La vie rêvée des B.F.F.
Pop Culture

La vie rêvée des B.F.F.

Apparu à la fin des années 90, le terme B.F.F. fait toujours fureur chez les millennials aujourd’hui. Avoir un ou plusieurs “best friend(s) forever” serait même un signe ostentatoire de réussite, surtout sur les réseaux sociaux. Un concept plus immortel qu’un bracelet “meilleures copines”…
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Le 30 juillet, on célébrera la journée internationale de l’amitié. Et l’on s’attend à voir pleuvoir sur les réseaux sociaux un nombre mirobolant de photos d’amies en train de grimacer recouvertes de filtres kawaï-chien, de partager une pizza en pyjamas ou de se faire graver un tattoo assorti au poignet. Actuellement, pas moins de cinquante millions de clichés existent sur Instagram accompagnés du hashtag BFF. C’est dire l’ampleur du phénomène, en particulier chez les 15-25 ans.

La pop culture et la pub ont bien compris que les B.F.F., c'est sexy. Dans les campagnes mode de cet été, les mannequins s'affichent lookés en gang. Il devient rare de voir une fille sans son crew. Comme si avoir une it girl à son bras était aussi précieux que posséder un it bag.

Meilleures amies pour la (vraie) vie ?

Employé surtout pour désigner l’amitié féminine (pour les hommes, on parle plutôt de bromance) et à son climax pendant l’adolescence, l’acronyme de “ best friend forever” (“meilleur ami(e) pour la vie”) est le but ultime des aficionados de Snapchat et de WhatsApp. Ces derniers ont du mal à faire un pas virtuel ou réel sans leur moitié d’Instastory ou leur bande de copains. Si avoir un meilleur pote est à la mode depuis Platon et Aristote – qui l’a célébré comme “ce qu’il y a de plus nécessaire pour vivre” –, l’expression B.F.F. est apparue quand tout le monde s’est mis à parler par textos et claviers interposés. “Tu es vraiment ma best friend forever” semblait alors un peu longuet, en pleine ère de l’instantanéité, pour montrer ses sentiments à sa camarade de jeu. Le terme apparaissait aussi dans le titre de l’émission de télé réalité Paris Hilton’s My New B.F.F. en 2008 et 2009 avant d’entrer au New Oxford American Dictionary en 2010. Les réseaux sociaux ont joué un rôle de catalyseur. Se montrer en compagnie d’un BAE platonique (“before anyone else”, soit celui qui passe avant tout le monde), d’une “wifey”, de sa “babe” fait grimper le nombre de likes, surtout s’ils sont plusieurs #squad #crew et dans des activités hautement instagrammables (festivals, fêtes, voyages, concerts).

Bandes de filles

Mais ce sont surtout les people qui ont rendu la B.F.F. bankable. C’est même le nom d’un parfum de Kim Kardashian. Kylie Jenner, elle, a médiatisé sa Jordyn Woods à qui elle a offert une Mercedes à soixante-dix mille dollars pour ses 18 printemps. Rihanna ne sort jamais sans sa copine d’enfance, Melissa Forde, avec qui elle aime prendre des selfies, danser et se déguiser. Bella et Gigi Hadid traînent avec Kendall Jenner. “Gigi et moi, on s’est rapprochées quand on a commencé notre carrière de mannequin, mais Bella et moi, nous sommes amies depuis le lycée, on se voyaient déjà bien avant que l’on commence à travailler”, a confié Kendall. Cette dernière et son amie Hayley Baldwin se sont aussi fait des tatouages assortis sur les doigts pour sceller leur amitié. Cara Delevingne a pas mal traîné avec Kate Moss, Adwoa Aboah ou encore Rihanna. Mais le cas le plus enviable reste celui de Taylor Swift et son crew idéal. Sur des photos dignes de cartes postales, elle s’entoure de copines toutes plus puissantes et lookées les unes que les autres, comme Selena Gomez, Joan Smalls, Toni Garrn, Lily Aldridge, Jourdan Dunn, Lorde et Karlie Kloss. Sauf que, drame, Karlie omettait de citer la chanteuse, sa B.F.F. légendaire qu’elle n’hésitait pas à embrasser, dans sa liste de meilleures amies dans une interview au magazine Porter début avril. De quoi faire longuement gloser les tabloïds, certains affirmant que la chanteuse en voudrait au top d’avoir porter un T-shirt du merchandising de Justin Bieber, la traitresse. Mais l’amitié n’est pas fait que de rivalités, de querelles et de jalousie, elle peut déplacer des montagnes. L’actrice Francia Raisa a ainsi donné son rein pour sauver sa B.F.F. Selena Gomez dans son combat contre le lupus. Elle expliqua alors : “J’ai été assez chanceuse pour pouvoir lui donner un morceau de moi-même, et je suis très reconnaissante pour cela.” Résultat ? Plus de dix millions de likes sur la photo les montrant main dans la main à l’hôpital.

