Pop Culture

Le cinéma a-t-il perdu face aux séries TV ?

by Eric Altmayer
15.01.2017
S’il y a bien un trait de caractère que la génération X – ceux qui l’incarnent ou lui tendent un miroir – a emprunté à sa cadette, c’est la volonté de porter publiquement sa parole, d’être de plain-pied dans le débat public, d’occuper l’espace pour imposer ses idées. Un point de vue ne vaut que dans l’opposition, la friction. C’est l’étincelle du frottement entre regards contradictoires qui met le feu au cerveau. Certainement pas plus conservatrice qu’une autre, entre expérience et aspirations revues et corrigées par le vent de l’époque, la X fait mieux que se défendre...
"Le cinéma est obligé de jouer la carte du mass entertainment, de la recherche du plus petit dénominateur commun."

Je vais parler uniquement des séries et des programmes en VOD type Netflix n’étant ni producteur, ni consommateur de jeux vidéos. Sur un plan à la fois esthétique, dramatique et de production, nous vivons un changement fondamental. Passons sur les considérations purement économique puisque la proposition presque innombrable qui est faite aux spectateurs en matière de fiction – par le seul prisme de leur ordinateur – n’empêche en rien une croissance globale de la fréquentation et donc du chiffre d’affaires du cinéma. Ce sont deux démarches différentes. La salle de cinéma touche fondamentalement l’instinct grégaire qui est en chacun de nous. Ce besoin de se réunir est, je pense, une démarche qui ne changera jamais.

En revanche, cette concurrence des nouveaux médias et de nouveaux supports a des conséquences assez radicales sur le contenu éditorial des productions. Face aux nouvelles propositions qui sont faites à la télévision, le cinéma est obligé de jouer la carte du mass entertainment, de la recherche du plus petit dénominateur commun. Le contenu éditorial des films de cinéma s’en ressent. En regardant les chiffres de 2015, oui, le cinéma français se porte bien… mais en terme de concentration, le nombre de films sur lesquels repose environ 80 % de l’audience se réduit de plus en plus. Nous sommes même en pleine accélération. Aujourd’hui, nous fonctionnons à peu près comme à Hollywood avec une reproduction quasi-industrielle des formats : suites, prequels, sequels… Le film de cinéma devient un produit de consommation immédiate qui satisfait les instincts les plus directs du consommateur. En France, à défaut d’avoir des héros en collants, nous avons de grosses comédies comme Les Tuche 2, Retour chez ma mère et Les Visiteurs 3. Du cinéma fédérateur, familial, provincial, pour un public dont les motivations pour se rendre en salle dépassent le cinéma lui-même : c’est une sortie en famille, entre amis.

Face une programmation qui table massivement sur les blockbusters, qu’ils soient français ou américains, le marché du film à ambition un peu plus élevée devient de ce fait plus restreint. Concomitamment, chez Mandarin, nous avons développé depuis quatre ans un département télé non pas dans un but de compensation de frais généraux mais pour vraiment travailler sur des sujets plus riches, plus complexes, plus provocants qui n’ont plus leur place au cinéma. HBO puis Netflix ont ouvert la voie à un renouvellement du genre de la série. Nos sujets les plus sophistiqués, les plus élaborés, à moins qu’ils ne soient portés au grand écran par un metteur en scène de prestige qui continue à avoir une audience vivace, auront tendance à être de plus en plus développés pour la télévision.

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