Pop Culture

Les plus belles scènes nocturnes du cinéma

by Juliette Michaud
13.03.2017
Les films qui immortalisent le mieux les ténèbres sur grand écran? Pour certains, c’est un Wong Kar-wai, pour d’autres un Jim Jarmusch ou un Michael Mann... trop d’images, de scènes cultes se bousculent. Voici notre sélection, forcément subjective.

Texte par Juliette Michaud

Des larmes dans la pluie
Blade Runner, de Ridley Scott (1982)

Parce que son esthétique bleutée, qui réunissait les univers de la nuit éclairée au néon, de la science-fiction et de la ville de Metropolis, comme un hommage, est devenue la référence du genre. Parce que les dialogues (“Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie”) et le casting sont cultes : Harrison Ford en détective néo-Marlowe et Sean Young en femme fatale rétro-futuriste, Rutger Hauer, punk rock bondissante, et Daryl Hannah en replicants émouvants, sans oublier une Joanna Cassidy à reptile et trench transparent. En adaptant le visionnaire Philip K. Dick, Ridley Scott, chef de le du nouveau cinéma anglais, allait influencer tous les réalisateurs à venir, jusqu’à Gaspar Noé pour les scènes tokyoïtes nocturnes d’Enter the Void. En octobre sort la suite : Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, avec Ryan Gosling et Harrison Ford, qui reprend du service. Carrément. 

Coup de foudre
Scarface, de Brian de Palma (1983)

Non, ce remake du classique de gangster ne figure pas dans notre cinémathèque nocturne pour sa sombre violence, mais parce que la scène de drague et de danse entre Al Pacino et Michelle Pfeiffer au Babylon Club, sur She's on Fire (!), leur attraction-répulsion, ses mauvaises manières à lui, la façon qu'elle a, bien avant Uma Thurman dans Pulp Fiction, de "se poudrer le nez" donnent envie de s'encanailler ! Quand on pense qu'Al Pacino-Tony Montana ne voulait pas de Michelle Pfeiffer, nouvelle venue de 25 ans, pour jouer la femme du boss, lui préférant Glenn Close ! On ne le croirait jamais, quand il la regarde arriver en ascenseur, le carré blond parfait, telle une déesse en robe légère de satin. De quoi ne plus fermer l'oeil de la nuit. 

Redevenir enfant
E.T. l'extra-terrestre, de Steven Spielberg (1982)

Le premier plan du film balaye un ciel étoilé si clair qu'on a l'impression de pouvoir toucher les galaxies. La caméra descend sur Terre... où l'on découvre E.T., oublié par son vaisseau spatial. C'est parti pour presque deux heures d'un enchantement qui nous a toutes et tous marqués à jamais, et qui culmine lorsque Elliot, joué par le petit Henry Thomas, s'envole à vélo avec E.T. dans son panier et passe en pédalant devant la lune au son de la merveilleuse musique de John Williams. À cet instant, on défie quiconque de retenir son émotion. Cette image si poétique est devenue le logo d'Amblin Entertainment, la société de production de Steven Spielberg. 

L.A. très très confidentiel
Mulholland Drive, de David Lynch (2001)

Parce que la nuit abrite la peur et que, au-delà des passages inquiétants de Twin Peaks, Blue Velvet ou encore Lost Highway, Mulholland Drive est le film le plus paranoïaque de David Lynch. À deux heures du matin, Rita, la brune, amnésique, se souvient du nom d'un théâtre, le Silencio, et y entraîne Betty, la blonde, même si les deux n'en font qu'une. À la fin du spectacle, une boîte bleue est tendue à Rita. Elle détient justement une mystérieuse clef bleue. Le Silencio est si culte qu'il a donné son nom à un club parisien, conçu par David Lynch, rue Montmartre. Fiction et réalité. Nuit et cinéma. 

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Des Larmes dans la pluie.
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Scarface.
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E.T. l'extra terrestre.
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Mullholland Drive.
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After Hours.
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La Dolce Vita
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T2 Trainspotting.
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La nuit nous appartient.

Dix ans après
After Hours, de Martin Scorsese (1985)

S'il y a bien une comédie noire digne d'une nuit blanche, c'est ce désopilant cauchemar filmé en quatrième vitesse par un Scorsese qui connaissait lui-même un véritable chemin de croix pour tourner La Dernière Tentation du Christ (sorti en 1988). Dix ans après Taxi Driver, After Hours est le portrait loufoque d'un New York by night qui n'existe plus, celui du Soho des artistes déjantés vivant dans les lofts, des rues pavées de sacs d'ordures qui s'amoncellent, où on finit dans un club punk rock, tonsure Mohawk de rigueur. Griffin Dunne, jeune cadre victime de la société matérialiste des années 1980, est embringué dans ce trou en commençant par perdre son billet de vingt dollars dans le taxi qui l'emmène vers la très névrotique Rosanna Arquette... L'année suivante, un autre cinéphile fiévreux, Bertrand Tavernier, signait sa virée noctambule : Autour de minuit. 

Marcello, Marcello
La Dolce Vita, de Federico Fellini (1960)

Parce que rien ne dit "cinéma" et "dérives nocturnes" comme ce chef-d'oeuvre du maître de l'onirisme, qui suit les déambulations noctambules le long de la Via Veneto d'un échotier romain accro aux people. C'est décadent et existentiel juste comme il faut, tellement moderne. Et qui n'a pas été tenté de faire comme Anita Ekberg après une nuit un peu trop arro-sée, de prendre un bain de minuit dans une fontaine, Trevi ou pas, et de susurrer "Marcello" à son Mastroianni d'un soir? Tourné trois ans avant Huit et demi, son compagnon de nuit, La Dolce Vita est une invitation à se perdre pour mieux se retrouver. Tout ce qu'on aime au cinéma.

Night-clubbing
T2 Trainspotting, de Danny Boyle (sortie le 1er mars)

Ce que l'on sait de la suite très attendue du film culte de Danny Boyle, c'est qu'ils sont tous de retour, les mêmes, vingt ans plus tard ! Vous vous souvenez de la scène de night-club avec Ewan McGregor qui trépigne pour trouver une fille tandis que Jonny Lee Miller glisse avec la langue un ecsta dans la bouche d'une blonde? Selon Ewan, rencontré au festival de Toronto, "on a dans T2 une scène de club encore plus mémorable: ce que préfère Danny Boyle, c'est le tempo et le besoin des gens de faire la fête la nuit, quel que soit leur âge". La bande-son sera aussi mythique: versions remixées par Prodigy de tubes d'Iggy Pop, Blondie, Queen, Run DMC, The Clash, Wolf Alice, Fat White Family, Frankie Goes to Hollywood, etc. Hâte ! 

Tourment et subversion
La nuit nous appartient, de James Gray (2007)

Le film s'ouvre par d'éblouissants plans d'ensemble dans un club disco où les gens dansent sur Blondie, doublés d'une scène de sexe anthologique entre le manager de la boîte, ultra-magnétique et ténébreux Joaquin Phoenix, et sa sublime petite amie portoricaine, Eva Mendes. James Gray est depuis ses débuts un réalisateur inspiré par l'univers nocturne, qu'il trouve "plus tourmenté et subversif", et il se débrouille toujours pour rendre ses scènes de jour crépusculaires. En plus de ses séquences de boîtes de nuit, ce thriller lyrique qui clôt la trilogie commencée avec Little Odessa et The Yards a été comparé au Parrain. Rien que ça. On préfère le titre anglais : We Own the Night. 

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