Pop Culture

Pourquoi les divas nous inspirent-elles tant ?

by Michel Forte
25.04.2017
La mode a, comme le dancing, son lot de divas, toutes plus surprenantes les unes que les autres. Elles tanguent sur le parquet ciré des podiums sans jamais trébucher et font la pluie et le beau temps dans un milieu où le mot paillettes rime parfois avec gâchette. On les craint, mais on les aime. On les adore. On les jalouse. On vous explique pourquoi.

Illustration par Baptiste Virot

Quand elle demande, elle exige, et quand elle exige, on s’exécute. Souvent polie, parfois tendue, jamais agressive, la rédactrice en chef est l’incarnation de la main de fer dans un gant de velours. En version couture, ça aurait pu donner “des paillettes d’ambition dans un drapé de rigueur”.

La genèse de la diva, c’est la créatrice de mode tendance diva. Une femme qui parle aux femmes, les rend belles, fortes, sensuelles, sublimes et rayonnantes. À condition de rentrer dans un 32. La créatrice-diva a généralement connu son heure de gloire dans les années 90, quand le monde de la musique était trop occupé à lisser ses chanteuses à coup d’Auto-Tune et que le cinéma se cherchait une crédibilité par le biais de réalisateurs kurdes ou germano-­bulgares. Ce manque de glamour, cette dose de strass, ce shoot de paillettes, c’est elle qui nous les a donnés quand tous ces gens étaient aux abonnés absents. La créatrice-diva a un train de vie aussi flamboyant que ses amis célèbres et se pose des questions existentielles que nous aimerions tous, sans exception, avoir un jour à nous poser. Pourquoi prendre l’Eurostar quand on peut faire Paris-Londres en jet privé ? À quoi bon rendre des comptes à ses actionnaires quand on sait que sans nous, forcément, ce sera le déluge ? Pourquoi faire des selfies quand on peut payer quelqu’un à plein temps pour poster des photos de soi sur Instagram ? Pourquoi vieillir quand on peut rester jeune ? Hashtag We wish we could be you.

Quand la créatrice-diva est un homme, la muse prend le relais. La muse, c’est la fille qui inspire le créateur, voire le milieu de la mode tout entier. Elle donne le thème d’une collection, le la d’un défilé, fait battre le pouls de la création. Si les magasins du monde entier se remplissent de leggings en nylon fluo, de doudounes à messages inscrits dans une langue que personne ne parle et de cuissardes qui arrivent à hauteur de stérilet, c’est parce que la muse l’a décidé et les a portés avant tout le monde. La muse a un pouvoir sur la mode comparable à celui de la petite Eleven dans la série Stranger Things : il lui suffit de vouloir vous brûler la rétine et de penser très fort que le look de chômeur en fin de droits reviendra en force, et paf, ça se réalise. Un jour, la muse a oublié d’enlever ses chaussettes alors qu’elle avait piscine : vous avez passé votre été entier en tatanes en PVC Nike et chaussettes trois bandes. Vous voyez, la muse est partout.

 

La rédactrice en chef, telle une cheftaine sur un camp scout, quant à elle, fait régner la terreur sur un cheptel de filles avec un calme inégalé. Dans son équipe, elles sont toutes plus belles et maigres les unes que les autres, mais bien moins malignes et habiles que leur patronne. La rédactrice en chef a, sur un défilé ou tout autre événement mode, autant de pouvoir qu’une mère juive lors de la bar-mitzva de son premier-né et unique enfant mâle. Rien ne commence avant qu’elle ne soit arrivée, tout s’arrête lorsqu’elle prend la poudre d’escampette. Quand elle demande, elle exige, et quand elle exige, on s’exécute. Souvent polie, parfois tendue, jamais agressive, la rédactrice en chef est l’incarnation de la main de fer dans un gant de velours. En version couture, ça aurait pu donner “des paillettes d’ambition dans un drapé de rigueur”.

 

Mais la miss Univers des divas du milieu est sans nul doute le top model des 90s qui n’est jamais descendu de son trône. La liste de ses caprices est longue comme le bras. Elle a lancé des téléphones au visage de centaines d’assistants à l’époque ou le GSM pesait le poids d’un nouveau-né, demandé l’équivalent du salaire d’un patron du CAC40 pour une apparition de quinze minute à une ouverture de boutique, ruiné les chambres de tous les palaces, épousé le top cinq des hommes les plus beaux ou riches (souvent les deux) sans jamais en garder aucun, réussi à se faire verser à vie une pension alimentaire mensuelle d’une valeur qui pourrait effacer la dette du tiers-monde. Le tout sans jamais perdre son aura de superstar. S’il ne doit en rester qu’une, il y a de fortes chances que ce soit elle…

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