Pop Culture

Comment Welcome donne de l'espoir aux réfugiés

by Saskia de Rothschild
30.03.2017
Ils arrivent d’Afghanistan, de Syrie ou d’ailleurs, veulent travailler et offrir quelque chose en retour au pays qui les accueille. Conscient de la richesse de cet apport, le collectif Welcome valorise les compétences et la légitimité du travail des réfugiés.

Texte par Saskia de Rothschild

“Épaule”, “patron”, “pince”, son français hésitant s’affirme lorsqu’il prononce les mots de la mode. Hafiz Ghanbari virevolte autour d’un mannequin pour apporter les dernières retouches aux créations du collectif Welcome qui l’a choisi pour concevoir les patrons de sa première collection. D’origine afghane, le jeune tailleur de 27 ans a dû fuir le régime répressif de son pays. Arrivé en France en 2015, il a aujourd’hui le statut de réfugié et un seul objectif : gagner sa vie avec ce qu’il sait faire depuis toujours, coudre et habiller les femmes. Voici une nouvelle étape de franchie avec sa participation à la capsule de Welcome, créé l’an dernier par cinq Parisiennes afin de mettre en valeur le talent de réfugiés. Présentée lors de la fashion week de septembre 2016 et disponible en exclusivité au concept store équitable Centre Commercial, la ligne a été réalisée grâce à des chutes de tissus offertes par de grandes maisons de mode. Bords francs, coupe fluide et tombé impeccable, composée d’une veste et d’une robe, elle joue avec les codes masculins et féminins, ose des couleurs qui tranchent – entre lumière et obscurité  – comme une référence au parcours des réfugiés. De passage à Paris pour cette même semaine de la mode, le mannequin somalien Farhiya Shire s’est volontiers prêté au jeu des photos. Un choix évident lorsque l’on sait que la mère de la jeune femme fut elle aussi réfugiée.

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Farhiya Shire porte un veste et une robe Welcome. Tennis, Veja.

Une autre vision des réfugiés

“Hafiz a eu bon du premier coup”, raconte Orely Forestier, membre de Welcome et styliste chez Sonia Rykiel pendant plus de dix ans. C’est elle qui a accompagné Hafiz au cours du projet. “Dès le premier retour, ses patrons étaient justes. Malgré la barrière de la langue, nous parlions le même langage, raconte-t-elle, admirative de la précision de l’œil du jeune tailleur. Il n’a rien à envier aux modélistes des maisons les plus prestigieuses.” Pour être à ses côtés dans ce processus, Hafiz a pu aussi compter sur Omid, couturier afghan, réfugié en France depuis cinq ans. Avant de débarquer à Paris, Hafiz ne savait rien de l’Hexagone. “Je n’avais vu que des films et on m’en avait dit du bien, mais rien de plus”, raconte-t-il. Après son arrivée, Hafiz a dormi six mois dans la rue, en rêvant de sa famille et de sa femme, restées en Afghanistan. “Quand j’ai eu le statut de réfugié, j’ai enfin eu le droit de travailler. C’est ce qui m’a redonné goût à la vie”, raconte-t-il, tout sourire, tiré à quatre épingles dans un costume bleu roi ajusté, à fines rayures. Une image qui diffère des représentations habituelles du mot “réfugié” (et qui parlent en réalité d’une crise qui dépasse le sens légal du mot). Loin des silhouettes emmitouflées dans des couvertures de survie ou des foules sans visage amassées aux frontières qui s’étalent en une des journaux, Welcome souhaite donner une tout autre vision des réfugiés, celle d’individus dignes et talentueux qui s’insèrent dans une culture en lui apportant un talent et une diversité.

"Nous tentons de créer une étincelle symbolique, mais aussi de montrer qu’il est légalement possible de travailler avec des réfugié.” Lætitia Debeausse

Créer ensemble

Composé de cinq jeunes femmes venues de milieux créatifs – mode, cinéma, communication –, le collectif se veut léger mais concret. “Nous tentons de créer une étincelle symbolique, mais aussi de montrer qu’il est légalement possible de travailler avec des réfugiés”, explique Lætitia Debeausse, l’un des membres. “Accueillir des réfugiés doit être vu comme une chance pour la France”, explique Kavita Brahmbhatt, consultante à l’ONU, qui a travaillé au contact des réfugiés pendant plus de quinze ans en Syrie, au Kenya et en Jordanie. “La première chose que ces personnes demandent à leur arrivée, c’est comment elles peuvent travailler et apporter quelque chose en retour au pays qui les accueille”, raconte-t-elle. Une constatation qui l’a poussée à développer, en juin dernier, Action Emploi Réfugiés, une plate-forme de recrutement qui met en relation réfugiés et employeurs dans toute la France et qui a permis d’identifier Hafiz et Omid pour participer à la capsule Welcome. Hafiz a aujourd’hui décroché un contrat chez Marie Laporte, maison de couture spécialisée dans les robes de mariées. Une première victoire et une stabilité qu’il chérit. Ses projets à lui, il les mène hors des heures de travail, plus motivé que jamais pour s’écrire un destin en France, en tant que tailleur et créateur. La collection capsule n’est que le premier pas de l’aventure Welcome. La suite ? Elle n’est pas encore tracée, peut-être poursuivre avec une ou deux collections par an. “Nous avons envie de continuer à mettre en avant des talents”, raconte Victoria Courroussé, responsable de collection dans une grande maison et membre de Welcome. Elle imagine les futures lignes plus audacieuses encore en pariant à nouveau sur la générosité des maisons de créateurs. Consciente des changements qui s’opèrent actuellement dans le monde de la mode, elle a confiance dans l’émulation qui peut naître au sein de ce milieu. “Des stylistes reconnus pourraient même prendre ces talents émergents sous leur aile, rêve-telle. Le but, c’est de se parler, de créer ensemble.” Sur l’une des images de cette première collection, la belle Fariya semble voler. Ses pieds ne touchent plus terre, la veste réalisée par Hafiz est devenue une cape de superhéroïne qui la dote d’une force invisible. Voilà incarné le pouvoir d’une mode qui décolle, au-delà du commercial, à la recherche de sens.


www.youare-welcome.com

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