Pour le meilleur et pour le rire

C’est que, loin des clichés superficiels de B.F.F. partageant une bouée donut dans une piscine lors d’une fête à Coachella, l’amitié est devenue LA valeur phare de ces dernières années. Et l’une des clés du bonheur IRL (“in real life” ). Des études montrent en effet que la moitié des femmes préféreraient passer du temps avec leur meilleure copine qu’avec leur mari. Parce que, quand l’amoureux se barre, c’est elle qui t’explique que non, ce n’est pas parce que son téléphone a été mangé par un requin qu’il n’appelle pas, et qu’il faut arrêter de le harceler. C’est elle sera qui sera toujours là pour pleurer sous un plaid devant une glace couleur licorne ou suer lors d’une séance de soul cycling pour exorciser. Face à la tinderisation des sentiments, l’amitié semble beaucoup moins fragile. D’autres enquêtes réalisées récemment (notamment par Forbes) dévoilent que, dans la sphère professionnelle, l’amitié aiderait grandement à supporter l’open space et à progresser dans sa carrière ; et, dans le domaine privé, on constate que B.F.F. ont tendance à fonctionner par mimétisme, pratiquant le sport ensemble, ou encore ayant un bébé en même temps.

Si à 30 ans, t’as pas de B.F.F., t’as raté ta vie

La pop culture et la pub ont bien compris que les B.F.F., c’est sexy. Dans les campagnes mode de cet été, les mannequins s’affichent lookés en gang. Que ce soit chez Gucci, Calvin Klein, Just Cavalli, Tommy Hilfiger Jeans, Valentino, Dolce & Gabbana, J Brand, Levi’s, Asos, H&M, Mango ou Chloé, il devient rare de voir une fille sans son crew. Comme si avoir une it girl à son bras était aussi précieux que posséder un it bag. Pour Eric Briones, cofondateur de la Paris School of Luxury, on peut en faire une double lecture. “C’est à la fois une manière de combattre le narcissisme exacerbé à travers la mise en scène du groupe qui est l’inverse du culte du je, très reproché aux millennials. Mais c’est aussi une façon d’avoir plus de diversité. On peut montrer différents physiques, beautés et cultures, comme ça a très bien été fait par Twilly d’Hermès et Fenty de Rihanna. La bande d’amies induit également plus d’ouverture sur le monde, c’est une vision généreuse, inclusive. La mode n’est plus vue comme un club fermé et élitiste.” Certaines influenceuses capitalisent aussi leurs amitiés avec beaucoup de stratégie : par exemple, une chanteuse peu connue, B.F.F. d’un top à plusieurs millions de folllowers, va empocher cent mille followers au fur et à mesure des tags. Sincère ou non, cadeau ou opportunisme, l’amitié rapporte littéralement de l’argent et des contrats.

L’amitié fusionnelle est également depuis toujours le sujet fétiche de films et de séries cultes. Friends, Grey’s Anatomy, Girls, Mes meilleures amies, Gossip Girl, Riverdale, Big Little Lies, Sex And The City, Pretty Little Liars et l’ensemble des teens movies en abusent. Sans doute parce que, derrière la concurrence qui peut exister entre filles, la sororité prend de plus en plus de place. Et il n’y a pas plus féministe comme concept. Plutôt que de se tirer dans les pattes et de se crêper le bun, on s’entraide et on monte des projets où les meufs passent avant les mecs. Les quatre B.F.F. parisiennes du Gucci Gang viennent ainsi de lancer le projet “Safe place” pour permettre aux filles de raconter leur histoire de harcèlement. Elles espèrent ainsi placer leur affection et leur notoriété au service d’une bonne cause. L’amitié “pour toujours”, dernier antidote contre les affres du monde moderne, la méchanceté, le fake, l’éphèmère et l’individualisme ? On ne sait pas mais, en tout cas, ensemble, c’est plus doux.

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