (Heavenly).

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