Pop Culture

Qu'est ce qu'un kidult ?

Musique, make-up, style… L’angoisse ou le refus de devenir un adulte semble avoir atteint tout le monde. Tour d’horizon de ces tendances qui nous replongent dans l’âge le plus tendre. Celui d’avant Tinder et le réchauffement climatique.
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La scène a lieu au (Pardon), bar éphémère parisien de la rue Oberkampf, ouvert par le webzine intellol Brain en février dernier. Après avoir franchi la devanture dans laquelle se trouve une poupée à l’effigie d’un des chanteurs du boys band 2B3 et des dessins d’enfants, une foule de kidults (contraction de kid et adult) danse au son de titres des Spice Girls et d’Aqua. Un couple retient particulièrement l’attention. Le garçon porte un jean délavé court, des chaussettes Snoopy et des bretelles, tandis que la fille sautille sur le dancefloor avec ses couettes roses et son minisac à dos en Plexiglas. De quoi rappeler les boums de notre pré-adolescence, quand on ne buvait que du Capri-Sun (boisson qui fait son grand retour chez les rappeurs). Depuis quelques mois, dans la capitale et dans le reste de l’Hexagone, les fêtes où l’on retombe en petite enfance sont légion. Ainsi, les soirées dédiées aux années 1990 Trilogie du Samedi du Supersonic, bar/club hype rock parisien, attirent des millennials qui n’avaient qu’une dizaine de printemps quand Oasis trustait les charts. Au Chair de Poule, rue Saint-Maur, qui attire une faune de néo-hipsters fans de garage, des tournois de ping-pong et des blind-tests sont organisés, tout comme à la Station, porte d’Aubervilliers, où l’esprit friche berlinoise se mâtine de tables de jeux. Les jeunes adultes de 2019, surtout ceux qui veulent rester dans le coup, semblent refuser de grandir et de se mettre aux aftwerworks guindés.

Tout doux

Céréales arc-en-ciel, coquillettes au jambon au déjeuner et soirée karaoké, maquillage Crayola par Clinique, palette de fards aux airs d’accessoires de poupées chez Too Faced, collab’ Coach x Disney sur le dos : on aime tout ce qui nous rappelle le temps où jouer à la console et goûter devant un dessin animé avant de faire la sieste constituaient notre to-do list. L’âge où les réseaux sociaux n’étaient qu’une utopie et où le monde semblait moins compliqué (on ne connaissait pas encore la signification des mots travail et chagrin d’amour). La bande-son correspondant à ce syndrome Peter Pan généralisé ? Des musiques qui rassurent, à l’image de Stop Him, l’hymne juvénile anti-Trump signé des Honey Hahs, groupe londonien formé de trois sœurs âgées de 16, 13 et 11 ans et produit par Steve Mackey de Pulp. Le succès des vidéos ASMR (autonomous sensory meridian response) montre aussi à quel point on a besoin pour se relaxer de sons régressifs : ces courtes vidéos de musique créées à partir d’objets du quotidien, de voix douce- reuses et de jouets comptent des millions de vues sur YouTube ; même Cardi B en a réalisé une avec les joujoux de sa fille, Kulture. De vraies berceuses pour la génération Snapchat.

Grandes filles

Le label anglais PC Music, à travers l’un de ses fleurons, Hannah Diamond, fait dans l’image et le son rose bonbon. Comme si Barbie avait grandi et qu’elle portait un treillis de raveuse. Enfin, l’imagerie kinderwhore (mélange de cols Claudine et de sexyness débridé) des années 1990 promue par Courtney Love et ses copines Riot Grrrl se voit célébrée par l’univers de la mode cette année comme jamais auparavant. Batsheva lui a rendu hommage lors de son dernier défilé à Los Angeles. Quant à Molly Goddard, elle invente une nouvelle silhouette de grande fille inadaptée pour affronter les affres de l’âge adulte. “Je suis in, inadaptée”, chantait en 1968 une autre grande enfant, l’inénarrable Brigitte Fontaine (de jouvence).

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